À Ampasindava, le financement américain ne met pas encore une mine en production. Il fait avancer un projet de terres rares dont les prochaines étapes — études, essais techniques et autorisations environnementales — pèseront autant que la promesse de débouchés industriels. Pour les communautés de cette péninsule du nord-ouest de Madagascar, la question centrale reste concrète : quels effets sur les terres, l’eau et les activités locales, et quelle place dans les décisions ?

Un projet encore loin de l’extraction commerciale

Le 8 octobre 2026, les autorités malgaches ont officialisé un permis d’exploitation au bénéfice de Harena Rare Earths, société liée au projet d’Ampasindava. Cette autorisation constitue une étape administrative importante, mais ne vaut pas à elle seule feu vert à la construction ou à la production. L’entreprise doit encore obtenir un permis environnemental et mener à bien les études et plans de gestion requis, selon des informations publiées par le média malgache Moov Madagascar et par la société elle-même.

La Société américaine de financement du développement international (DFC) annonce 4,8 millions de dollars pour accompagner le développement du projet. Il s’agit d’un appui aux études et aux travaux préparatoires, non du financement intégral d’une mine en activité. La DFC précise que son soutien doit aider Harena à passer de la pré-faisabilité à l’étude de faisabilité, notamment par des travaux de preuve de concept et des études sociales et environnementales. Une usine pilote et un laboratoire sont envisagés pour tester le procédé avant toute décision de production à grande échelle.

Le gisement est présenté par l’entreprise comme une ressource estimée à 699 millions de tonnes d’argiles ioniques. Ce chiffre décrit le volume estimé de matériau, pas une quantité équivalente de terres rares récupérables. La DFC évoque plusieurs éléments utilisés dans les aimants permanents, notamment le néodyme, le praséodyme, le dysprosium et le terbium. Harena vise la production d’un concentré intermédiaire, qui devrait être traité ailleurs. Les étapes de transformation et la part de valeur ajoutée conservée à Madagascar restent donc des enjeux déterminants.

Une rivalité d’approvisionnement, des intérêts différents

Washington présente son soutien comme un moyen de diversifier les approvisionnements en minerais critiques et de réduire la dépendance de ses chaînes industrielles à l’égard de la Chine, qui domine l’extraction et surtout le traitement des terres rares. Pour les États-Unis, le projet répond à un objectif industriel et stratégique. Pour Madagascar, son intérêt dépendra plutôt des recettes publiques, des emplois, des retombées pour les entreprises locales et des garanties sur les conséquences environnementales.

Ces intérêts ne se confondent pas automatiquement. Un financement étranger destiné à sécuriser une matière première ne garantit ni le raffinage sur place, ni la création d’emplois durables, ni un partage équitable des revenus. La DFC indique que le produit envisagé serait expédié hors du site pour un traitement ultérieur. Il faudra donc suivre les contrats, le régime fiscal, les engagements de contenu local et la répartition des risques comme des bénéfices.

Le projet s’inscrit dans une trajectoire minière déjà marquée par de grands investissements, notamment dans le nickel et les sables minéraux. Le nouveau code minier adopté en 2023 visait à actualiser les règles d’un secteur stratégique. Mais l’existence d’un cadre légal ne règle pas toutes les questions : transparence des engagements, contrôle des opérations et capacité des institutions à faire appliquer les normes compteront dans la durée. À Antananarivo, les autorités devront aussi rendre compréhensibles les décisions prises pour un site éloigné de la capitale.

Consultation et risques au cœur du débat local

À Ampasindava, le projet minier suscite depuis plusieurs années l’inquiétude de riverains et d’organisations de la société civile. Les préoccupations portent notamment sur l’eau, les sols, les moyens de subsistance et la biodiversité. Des habitants et des acteurs associatifs ont contesté la qualité de l’information et la place accordée aux communautés dans les décisions. Ces inquiétudes doivent être rapportées comme des préoccupations et des positions exprimées, non comme la preuve que des dommages ont déjà été causés par une exploitation industrielle.

En octobre 2026, le Collectif TANY a dénoncé l’octroi du permis avant, selon lui, l’achèvement de l’évaluation environnementale et des consultations publiques. Cette position contraste avec la communication de l’entreprise, qui décrit le permis comme la validation de ses engagements techniques, sociaux et environnementaux. Le permis environnemental, les documents d’impact et les modalités de consultation à venir seront donc essentiels pour établir ce qui a effectivement été évalué, quelles réponses ont été apportées et comment les populations pourront peser sur le projet.

Les conséquences éventuelles ne seraient pas réparties également. Les revenus miniers et les décisions réglementaires concernent l’État et les investisseurs, tandis que les changements d’usage des terres et les risques pour les ressources naturelles toucheraient d’abord les habitants proches du site. Les activités agricoles, la pêche, le tourisme et les petites entreprises locales peuvent également être concernées. Des emplois temporaires de chantier ne compenseraient pas nécessairement une atteinte durable à ces moyens de subsistance : l’évaluation devra comparer les effets attendus et rendre publiques ses hypothèses.

Un enjeu pour Madagascar et la région

Madagascar est membre de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC), organisation de coopération régionale qui rassemble notamment les pays voisins de l’océan Indien. La manière dont le projet associera investissements étrangers, exigences environnementales et retombées nationales peut intéresser d’autres États de la région confrontés à la demande croissante en minerais critiques. L’enjeu n’est pas seulement d’attirer des capitaux, mais de négocier les conditions auxquelles les ressources seront exploitées et transformées.

Le calendrier reste conditionnel. La production commerciale est évoquée à l’horizon 2028, mais elle dépendra des résultats des études, des autorisations restantes, du financement et de la mise au point du procédé pilote. Les prochaines étapes à surveiller sont la publication des études environnementales et sociales, la consultation des communautés, puis les décisions relatives aux installations et au traitement du minerai. À Ampasindava, le permis ouvre une phase nouvelle ; il ne tranche ni la faisabilité industrielle du projet ni son acceptabilité locale.