Dans le Lualaba, la hausse du cuivre à Kamoto et Mutanda prend une importance nouvelle : elle intervient alors que la République démocratique du Congo encadre les exportations de cobalt et que des investisseurs américains cherchent à prendre pied dans ces actifs miniers.

Le cuivre progresse dans un contexte de quotas sur le cobalt

La RDC a instauré des quotas d’exportation de cobalt après une période de suspension des ventes à l’étranger. Ce mécanisme fixe les volumes autorisés à l’exportation ; il ne limite pas le cuivre, extrait en parallèle sur plusieurs sites. La décision vise notamment à mieux encadrer l’offre congolaise sur le marché mondial. Elle modifie aussi les choix de production des entreprises minières.

La République démocratique du Congo siège à la fois dans la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC) et dans la Communauté d’Afrique de l’Est (EAC). Ces cadres régionaux comptent pour les échanges, les corridors de transport et la coopération économique autour des ressources minières.

Glencore a déclaré avoir produit 210 600 tonnes de cuivre en RDC entre janvier et septembre 2026, soit 37 % de plus qu’à la même période en 2025. Le chiffre figure dans son rapport trimestriel publié le 29 octobre. La société attribue la progression à une hausse des cadences d’extraction et à une amélioration des teneurs du minerai. Le média spécialisé Shanghai Metals Market a également rapporté ce total et cette évolution.

Kamoto Copper Company (KCC) a fourni 158 900 tonnes, en hausse de 35 % sur un an. Mutanda a produit 51 700 tonnes, soit 44 % de plus. Les deux mines se trouvent dans la province du Lualaba, dans le sud-est du pays.

Une décision industrielle, mais aussi un enjeu de contrôle

La hausse s’inscrit dans une réorientation annoncée par Glencore : privilégier davantage le cuivre alors que les quotas rendent les exportations de cobalt moins prévisibles. Cela ne signifie pas que l’entreprise a cessé de produire du cobalt. Son rapport fait état d’une baisse de 52 % de sa production de cobalt issue de ses propres mines sur les neuf premiers mois de 2026, à 13 700 tonnes, en évoquant notamment le régime congolais de quotas.

Le cuivre devient donc un levier important pour maintenir l’activité et les revenus des sites. Toutefois, une production plus élevée ne garantit pas à elle seule que les retombées bénéficient également aux travailleurs, aux fournisseurs locaux ou aux finances publiques. La répartition des revenus dépend aussi de la fiscalité, des règles de sous-traitance, des coûts d’exploitation et de la transparence des paiements.

Pour les communautés proches des mines, l’enjeu dépasse les volumes exportés. Il concerne l’emploi, les achats auprès des entreprises congolaises, les recettes publiques et la gestion des impacts environnementaux. Les chiffres de production publiés par une entreprise ne permettent pas, à eux seuls, de mesurer ces effets. Les autorités provinciales et nationales restent donc au centre des questions de contrôle et de partage des bénéfices.

Cette dynamique intervient alors qu’un consortium soutenu par les États-Unis, Orion Critical Mineral Consortium (Orion CMC), envisage d’acquérir 40 % des intérêts de Glencore dans KCC et Mutanda. Glencore a annoncé en février 2026 un protocole d’accord non contraignant pour une opération valorisant les deux actifs autour de 9 milliards de dollars. À ce stade, il s’agit d’un projet de transaction : l’annonce ne signifie pas que la cession est finalisée.

L’accord proposé s’inscrit dans le rapprochement entre Washington et Kinshasa autour des minerais stratégiques. Pour les États-Unis et leurs partenaires, l’objectif déclaré est de sécuriser des approvisionnements. Pour la RDC, l’enjeu est aussi de négocier les conditions d’investissement, les retombées locales et la place des acteurs publics congolais dans des actifs de premier plan.

Le prochain test : production, accord et retombées locales

Les résultats du dernier trimestre permettront de voir si la progression du cuivre se maintient. En parallèle, la finalisation éventuelle de l’accord avec Orion CMC devra être suivie de près : le protocole annoncé reste non contraignant, et les modalités définitives de participation n’étaient pas établies par cette annonce initiale.

À l’échelle régionale, le dossier illustre la concurrence autour des minerais nécessaires aux infrastructures électriques, aux batteries et à d’autres industries. La SADC et l’EAC offrent des cadres de coopération, mais la décision sur les actifs, les quotas et la distribution des recettes revient d’abord aux autorités congolaises et aux entreprises concernées.

Pour Kinshasa comme pour les habitants du Lualaba, la question centrale ne se résume donc pas à la hausse des volumes. Elle porte sur la capacité à transformer cette activité en recettes publiques prévisibles, en emplois et en valeur ajoutée dans le pays, tout en conservant un contrôle effectif sur les ressources.