Former des spécialistes du cloud, de la cybersécurité et de l’intelligence artificielle ne relève plus seulement de la politique de recrutement des entreprises. Pour la Côte d’Ivoire, ces compétences conditionnent aussi la capacité des administrations et des sociétés locales à maîtriser leurs outils et leurs données.

La question a été au centre d’un panel de la CGECI Academy, le rendez-vous annuel du patronat ivoirien. Orange Côte d’Ivoire y a défendu le rapprochement entre entreprises et établissements de formation. Mais l’enjeu dépasse la prise de parole d’un opérateur : il s’agit de transformer une ambition nationale en emplois, en expertise locale et en services numériques accessibles.

Une priorité inscrite dans la feuille de route nationale

Le gouvernement ivoirien a placé les compétences numériques parmi les sept piliers de son plan d’accélération 2026-2028. Présentée en septembre, cette feuille de route regroupe 40 projets prioritaires. Elle couvre aussi la connectivité, la numérisation de l’administration, l’innovation, l’intelligence artificielle, la cybersécurité et le commerce en ligne.

Ces orientations s’inscrivent dans le Plan national de développement 2026-2030. L’objectif est de faire du numérique un levier de transformation économique et de modernisation des services publics. À l’échelle régionale, la Côte d’Ivoire poursuit cette trajectoire au sein de la CEDEAO, la communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest, où les échanges numériques et les besoins en compétences dépassent les frontières nationales.

La demande existe déjà. Au 31 décembre 2025, le pays comptait 60,7 millions d’abonnements mobiles actifs et 38,5 millions d’abonnements à l’internet mobile. Ces chiffres, publiés par le gouvernement, mesurent des abonnements et non le nombre de personnes connectées. Ils illustrent néanmoins l’ampleur des services à sécuriser et à faire évoluer.

Le défi concerne aussi l’État. Une analyse de la Banque mondiale relève des besoins en compétences spécialisées et en infrastructures adaptées à l’intelligence artificielle, notamment en capacité de calcul et en hébergement sécurisé. Elle souligne également que la gouvernance des données sensibles et la coordination des centres de données publics restent des chantiers à consolider.

De la formation aux besoins réels des entreprises

Le 29 octobre 2026, pendant la CGECI Academy organisée à Abidjan, Mame Diop Ba, directrice des opérations d’Orange Cloud & Cyber Solutions, a insisté sur le rôle du capital humain dans les métiers en forte demande. Selon les éléments communiqués à l’issue du panel, l’entreprise mise sur la formation, les liens avec les établissements d’enseignement et l’intégration des talents locaux dans l’économie.

La responsable a aussi défendu une meilleure adéquation entre les programmes de formation et les attentes des employeurs. Dans des domaines qui évoluent vite, la maîtrise d’outils techniques ne suffit pas : l’adaptabilité et la capacité à apprendre comptent également. Ce constat pose une question concrète aux écoles et aux entreprises : comment offrir des parcours qui débouchent sur des compétences immédiatement mobilisables, sans réduire la formation à une réponse à court terme aux besoins d’un seul secteur ?

Orange Cloud & Cyber Solutions a été lancée officiellement le 20 janvier 2025. Cette filiale d’Orange Côte d’Ivoire se présente comme un intégrateur de services numériques pour les entreprises et les organisations. Son intervention sur la formation s’inscrit donc dans une activité commerciale, tout en répondant à un besoin plus large de compétences disponibles dans le pays.

Le secteur public avance lui aussi sur l’observation des besoins. En juin 2026, la Primature a lancé le Système d’information sur le marché du travail, destiné à réunir des données sur l’emploi, la formation et les compétences. À terme, cet outil doit aider les pouvoirs publics, les entreprises et les établissements de formation à repérer les métiers en tension et à ajuster les parcours proposés.

La souveraineté numérique se joue aussi dans l’accès

Former des spécialistes locaux peut réduire la dépendance à des compétences recrutées à l’étranger et faciliter la maintenance des systèmes. Cela ne suffit toutefois pas à garantir une souveraineté numérique. Celle-ci dépend aussi de la sécurité des infrastructures, des règles encadrant les données, de la disponibilité d’équipements et de la capacité des acteurs ivoiriens à concevoir leurs propres solutions.

Les retombées ne seront pas identiques pour tous. Les grandes entreprises et les administrations disposent généralement de moyens plus importants pour recruter ou financer des services numériques. Les petites entreprises, les jeunes en recherche d’emploi et les établissements situés hors des grands centres ont besoin de formations abordables, de débouchés identifiés et d’un accès fiable aux outils. Sans ces passerelles, le développement de compétences spécialisées risque de profiter d’abord aux organisations déjà les mieux équipées.

La CGECI Academy a mis en présence des voix du secteur privé, de l’enseignement et de la finance autour de la production et de la valorisation des connaissances. Cette coopération est importante, mais elle devra se traduire par des résultats observables : programmes adaptés, certifications reconnues, stages, recrutements et accès des PME à une expertise locale.

Le prochain test sera donc celui de l’exécution. Le plan 2026-2028 prévoit 40 projets, tandis que le Système d’information sur le marché du travail peut contribuer à mieux relier formation et emploi. Pour les Ivoiriens, la portée de cette stratégie se mesurera moins aux annonces qu’à la capacité de créer des parcours durables et des services numériques sûrs, jusque dans les régions.

Compte rendu du panel de la CGECI Academy 2026 · Plan d’accélération numérique 2026-2028 du gouvernement ivoirien · Lancement d’Orange Cloud & Cyber Solutions