Dans le désert occidental égyptien, un puits horizontal doit bientôt être soumis à une opération technique d’ampleur. L’enjeu dépasse ce chantier : l’Égypte cherche à tirer davantage de gaz de ses installations existantes, alors que sa production nationale a reculé ces dernières années et que les importations pèsent sur l’approvisionnement.
Une nouvelle étape pour un puits déjà foré
Le puits Obaiyed H18, foré en 2019 dans le désert occidental, atteint environ 5 630 mètres de profondeur. Sa section horizontale dépasse 1 600 mètres. La société Badr El Din Petroleum Company (Bapetco) prévoit d’y réaliser une fracturation hydraulique en plusieurs étapes, avec l’appui de Halliburton. Le ministère égyptien du Pétrole a annoncé le 29 octobre 2026 que le chantier se préparait et que son démarrage était attendu dans les jours suivants.
Bapetco est une coentreprise de l’EGPC, la compagnie pétrolière publique égyptienne, et des groupes Cheiron et Capricorn Energy. Selon le ministère, l’opération doit stimuler l’écoulement du gaz dans les formations traversées par le puits. Elle comprend six étapes de fracturation, après la préparation du puits, puis son équipement final.
La fracturation consiste à injecter un fluide sous pression afin d’ouvrir ou d’élargir des fissures dans la roche et de faciliter le passage du gaz vers le puits. Le recours à cette technique ne signifie pas, à lui seul, que le site soit un gisement de gaz de schiste. Les informations disponibles sur Obaiyed H18 le présentent comme un puits gazier horizontal, sans le qualifier de puits de schiste.
Halliburton doit mobiliser 18 pompes à haute pression, d’une puissance hydraulique cumulée supérieure à 40 000 chevaux, selon le ministère égyptien. L’entreprise et Bapetco ont préparé le dispositif technique pendant plusieurs mois. Aucun objectif chiffré de production additionnelle propre à Obaiyed H18 n’a été rendu public. Le résultat devra donc être mesuré après la mise en service, plutôt que présumé à l’avance.
La pression sur l’approvisionnement intérieur
Cette opération s’inscrit dans un contexte de baisse de la production gazière. Le ministère égyptien de la Planification a indiqué que la production nationale de gaz avait diminué à environ 33,4 millions de tonnes durant l’exercice 2024-2025, contre 41,3 millions l’année précédente. Dans le même temps, l’Agence internationale de l’énergie estimait que la production égyptienne avait fortement reculé en 2025, tandis que le pays augmentait ses importations de gaz naturel liquéfié.
Le gaz reste essentiel à l’électricité, à l’industrie et aux usages domestiques. Quand l’offre locale ne suit pas la demande, les autorités doivent arbitrer entre approvisionnement intérieur, achats à l’étranger et activités d’exportation. Les ménages et les entreprises peuvent être concernés par les tensions sur l’énergie, tandis que les importations exposent davantage les finances publiques aux prix internationaux et aux coûts de transport.
Le gouvernement affirme avoir stabilisé la production à la fin de 2025 et vouloir relancer le secteur. Cette lecture officielle doit être rapprochée des données de production et d’importation, qui montrent que le défi reste concret. En février 2026, le ministère annonçait un programme de forage de 101 puits d’exploration pour l’année. Le pari est donc double : découvrir de nouvelles ressources et mieux exploiter les gisements déjà en activité.
Bapetco vise une hausse, sans garantie de rendement
Les objectifs de Bapetco donnent une mesure de l’effort engagé. Au premier semestre de l’exercice 2025-2026, la compagnie a foré 15 puits avec neuf appareils. Sa production moyenne annoncée atteignait 49 000 barils équivalent pétrole par jour, dont 171 millions de pieds cubes de gaz et 18 500 barils de condensats. Ces données, rapportées par le Service d’information de l’État égyptien, décrivent le niveau d’activité de l’entreprise, pas le rendement attendu de la fracturation d’Obaiyed H18.
Pour l’exercice 2026-2027, Bapetco vise 60 000 barils équivalent pétrole par jour, dont 195 millions de pieds cubes de gaz et 25 000 barils de condensats. La société prévoit 37 puits d’exploration et de développement, avec 315 millions de dollars d’investissements estimés. Elle compte aussi regrouper huit concessions du désert occidental dans un contrat intégré, afin de coordonner l’exploration et la production.
Ces objectifs restent des prévisions. Ils dépendront des résultats des forages, de la performance des puits et des investissements effectivement réalisés. La fracturation peut améliorer la connexion entre un puits et les formations productrices, mais son intérêt économique dépendra du volume de gaz récupéré, des coûts et de la durée du gain de production. Pour l’heure, aucune donnée ne permet de conclure que cette méthode suffira à inverser la tendance nationale.
Une expérience à suivre au-delà du désert occidental
Le ministère présente Obaiyed H18 comme une opération pionnière à grande échelle pour le secteur égyptien. Si les résultats sont jugés concluants, la technique pourrait être étendue à d’autres puits horizontaux. Le point de comparaison sera concret : production obtenue, régularité de l’écoulement et coût de l’intervention, autant d’éléments qui ne sont pas encore connus.
Pour l’Égypte, premier pays arabe en population, la question énergétique a aussi une dimension régionale. L’Union du Maghreb arabe rassemble des États d’Afrique du Nord, mais les coopérations énergétiques et les marchés du gaz dépassent ce cadre institutionnel. Les choix du Caire influencent les équilibres méditerranéens, notamment parce que le pays dispose d’infrastructures de liquéfaction et cherche à sécuriser ses approvisionnements.
À l’échelle continentale, l’expérience égyptienne rappelle la diversité des trajectoires gazières africaines : certains producteurs cherchent à accroître leur offre, tandis que d’autres doivent répondre d’abord à la consommation locale. Le prochain indicateur décisif sera la production effectivement obtenue à Obaiyed H18, puis la décision éventuelle d’appliquer le procédé à d’autres puits. D’ici là, l’opération constitue un test technique, pas encore une réponse démontrée au recul de la production nationale.