Produire de l’électricité à partir de la chaleur du sous-sol pourrait aider l’Éthiopie à compléter un réseau largement alimenté par les barrages. Mais à Corbetti, dans l’Oromia, l’étape décisive reste encore à franchir : vérifier par forage que la ressource géothermique peut soutenir une centrale.

Un projet situé dans une région stratégique

Le site de Corbetti se trouve à environ 250 kilomètres au sud d’Addis-Abeba. Il s’inscrit dans la vallée du Rift, une zone où l’activité géologique offre un potentiel géothermique important. La géothermie consiste à capter la chaleur du sous-sol pour produire de la vapeur et faire tourner des turbines électriques.

Le projet est conçu pour avancer par étapes. Son accord d’achat d’électricité, conclu avec l’entreprise publique Ethiopian Electric Power, prévoit jusqu’à 150 mégawatts (MW) en deux phases : une première centrale de 50 MW, puis une extension de 100 MW. Ces capacités restent des objectifs de développement, et non une production déjà disponible. Le PIDG détaille les phases et l’accord d’achat d’électricité de Corbetti.

Le calendrier a déjà connu des retards. En mai 2024, le PIDG — un groupe de financement du développement des infrastructures — indiquait que l’accord d’achat avait été prolongé de deux ans afin de permettre au projet de préparer son programme d’exploration. Cette échéance souligne l’écart entre le potentiel annoncé et la réalisation concrète des installations. Le communiqué du PIDG sur cette prolongation.

Les forages doivent confirmer la ressource

Les promoteurs ont confié à l’entreprise britannique Marriott Drilling Group un contrat portant sur jusqu’à quatre puits d’exploration. Le démarrage est annoncé pour 2027, près de Shashemene, en Oromia. Les puits doivent mesurer les caractéristiques de la ressource : température, pression, débit et capacité des roches à laisser circuler les fluides. Sans ces données, impossible de dimensionner les puits de production et la centrale.

Le contrat et le calendrier de forage ont aussi été rapportés par le média spécialisé ThinkGeoEnergy. Les informations disponibles ne précisent toutefois ni le coût des travaux ni leur durée. Il faut donc distinguer l’attribution du contrat, qui marque une étape, de la confirmation de la ressource, qui dépendra des résultats du sous-sol. Le point sur le contrat de forage de Marriott Drilling.

La structure financière évolue également. Taranis Operations est devenu actionnaire majoritaire, tandis que le PIDG conserve environ 40 % du projet. Le groupe a annoncé un apport supplémentaire de 7,2 millions de dollars par l’intermédiaire d’InfraCo Africa. Cet engagement finance le développement du projet, mais ne signifie pas que l’ensemble des investissements nécessaires à la centrale est réuni. Les informations sur la prise de participation et l’apport financier proviennent des annonces des acteurs du projet et ont été reprises par la presse spécialisée.

Diversifier un réseau dominé par l’hydroélectricité

En 2024, l’hydroélectricité représentait 97,1 % de la production électrique éthiopienne, selon les données de la Banque mondiale fondées sur les statistiques de l’Agence internationale de l’énergie. Ce chiffre confirme une forte concentration de la production autour des barrages. La géothermie pourrait fournir une énergie renouvelable régulière, y compris lorsque les conditions d’ensoleillement ou de vent changent. Elle ne supprimerait pas la dépendance aux ressources hydrologiques, mais contribuerait à la réduire si le projet aboutit. Les données de production hydroélectrique pour l’Éthiopie.

L’enjeu dépasse la seule composition du bouquet énergétique. Une production plus diversifiée peut renforcer la stabilité du réseau et soutenir les besoins des ménages, des services et des entreprises. Toutefois, une nouvelle centrale ne garantit pas à elle seule une amélioration de l’accès à l’électricité : il faut aussi des lignes de transport, des réseaux de distribution fiables et des solutions adaptées aux localités éloignées.

Les effets seront donc différents selon les territoires. Les grands centres urbains et les activités raccordées au réseau peuvent bénéficier directement d’une production supplémentaire. Dans les zones rurales, où l’accès reste plus limité, le raccordement et les mini-réseaux comptent autant que la capacité installée. Les travaux d’exploration apporteront aussi une activité économique locale, mais les emplois durables dépendront de la construction et de l’exploitation, étapes encore conditionnelles.

Un enjeu éthiopien et régional

L’Éthiopie est membre de l’IGAD, l’organisation régionale de la Corne de l’Afrique, et développe aussi des échanges d’électricité avec ses voisins. Une production intérieure plus diversifiée peut contribuer à la sécurité énergétique nationale et à la capacité d’exportation. Mais les bénéfices régionaux dépendront des infrastructures transfrontalières, des accords commerciaux et de la fiabilité effective de l’approvisionnement.

Le projet Corbetti s’inscrit ainsi dans une ambition plus large : faire des ressources renouvelables un levier de développement et de coopération régionale. Pour l’instant, l’échéance à surveiller est celle des forages annoncés pour 2027. Leurs résultats diront si les 50 premiers MW peuvent passer du projet à la construction, puis si l’extension à 150 MW est techniquement et financièrement viable.