Pour les ménages et les entreprises de Gambie, la croissance ne se mesure pas seulement aux chantiers ou aux arrivées de visiteurs. Elle se joue aussi dans le coût de la vie, la régularité de l’électricité et la capacité de l’État à financer les services publics. Les dernières prévisions dessinent une activité soutenue, mais elles ne font pas disparaître ces contraintes quotidiennes.
Une économie portée par les services et les investissements
À Banjul, les autorités gambiennes cherchent à maintenir l’activité tout en rétablissant des marges budgétaires. Le pays avance dans un programme soutenu par le Fonds monétaire international (FMI), qui associe financement et objectifs de réforme. La Facilité élargie de crédit (FEC) appuie les réformes économiques et budgétaires. La Facilité pour la résilience et la durabilité (FRD) accompagne notamment les mesures liées aux risques climatiques.
Ce cadre s’inscrit dans la trajectoire économique engagée après les difficultés financières du début des années 2020. Il coexiste avec les priorités nationales de développement et avec les engagements régionaux de la Gambie au sein de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), qui rassemble des pays liés par des échanges, des mobilités et des enjeux de stabilité communs.
Le FMI prévoit une hausse du produit intérieur brut réel de 5,1 % en 2026 et de 5,1 % en 2027. La projection pour 2026 marque un ralentissement par rapport aux 6 % estimés pour 2025. La construction, le tourisme et les transferts d’argent de la diaspora devraient soutenir l’activité, selon les informations communiquées après la mission de l’institution à Banjul.
Ces moteurs n’ont pas tous le même effet sur les habitants. Les chantiers peuvent créer des emplois et stimuler les fournisseurs locaux, mais leur impact dépend de la part des matériaux et des compétences achetés dans le pays. Le tourisme apporte des revenus aux entreprises et aux travailleurs du secteur. Les transferts de la diaspora soutiennent directement de nombreux ménages, sans pour autant remplacer des emplois stables ni les recettes publiques.
Prix et électricité, les points de tension
Le ralentissement de l’inflation apporte un répit, mais les prix continuent d’augmenter. Selon les chiffres rapportés pour septembre 2026, la hausse annuelle des prix est passée de 7 % en avril à 6,1 % en septembre. Elle reste supérieure à l’objectif de 5 % de la Banque centrale de Gambie. Pour les ménages, une inflation moins forte signifie que les prix montent moins vite, pas qu’ils reviennent à leur niveau antérieur.
L’approvisionnement électrique reste une autre fragilité. Les perturbations ont conduit le gouvernement à apporter un soutien financier d’urgence à la Société nationale de l’eau et de l’électricité, la NAWEC. Le FMI demande des mesures supplémentaires pour réduire les pertes de l’entreprise, améliorer le recouvrement des factures et consolider sa situation financière.
Cette question dépasse la gestion d’une entreprise publique. Des coupures ou une alimentation irrégulière compliquent le travail des commerces, des ateliers et des services, qui doivent parfois supporter des coûts supplémentaires pour maintenir leur activité. Le soutien financier public peut éviter une dégradation immédiate du service, mais il mobilise aussi des ressources qui ne peuvent être affectées à d’autres besoins.
Les perspectives restent exposées aux variations des prix des matières premières, aux incertitudes géopolitiques et aux chocs climatiques. Ces risques peuvent renchérir les importations, perturber l’approvisionnement énergétique ou peser sur les recettes. La prévision de croissance indique donc une tendance attendue, non une garantie sur le revenu de chaque ménage ou sur la qualité des services.
Un accord financier encore soumis à validation
À l’issue d’une mission menée à Banjul du 19 au 30 octobre 2026, les équipes du FMI et les autorités gambiennes ont conclu un accord au niveau des services sur la sixième revue de la FEC et la troisième revue de la FRD. Selon les comptes rendus publiés par des médias gambiens, l’aboutissement des deux examens pourrait ouvrir la voie à 20,73 millions de droits de tirage spéciaux, soit environ 28 millions de dollars.
Ce financement n’est pas encore acquis : il reste soumis à l’approbation du conseil d’administration du FMI et à la réalisation des actions préalables convenues. Il s’ajouterait aux décaissements déjà effectués dans le cadre des deux mécanismes. Le chiffre annoncé représente ainsi une possibilité de financement, et non un versement immédiatement disponible dans les caisses de l’État.
Les autorités auraient respecté les huit critères quantitatifs de performance fixés pour la fin juin, tandis que trois des quatre objectifs indicatifs auraient été atteints. L’objectif de recettes fiscales n’aurait pas été entièrement rempli. Ces résultats, rapportés à l’issue de la revue, éclairent le suivi du programme, mais ne suffisent pas à mesurer seuls l’effet des choix budgétaires sur les services ou le pouvoir d’achat.
Consolider les finances sans comprimer les priorités sociales
Le FMI appelle à poursuivre la mobilisation des recettes, à maîtriser les dépenses et à améliorer la gestion de trésorerie. Il insiste aussi sur le règlement des arriérés et la protection des dépenses sociales prioritaires. L’enjeu pour le gouvernement gambien consiste à réduire les risques liés à la dette sans reporter le coût de l’ajustement sur les ménages les plus exposés.
Cette équation se joue concrètement dans les arbitrages budgétaires : quelles dépenses préserver, comment éviter l’accumulation de factures impayées, et comment financer les besoins urgents tout en limitant le recours à l’emprunt ? Une collecte fiscale plus efficace peut renforcer les ressources de l’État. Mais les résultats dépendront également de la qualité de la dépense et de la capacité des administrations à la diriger vers les services attendus par la population.
Le prochain jalon est l’examen de l’accord par le conseil d’administration du FMI. D’ici là, les points à suivre sont la concrétisation du financement, la trajectoire des recettes publiques, les décisions prises pour stabiliser la NAWEC et l’évolution des prix. Pour la Gambie et ses partenaires de la CEDEAO, le dossier illustre une tension partagée dans la région : soutenir l’activité et les services essentiels tout en préservant des finances publiques capables d’absorber de nouveaux chocs.
Les données de contexte et les précédents du programme sont consultables dans les communications officielles du FMI sur les revues précédentes en Gambie, les informations du média gambien The Gambia Journal sur l’accord d’octobre et le suivi des prix publié par la Banque centrale de Gambie.