Quand une raffinerie étrangère fournit une part importante des carburants d’un pays, la question ne se limite pas au prix du litre. Elle touche aussi aux stocks, au transport et à la capacité de l’État à sécuriser l’approvisionnement. Au Cameroun, un nouvel accord avec le groupe nigérian Dangote place ces enjeux au premier plan.
Un approvisionnement organisé autour de trois acteurs
La Société nationale de raffinage (Sonara), l’entreprise publique camerounaise, a conclu un accord avec Dangote Petroleum Refinery et MRS Holdings. Signé à Lagos le 22 octobre 2026, au Nigeria, il a été présenté à Yaoundé le 29 octobre. La Sonara indique que le dispositif doit couvrir environ la moitié des besoins du Cameroun en produits pétroliers pendant 30 mois, et non trois ans.
Le montage répartit les rôles entre les partenaires : la raffinerie Dangote fournit les produits, tandis que MRS intervient dans leur acheminement. La Sonara reste ainsi au centre du dispositif national d’approvisionnement. Cette précision compte : il ne s’agit pas, d’après les informations publiées, d’un simple achat direct effectué par une nouvelle filiale auprès des stations-service.
Une société baptisée Dangote Oil & Gas Cameroon a également été signalée à Douala. Son existence et son champ d’activité ne doivent toutefois pas être confondus avec les termes du contrat d’approvisionnement signé par la Sonara. Les détails publics disponibles ne permettent pas encore d’établir précisément le rôle opérationnel de cette filiale dans l’accord.
La Sonara a cessé de produire après l’incendie de son site de Limbé, en mai 2019. Depuis, le Cameroun dépend des importations de produits raffinés pour alimenter son marché. L’accord avec Dangote offre une nouvelle voie d’approvisionnement depuis le Nigeria, où se trouve la raffinerie du groupe, près de Lagos.
Une réponse à la dépendance créée depuis 2019
Le Cameroun produit du pétrole brut, mais ne transforme plus celui-ci dans sa raffinerie nationale depuis le sinistre. Cette situation illustre une différence essentielle entre produire des hydrocarbures et disposer des installations capables de les raffiner. Elle expose le pays aux coûts d’achat, de transport et de disponibilité des carburants sur les marchés internationaux.
Les autorités camerounaises ont déjà cherché à diversifier les circuits d’importation. Le ministère des Mines, de l’Industrie et du Développement technologique rapportait, pour les dix premiers mois de 2025, l’importation de plus de 1,58 million de tonnes de produits pétroliers liquides. Ce volume donne une idée de l’ampleur logistique du marché, mais ne confirme pas à lui seul l’estimation de près de 2 000 milliards de francs CFA parfois avancée pour la facture annuelle.
L’approvisionnement régional peut réduire certaines contraintes liées aux trajets plus longs. Toutefois, une raffinerie plus proche ne garantit pas automatiquement des carburants moins chers à la pompe. Le résultat dépendra du prix contractuel, du transport, du stockage, des modalités de paiement et de la façon dont les économies éventuelles seront répercutées dans la structure des prix.
Stocks, transport et rôle de la Sonara
Pour les automobilistes, les transporteurs et les entreprises, la priorité immédiate reste la régularité des livraisons. Une rupture de stock ou un retard logistique peut perturber les déplacements et renchérir les coûts des activités dépendantes du carburant. En revanche, l’accord ne permet pas encore de conclure à une baisse des prix à la pompe.
La question du stockage sera donc déterminante. Des réserves suffisantes peuvent aider à amortir les retards de livraison et les tensions sur les marchés. Mais elles nécessitent des capacités disponibles, une gestion transparente et des règles claires sur la propriété des stocks. La Sonara et la Société camerounaise des dépôts pétroliers, qui gère des infrastructures de stockage, auront un rôle important dans cette organisation.
Le choix de maintenir la Sonara dans le circuit est également significatif. L’entreprise publique ne raffine plus, mais l’accord lui permet de rester impliquée dans l’approvisionnement. Cela peut préserver une capacité nationale de coordination. La portée réelle de cette participation dépendra toutefois des responsabilités prévues au contrat et de l’accès aux informations sur les prix et les volumes.
Le marché concerne aussi les opérateurs privés qui importent, transportent et distribuent les carburants. Une nouvelle source majeure peut modifier leurs parts de marché et leurs relations avec les fournisseurs. Mais le contrat ne suffit pas à établir que les intermédiaires seront éliminés, ni que les coûts seront nécessairement réduits. Ces effets devront être évalués à partir des conditions commerciales effectivement appliquées.
Un enjeu camerounais dans un marché d’Afrique centrale
Le Cameroun appartient à la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC), qui regroupe six États partageant notamment une monnaie commune et des institutions économiques. Les pays de la région font face, à des degrés divers, au défi de transformer leur production d’hydrocarbures et de sécuriser l’accès aux produits raffinés. L’accord avec Dangote inscrit donc la relation entre Yaoundé et Lagos dans un enjeu régional plus large.
Le Nigeria est un partenaire voisin, mais il n’est pas membre de la CEMAC. La coopération énergétique entre les deux pays relie ainsi des espaces économiques différents. Pour le Cameroun, la proximité géographique peut constituer un atout logistique. Elle ne remplace cependant ni des capacités de stockage solides ni une stratégie durable de remise en service de la Sonara.
Dans les prochaines étapes, plusieurs éléments mériteront d’être suivis : les volumes réellement livrés, les prix d’achat, les coûts de transport, la constitution des stocks et la durée effective du dispositif. La comparaison entre les engagements annoncés et les résultats observés permettra de mesurer si cette diversification renforce la sécurité énergétique camerounaise, au-delà de la seule annonce d’un contrat.
Sources de recoupement : compte rendu de Reuters sur l’accord et la dépendance aux importations, informations sur l’annonce de la Sonara et les partenaires, données du ministère camerounais sur les importations de produits pétroliers et rapport annuel de la BEAC sur la CEMAC.