Dans les campagnes zimbabwéennes, une saison des pluies incertaine peut peser bien au-delà des récoltes. Elle touche aussi les revenus, l’approvisionnement alimentaire et la demande adressée aux entreprises. C’est dans cette économie exposée aux aléas agricoles que le gouvernement revoit ses attentes pour 2027.

Une croissance moins rapide, dans une économie encore vulnérable

Le ministre des Finances, Mthuli Ncube, a présenté le 28 octobre 2026, à Bulawayo, un cadre macroéconomique prévisionnel de 3,5 % de croissance en 2027. L’estimation précédente était de 5 %. Les autorités invoquent les risques climatiques et les incertitudes économiques mondiales. Ce chiffre reste une prévision gouvernementale, non un résultat acquis.

Le ralentissement attendu suit une forte reprise : le produit intérieur brut aurait progressé de 8,3 % en 2025, puis devrait croître de 5 % en 2026. Ces estimations sont celles avancées par le gouvernement. La Banque mondiale confirme séparément la croissance de 8,3 % en 2025, portée notamment par le rebond agricole et les cours miniers, mais souligne que la reprise demeure fragile.

Harare prévoit un PIB nominal de 66,4 milliards de dollars en 2026 et de 69,1 milliards en 2027. Le PIB nominal mesure la valeur de la production aux prix courants : sa hausse ne signifie donc pas, à elle seule, que les ménages verront leur pouvoir d’achat augmenter au même rythme.

Le séminaire préparatoire au budget, tenu à Bulawayo du 28 au 31 octobre, sert à examiner les priorités de dépenses avant la présentation du budget national annoncée pour le 19 novembre. Le gouvernement entend inscrire ses choix dans la Vision 2030, qui vise à faire du Zimbabwe un pays à revenu intermédiaire supérieur.

Le climat, premier test pour l’agriculture et l’alimentation

L’agriculture illustre l’ampleur du risque. Le secteur a progressé de 27,9 % en 2025 et sa croissance est estimée à 5 % en 2026. Mais une récolte exceptionnelle ne garantit pas une production régulière. La prévision saisonnière de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC), organisation régionale de coopération économique, signale une probabilité accrue de pluies inférieures à la normale dans plusieurs pays, dont le Zimbabwe, pour une partie de la saison 2026-2027.

Cette perspective rappelle la sécheresse liée à El Niño en 2023-2024, qui avait touché plusieurs pays d’Afrique australe. Les effets ne s’arrêtent pas aux exploitations : une baisse des récoltes peut aussi renchérir les denrées, réduire les revenus ruraux et accroître les besoins d’importation. Les ménages agricoles et les petits commerçants sont particulièrement exposés lorsque les stocks ou les réserves financières sont limités.

Le gouvernement annonce une stratégie de réduction des risques comprenant irrigation, agriculture adaptée au climat, financement des producteurs, protection du bétail et systèmes d’alerte. Il vise une réserve stratégique de 600 000 tonnes de céréales d’ici octobre 2027. L’objectif est annoncé, mais son efficacité dépendra des ressources mobilisées, de la disponibilité de l’eau et de la capacité à acheminer les céréales vers les zones qui en auront besoin.

Stabilisation monétaire et diversification : des progrès à consolider

Les autorités mettent aussi en avant l’accalmie monétaire. Selon les chiffres présentés par le ministre, l’inflation annuelle en ZiG, la monnaie nationale, s’élevait à 3,7 % en septembre 2026. La moyenne de janvier à septembre atteignait 4 %. L’écart entre les taux de change officiel et parallèle était inférieur à 20 %. La banque centrale avait abaissé son taux directeur de 35 % en juin à 30 %, puis à 27,5 % en septembre.

Ces indicateurs traduisent une détente, mais ne suffisent pas à mesurer le quotidien de tous les ménages. Les prix en monnaie locale, les transactions en devises et les revenus ne suivent pas nécessairement la même trajectoire. La Banque mondiale relève elle aussi une amélioration de la stabilité des prix et du change, tout en avertissant que les risques budgétaires et l’endettement restent des fragilités.

Le gouvernement mise par ailleurs sur les mines, l’industrie et les exportations. Il rapporte que la production manufacturière dépasse de 41,4 % son niveau de 2022 et que l’utilisation des capacités industrielles devrait dépasser 63,5 % en 2026. La production d’or aurait franchi 55 500 kilogrammes. Les exportations, estimées à 11 milliards de dollars en 2025, ont atteint 9 milliards sur les huit premiers mois de 2026 ; leur total annuel est projeté à 14,9 milliards.

Les chiffres annoncés ne disent toutefois pas, à eux seuls, quelle part de la valeur minière est transformée localement, ni combien d’emplois durables ces activités créent. La volonté d’accroître la transformation des minerais répond à cet enjeu : retenir davantage de valeur dans le pays plutôt que dépendre principalement de la vente de produits bruts. Le tourisme, qui aurait généré 537 millions de dollars de recettes au premier semestre 2026, complète cette stratégie de diversification.

Le budget 2027, entre discipline et besoins concrets

Harare vise un déficit budgétaire inférieur à 3 % du PIB en 2027. La discipline des comptes peut contribuer à préserver la stabilité, mais elle se heurte aux besoins d’investissement dans l’agriculture, les infrastructures, l’emploi, le numérique et la protection sociale. Le choix des dépenses, leur exécution et leur répartition entre la capitale et les provinces compteront autant que la cible annoncée.

Pour la population, l’enjeu est de transformer la croissance agrégée en revenus plus prévisibles, en emplois et en services. Pour les producteurs, l’accès à l’eau, au financement et aux marchés déterminera la capacité à résister à une saison difficile. Pour les entreprises, la stabilité monétaire et l’approvisionnement en électricité peuvent soutenir l’activité, mais l’incertitude climatique pèse sur les coûts et les chaînes d’approvisionnement.

Le dossier dépasse les frontières zimbabwéennes. La SADC a signalé des risques de faibles précipitations dans plusieurs pays d’Afrique australe et appelle à renforcer la résilience régionale. L’expérience du Zimbabwe rejoint ainsi une question partagée par ses voisins : comment protéger l’agriculture et les réserves alimentaires tout en développant l’industrie et les échanges transfrontaliers ? La publication du budget, prévue le 19 novembre, précisera les moyens consacrés à ces priorités. Les résultats dépendront ensuite de leur mise en œuvre et de la saison des pluies.