Un ranch ne se résume pas à une clôture autour des troupeaux. Au Nigeria, l’enjeu est aussi de rapprocher pâturages, eau, soins vétérinaires et marchés, tout en organisant le partage des terres entre éleveurs et agriculteurs. Le gouvernement de Jigawa mise sur trois sites pour tester cette approche à l’échelle de l’État.
À Jigawa, trois sites prévus pour structurer l’élevage
Le 1er novembre 2026, Salim Abdulrahman, commissaire de l’État au Développement de l’élevage, a annoncé un investissement de 4,5 milliards de nairas pour aménager trois ranchs. Il s’agit d’une annonce des autorités de Jigawa, rapportée par l’Agence de presse du Nigeria (NAN) et reprise par plusieurs médias. Les informations disponibles ne détaillent pas encore le calendrier des travaux.
Les sites sont prévus dans les réserves de Sankara, à Ringim, de Kashamai, à Kafin Hausa, et de Kukar Mekiya, à Kiyawa. Selon le commissaire, chacun couvrirait 510 hectares et pourrait accueillir jusqu’à 3 000 ménages. Les équipements annoncés comprennent des pâturages, des points d’eau, des cliniques vétérinaires, des marchés à bétail, des écoles, des structures sanitaires et un approvisionnement en électricité.
La somme annoncée doit provenir d’une enveloppe de 17,2 milliards de nairas inscrite au budget 2026 de l’État pour l’élevage. La réalisation effective des équipements, leur financement détaillé et les règles d’accès aux terres seront déterminants pour savoir si ces annonces se traduisent en services accessibles aux éleveurs.
Un virage national, mais des modèles encore à éprouver
Jigawa n’est pas seul à préparer des infrastructures de ce type. Le gouvernement fédéral a inauguré, le 29 août 2026, un projet pilote dans la réserve de Gongoshi, dans l’État d’Adamawa. Environ 9 600 hectares ont été mis à disposition par l’État, selon le compte rendu de l’Agence de presse du Nigeria. La première phase doit associer production de viande et de lait, fourrage et élevage de moutons et de chèvres.
À Wase, dans l’État du Plateau, le ministère fédéral du Développement de l’élevage a annoncé en juin son intention d’affecter environ 30 000 hectares à des installations de production animale, notamment pour l’engraissement, le lait et la transformation de la viande. La réserve couvre plus de 100 000 hectares selon le ministère fédéral de l’Information. Ces projets fédéraux et étatiques signalent une orientation commune, mais leurs annonces ne prouvent pas encore que les sites fonctionnent à pleine capacité.
Le changement s’inscrit dans la création, en juillet 2024, d’un ministère fédéral consacré au développement de l’élevage. En avril 2026, le ministère et l’Institut international de recherche sur l’élevage (ILRI) ont publié un plan sectoriel pour 2026-2040. Celui-ci met l’accent sur l’alimentation animale, la santé et la biosécurité, les infrastructures et les marchés, ainsi que la participation des femmes et des jeunes.
Les terres, les services et la confiance au cœur du défi
Dans le nord du Nigeria, la mobilité pastorale permet aux troupeaux de suivre les pâturages et les points d’eau. Mais la pression sur les terres, l’extension des cultures et l’insécurité compliquent ces déplacements et peuvent aggraver les tensions entre agriculteurs et éleveurs. Le ranching cherche à organiser une partie de la production autour de sites aménagés. Il ne supprimera pas mécaniquement les conflits : les droits fonciers, l’accès aux ressources et la concertation avec les communautés resteront essentiels.
Les services annoncés à Jigawa pourraient réduire les pertes liées aux maladies animales et faciliter la vente du bétail. Ils pourraient aussi bénéficier aux familles vivant autour des sites, si les écoles, les soins et les marchés sont réellement construits et ouverts. À l’inverse, une infrastructure mal entretenue ou une attribution contestée des terres risquerait de déplacer les tensions plutôt que de les résoudre. Les communautés pastorales et agricoles concernées devront donc trouver leur place dans la gestion des réserves.
La stratégie vise également un enjeu économique : mieux valoriser la viande, le lait et le cuir au Nigeria, plutôt que de limiter l’action publique à la production de bétail sur pied. Le gouvernement fédéral estime que le secteur représente environ 32 milliards de dollars et fixe un objectif d’au moins 74 milliards d’ici 2035. Ce montant est une cible officielle, non un résultat acquis. L’atteindre dépendra aussi des routes, de la chaîne du froid, des abattoirs, de la transformation et de l’accès au financement.
Une question nigériane qui dépasse les frontières
Le sujet concerne toute l’Afrique de l’Ouest, où les troupeaux et les marchés traversent les frontières. La CEDEAO, la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest, traite le pastoralisme et l’élevage comme des enjeux régionaux, liés aux échanges, aux ressources naturelles et à la prévention des conflits. Une évolution vers des sites plus fixes au Nigeria pourrait donc modifier les itinéraires, les débouchés et les besoins des éleveurs transfrontaliers.
La prochaine étape sera moins l’annonce de nouveaux hectares que la mise en œuvre : travaux achevés, services vétérinaires opérationnels, accès équitable à l’eau et aux pâturages, et mécanismes de règlement des différends. À Jigawa comme à Gongoshi et Wase, ces éléments diront si le ranching devient un outil durable de productivité et de coexistence, ou reste un projet d’aménagement encore sur le papier.
Sources documentaires : compte rendu de l’annonce de Jigawa attribuée à NAN ; annonce du projet pilote de Gongoshi ; informations officielles sur la réserve de Wase ; plan sectoriel nigérian sur l’élevage, 2026-2040 ; priorités régionales de la CEDEAO sur l’élevage et le pastoralisme.