Au Togo, transformer les résidus agricoles et les déchets ménagers en énergie et en fertilisant pourrait rapprocher deux enjeux très concrets : mieux valoriser la matière organique et diversifier les solutions de cuisson. Mais l’ambition annoncée pour 2030 dépendra moins du nombre affiché que de la capacité à financer, installer et entretenir chaque équipement.

Une ambition nationale dans un chantier régional

À Lomé, des représentants de l’Alliance pour le biodigesteur en Afrique de l’Ouest et du Centre (AB-AOC) se sont réunis fin octobre 2026 autour de son plan stratégique 2026-2030. Cette organisation interétatique rassemble huit pays, dont le Togo, et veut structurer le marché du biodigesteur dans la sous-région. Son plan prévoit 50 000 nouvelles installations à l’échelle régionale d’ici 2030. L’objectif togolais en représenterait un dixième. Le compte rendu de la réunion régionale à Lomé confirme que les échanges portaient sur la mise en œuvre de cette feuille de route.

Le biodigesteur transforme des matières organiques — comme les déjections animales, les résidus de récolte ou les restes de cuisine — par fermentation en l’absence d’oxygène. Il produit du biogaz, utilisable notamment pour la cuisson, ainsi qu’un résidu appelé digestat, qui peut servir d’amendement agricole. Le résultat dépend toutefois du bon fonctionnement de l’installation et de la disponibilité régulière des matières premières.

Pour le Togo, cette filière s’inscrit dans une stratégie énergétique plus large. Le pays s’est engagé à étendre l’accès à l’électricité d’ici 2030 et met aussi l’accent sur les énergies renouvelables distribuées et les solutions de cuisson propre. Ce sont des équipements pouvant être utilisés localement, hors des grands réseaux. Le Pacte national de l’énergie adopté en septembre 2025 présente ces priorités, tout en reconnaissant le rôle attendu des investissements publics et privés.

De 140 installations à un objectif de 5 000

Le parc togolais compte actuellement 140 biodigesteurs, selon les informations communiquées lors de la rencontre de l’AB-AOC à Lomé et relayées par des médias togolais. Plus des deux tiers auraient été installés entre 2020 et 2023. Près de la moitié se trouveraient dans la région Maritime et environ un quart dans les Savanes. Ces chiffres dessinent une implantation encore limitée et inégalement répartie ; ils ne renseignent pas, à eux seuls, sur le nombre d’installations toujours opérationnelles.

Le programme envisagé vise 5 000 unités au Togo d’ici 2030. Cela reviendrait à multiplier le parc déclaré par plus de 35 en quelques années. Le président du conseil d’administration de l’Alliance, Malick Gaye, a indiqué que le pays avait amorcé le développement de la technologie et qu’un programme ciblait ces 5 000 installations. À ce stade, toutefois, le financement du déploiement reste à mobiliser. Il s’agit donc d’un objectif annoncé, et non d’un calendrier d’installations entièrement financé.

Cette distinction est importante. Un objectif national inscrit dans une feuille de route ne garantit ni les crédits nécessaires ni la mise en service durable des équipements. Les gouvernements, les collectivités, les partenaires financiers et les opérateurs devront préciser qui paie la construction, qui accompagne les ménages et les producteurs, et qui intervient lorsqu’un biodigesteur tombe en panne.

Les bénéfices dépendront de l’usage au quotidien

Dans les exploitations agricoles, le biogaz peut fournir une énergie de proximité et le digestat restituer une partie des éléments nutritifs aux sols. Pour les ménages, le gaz peut compléter ou remplacer certaines combustions traditionnelles, à condition que l’installation soit adaptée aux besoins et suffisamment alimentée. Les bénéfices ne seront donc pas identiques partout : ils dépendront des pratiques d’élevage, des cultures, de la taille des foyers et de l’accès aux services techniques.

Une initiative lancée à Kpalimé en mars 2026 illustre l’approche possible à l’échelle locale. Le projet EcoFemmes entend accompagner 130 femmes rurales dans l’agriculture biologique et la production de biogaz, avec un financement de plus de 52 millions de francs CFA annoncé par l’Organisation internationale de la Francophonie. Il prévoit aussi des formations à la fabrication de biodigesteurs et de biofertilisants. Le projet donne un exemple concret de lien entre énergie et agriculture, mais son ampleur reste distincte de celle du programme national. Les détails du projet EcoFemmes à Kpalimé précisent ses bénéficiaires et son financement.

Pour que ces solutions servent dans la durée, il faudra former des techniciens disponibles au-delà des grands centres, organiser l’approvisionnement en pièces et prévoir une maintenance accessible. Le coût initial peut aussi freiner les foyers ruraux et les petites exploitations, même lorsque les économies futures sont possibles. Des mécanismes de financement adaptés et un suivi des équipements réellement fonctionnels seront donc aussi déterminants que le nombre d’unités construites.

Un test pour la coopération énergétique régionale

L’AB-AOC veut installer 50 000 nouveaux biodigesteurs dans ses pays membres d’ici 2030 et développer un marché régional. Pour le Togo, contribuer à cet objectif suppose de coordonner les politiques nationales avec les acteurs de la région, tout en adaptant les équipements aux conditions locales. Les filières d’approvisionnement, les compétences de construction et les modèles d’entretien peuvent bénéficier de cette coopération ; les résultats dépendront néanmoins de la mise en œuvre dans chaque pays.

Les prochains repères seront la mobilisation effective des financements, la publication d’un calendrier togolais et le suivi des installations par région. Il faudra également distinguer les unités simplement construites de celles qui fournissent effectivement du gaz et du fertilisant. C’est à cette condition que l’objectif de 5 000 pourra se traduire par un service utile aux ménages et aux producteurs, plutôt que par un chiffre de programme.