Un vol direct entre Alger et Shanghai peut rapprocher des voyageurs, des entreprises et des marchandises. Mais le nombre de liaisons ne suffit pas à mesurer leur utilité : le trafic réel et la nature des échanges diront si cette nouvelle porte aérienne répond à une demande durable.
Un nouvel axe entre l’Algérie et l’Asie
Le 26 octobre 2026, Air Algérie a inauguré une liaison entre l’aéroport international d’Alger Houari-Boumédiène et Shanghai. L’aéroport de Shanghai-Pudong a confirmé l’arrivée du premier vol le lendemain, le 27 octobre. La compagnie prévoit trois vols par semaine. La desserte fait de Shanghai sa troisième destination en Chine, après Pékin et Guangzhou.
La nouvelle ligne s’inscrit dans l’élargissement du réseau international du transporteur public. Air Algérie dessert également des villes africaines et prévoit d’étendre ses liaisons sur le continent. Ces routes peuvent faciliter les déplacements professionnels et familiaux, mais aussi les correspondances au départ d’Alger, principal nœud aérien du pays.
À l’échelle du Maghreb, cette ouverture intervient alors que l’Union du Maghreb arabe, organisation régionale réunissant l’Algérie et quatre pays voisins, reste peu active sur le plan de l’intégration. La ligne vers Shanghai relève d’abord d’un choix bilatéral. Elle rappelle toutefois le rôle que les liaisons aériennes peuvent jouer lorsque les connexions régionales demeurent limitées.
Des échanges en hausse, sans garantie de rentabilité
Les relations économiques entre l’Algérie et la Chine donnent un contexte à cette liaison. L’ambassadeur chinois Dong Guangli a évalué les échanges de marchandises à 15,25 milliards de dollars en 2025, soit une hausse de 22,2 % sur un an. Il a également indiqué que les importations chinoises en provenance d’Algérie avaient progressé de 67,4 %. Ces chiffres proviennent d’un entretien publié par le ministère chinois des Affaires étrangères ; ils décrivent le commerce de biens dans son ensemble, pas la demande de transport aérien.
Cette distinction compte. Une partie importante des échanges commerciaux peut emprunter la mer ou la route. Le total bilatéral ne permet donc pas de prévoir le volume de fret qui voyagera par avion, ni le nombre de professionnels qui choisiront cette liaison. Air Algérie n’a pas communiqué d’objectif de trafic ou de chiffre d’affaires propre à la route Alger-Shanghai.
La compagnie indique avoir transporté plus de 8 millions de passagers en 2025 et compter 57 destinations internationales, en plus de 33 destinations intérieures. Ces données donnent une idée de son échelle, mais elles ne renseignent pas sur le remplissage, les coûts ni les recettes de chaque ligne. C’est le suivi des résultats de Shanghai qui permettra d’en apprécier la contribution.
Des effets différents selon les voyageurs et les entreprises
Pour les voyageurs d’affaires, une desserte directe peut réduire les contraintes liées aux correspondances, sous réserve des horaires, des tarifs et de la régularité du service. Les entreprises algériennes qui travaillent avec des partenaires chinois pourraient aussi gagner en souplesse pour organiser des déplacements. Les familles et les étudiants peuvent y trouver une option supplémentaire, mais son accessibilité dépendra notamment du prix des billets et des formalités de voyage.
Le fret aérien, lui, sert surtout aux marchandises pour lesquelles la rapidité justifie un coût supérieur à celui du transport maritime. La route pourrait intéresser certains opérateurs, sans que les chiffres du commerce total permettent d’identifier lesquels. Pour les petites entreprises, les exportateurs ou les acteurs du commerce informel, les bénéfices dépendront des conditions concrètes d’accès au service et de la capacité à regrouper les envois.
À Alger, la liaison renforce le rôle de l’aéroport comme porte d’entrée internationale. En revanche, les bénéfices ne se diffuseront pas automatiquement aux autres villes algériennes : les voyageurs venant des régions devront aussi compter le trajet jusqu’à la capitale et les coûts associés. La connectivité d’un pays se mesure donc autant aux lignes ouvertes qu’aux possibilités de rejoindre leur point de départ.
Le test sera celui du trafic et de la continuité
La croissance des échanges sino-algériens s’inscrit dans une relation économique plus large entre la Chine et les pays africains. Mais les trajectoires nationales diffèrent, et l’augmentation du commerce ne garantit pas à elle seule des retombées équilibrées. Pour l’Algérie, l’enjeu sera de transformer les connexions en échanges utiles aux opérateurs locaux, sans confondre proximité aérienne et diversification économique.
Les prochains indicateurs à suivre sont concrets : fréquence maintenue, taux de remplissage, volume de fret, évolution des tarifs et régularité des vols. Il faudra aussi voir si les nouvelles dessertes africaines d’Air Algérie consolident Alger comme plateforme de correspondance entre le continent et l’Asie. La ligne de Shanghai ouvre une possibilité ; son usage effectif dira si elle devient un outil durable pour les voyageurs et les entreprises algériennes.