Dans les marchés, les boutiques et les taxis de Yaoundé, quelques pièces anciennes peuvent désormais susciter un refus là où elles servaient hier encore à payer un achat ou à rendre la monnaie. Pour les ménages qui les ont mises de côté, l’enjeu est concret : les échanger dans les délais, sans les brader ni les jeter.
Une monnaie commune, une transition à organiser
Le Cameroun partage sa monnaie avec cinq autres pays d’Afrique centrale. La Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC) émet le franc CFA utilisé dans les six États de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC) : le Cameroun, la République centrafricaine, le Congo, le Gabon, la Guinée équatoriale et le Tchad. Une décision monétaire prise pour cet espace concerne donc aussi les commerçants et les habitants de ces pays voisins.
Le retrait porte sur cinq anciennes gammes de pièces, frappées en 1958, 1959, 1971, 1976 et 1985. Il s’inscrit dans le renouvellement des espèces en circulation, alors que les pièces plus récentes des gammes 2006 et 2024 restent utilisées. La BEAC a publié une note précisant le calendrier de l’opération.
Échanger plutôt que jeter
Depuis le 1er novembre 2026, les détenteurs peuvent échanger gratuitement les pièces concernées aux guichets de la BEAC, des banques et des établissements de microfinance. Cette première phase court jusqu’au 31 juillet 2027. Du 1er août au 31 octobre 2027, l’échange doit se poursuivre uniquement aux guichets de la banque centrale. Après cette période, les pièces ne seront plus échangeables. Le calendrier est détaillé dans la note d’information de la BEAC sur les pièces démonétisées et a été rapporté par Cameroon Tribune.
La collecte repose aussi sur le réseau quotidien des commerces et des transports. À Yaoundé, une épargnante citée dans des témoignages recueillis sur place a ouvert sa caisse pour récupérer les pièces qu’elle avait accumulées. Elle explique que certains clients refusent déjà de les accepter. À l’inverse, un commerçant dit pouvoir les recevoir parce que son fournisseur les dépose à la banque. Ces situations illustrent une difficulté de transition : la valeur d’une pièce dépend aussi de la confiance des personnes qui la manipulent.
La BEAC a appelé les acteurs économiques, notamment les commerçants, les taxis et les motos-taxis, à participer à la collecte plutôt qu’à rejeter immédiatement ces pièces. Son directeur national adjoint au Cameroun, Emmanuel Asafor Cho, a rappelé que la période de retrait est progressive. Les modalités pratiques rapportées à Yaoundé prévoient l’échange sans frais et indiquent que l’accès au guichet ne doit pas être conditionné à l’ouverture d’un compte.
Le risque d’une sortie précipitée
Pour les ménages, le calendrier laisse plusieurs mois pour transformer les pièces en monnaie utilisable. Mais cette possibilité dépend de l’information disponible et de l’accès effectif aux guichets. Les personnes qui gardent de petites sommes chez elles, notamment celles qui utilisent peu les services bancaires, peuvent avoir davantage de mal à suivre les échéances. Les commerçants et les transporteurs, eux, sont en première ligne : ils reçoivent chaque jour de la monnaie et doivent savoir où la déposer.
Un refus anticipé peut donc provoquer une perte de confiance, même avant la fin de la période prévue pour l’échange. Il peut aussi pénaliser davantage les paiements de faible montant, fréquents dans les commerces de proximité et les transports. À l’inverse, une collecte organisée par les banques, les établissements de microfinance et les points de vente peut limiter les déplacements et éviter que les pièces ne restent oubliées dans des caisses domestiques.
La démonétisation désigne le retrait du statut monétaire légal d’une espèce. Toutefois, les informations publiées sur la transition ne décrivent pas toutes de la même manière son usage au quotidien. Des précisions diffusées par la BEAC et relayées par la presse camerounaise indiquent que les anciennes pièces peuvent encore être utilisées dans les transactions pendant la période de retrait, tandis que d’autres comptes rendus présentent le 1er novembre comme la date de fin de leur cours légal. Cette distinction mérite d’être clarifiée par les autorités monétaires afin d’éviter que commerçants et clients ne prennent des décisions contradictoires.
Un test de confiance pour toute la CEMAC
Au-delà du Cameroun, l’opération met à l’épreuve la coordination monétaire de la CEMAC. Une règle commune ne produit les mêmes effets partout que si les habitants connaissent les échéances et peuvent accéder aux lieux d’échange. Les réseaux bancaires, la présence des établissements de microfinance et les habitudes de paiement varient d’un pays et d’une région à l’autre. Les capitales ne résument donc pas l’expérience des villes secondaires ni celle des zones rurales.
Les prochains mois diront si la collecte atteint aussi les petits commerces et les usagers éloignés des guichets. Une autre étape approche déjà : à partir du 1er août 2027, seuls les comptoirs de la BEAC doivent assurer l’échange, avant la clôture annoncée le 31 octobre. Pour les détenteurs comme pour les professionnels, la réussite de l’opération dépendra moins de l’annonce du retrait que de consignes cohérentes, de points d’échange accessibles et d’une information claire dans les six pays concernés.