À Lilongwe, trouver de l’essence peut désormais prendre plus de temps qu’une journée de travail. Pour les conducteurs de moto-taxi, les familles et les entreprises, les longues files ne signalent pas seulement une pénurie : elles révèlent combien l’accès aux devises étrangères pèse sur la vie quotidienne au Malawi.

Une pénurie qui dépasse les stations-service

Le Malawi importe les carburants dont il a besoin. Leur achat exige des dollars, devenus difficiles à obtenir dans un pays où les recettes d’exportation ne couvrent pas les besoins d’importation. La compagnie pétrolière nationale estime la consommation à environ deux millions de litres par jour et la facture à 49 millions de dollars mensuels. Ces chiffres, relayés par plusieurs médias, donnent la mesure de la pression sur les réserves de change.

La difficulté ne tient donc pas uniquement à l’arrivée des cargaisons. Les banques peinent à honorer les lettres de crédit, tandis que des fournisseurs réclament des paiements anticipés. Le carburant peut attendre dans les ports régionaux, faute de garanties financières permettant de poursuivre son acheminement. Le reportage sur les files et les difficultés de paiement des importations décrit cette chaîne de blocages.

Dans les stations de Lilongwe, les automobilistes et les motards se pressent dès qu’une livraison est annoncée. Certains passent des heures, voire des nuits, à attendre. Les distributeurs rationnent parfois les ventes : un conducteur de moto-taxi peut recevoir seulement quelques litres, tandis que les petites voitures sont limitées à un volume supérieur, mais lui aussi plafonné.

Le prix officiel, lui aussi, alourdit la facture. Les données de GlobalPetrolPrices disponibles le 19 octobre 2026 indiquent un tarif élevé pour l’essence au Malawi. Le chiffre de 3,24 dollars le litre rapporté ces derniers jours doit être compris comme une estimation datée, non comme un prix stable : les montants en kwachas et leur conversion en dollars varient avec les ajustements officiels et le taux de change. Sur le marché informel, des vendeurs demandent bien davantage, rendant les trajets professionnels difficiles à rentabiliser.

Une économie fragilisée par le manque de devises

La crise s’inscrit dans une période de fortes contraintes économiques. L’agriculture demeure essentielle aux revenus et à l’activité du pays, tandis que les exportations restent concentrées, notamment sur le tabac. Or, les recettes tirées des ventes extérieures doivent financer les importations de carburant, d’engrais, de médicaments et de biens nécessaires aux entreprises.

La Banque mondiale souligne que les pénuries de devises, les ruptures de carburant et l’accès limité aux intrants freinent l’industrie et l’agriculture. Elle estime que l’activité économique a progressé de 2,5 % en 2025, un rythme insuffisant pour améliorer sensiblement les revenus par habitant. Dans son diagnostic économique consacré au Malawi, l’institution relève aussi les difficultés d’accès aux engrais et les interruptions d’approvisionnement qui pèsent sur la production.

Lorsque le carburant manque, les conséquences se propagent bien au-delà des automobilistes. Les moto-taxis perdent des heures de travail et doivent parfois choisir entre acheter de l’essence au prix fort ou renoncer à une journée de revenus. Les transporteurs répercutent une partie de leurs coûts sur les passagers et les marchandises. Dans les zones rurales, l’acheminement des récoltes et des intrants devient plus incertain. Les ménages modestes, déjà confrontés à la hausse du coût de la vie, disposent de peu de marge pour absorber ces dépenses.

Le gouvernement a annoncé avoir sécurisé 23,6 millions de litres d’essence et de diesel. Le ministre de l’Énergie, Jean Mathanga, a précisé que plus de 11 millions de litres étaient encore en transit, tandis qu’une partie commençait à parvenir aux stations. L’agence panafricaine APA a également relayé cette annonce. Cet approvisionnement peut desserrer temporairement l’étau, mais les autorités n’ont pas précisé combien de temps ces stocks couvriraient la demande. APA rapporte les volumes annoncés et leur acheminement.

Une réponse urgente, des choix structurels

Les files d’attente ont une dimension politique. Lors du scrutin présidentiel du 16 septembre 2025, les difficultés économiques, le coût de la vie et les pénuries figuraient parmi les préoccupations des électeurs. Arthur Peter Mutharika a remporté l’élection et est entré en fonction le 4 octobre. La pénurie actuelle met donc à l’épreuve les promesses de redressement de la nouvelle administration, sans que l’urgence puisse se résoudre par une seule livraison de carburant.

Le Malawi est membre de la Communauté de développement de l’Afrique australe, la SADC, qui rassemble des États de la région autour d’objectifs d’intégration et de développement. Enclavé, le pays dépend de corridors de transport passant par des ports de pays voisins, notamment la Tanzanie et le Mozambique. La disponibilité des devises et la fiabilité de ces routes déterminent ensemble la rapidité d’approvisionnement. Les difficultés malawites rappellent ainsi que la sécurité énergétique dépend aussi des paiements, des infrastructures et de la coopération régionale.

À court terme, les cargaisons promises et les mécanismes de financement d’urgence seront décisifs pour réduire les files. À plus long terme, le défi consiste à rendre les importations moins vulnérables aux chocs et à élargir les sources de devises. La Banque mondiale identifie les pénuries de change comme un frein durable à l’investissement et à la production. Tant que ces contraintes persisteront, un camion-citerne arrivé à Lilongwe pourra soulager les automobilistes sans régler le problème qui les fait attendre.