Au large de Mayumba, un accident endeuille des équipes pétrolières et bouleverse un chantier qui devait soutenir la production gabonaise. Pour les familles, l’urgence reste celle des recherches et des réponses. Pour le secteur, une autre question se pose : combien de temps le développement de Dussafu sera-t-il retardé ?

Un chantier stratégique dans le sud du Gabon

Le permis pétrolier de Dussafu se trouve au large de la province de la Nyanga. BW Energy en est l’opérateur, avec 73,5 % des parts. Panoro Energy en détient 17,5 % et la Gabon Oil Company, entreprise nationale, 9 %. La production est reliée aux installations MaBoMo et au navire de traitement et de stockage Adolo.

Cette organisation compte pour l’économie gabonaise. Le pétrole reste une activité majeure, mais ses retombées dépendent aussi des investissements, des recettes publiques et de la participation des entreprises nationales. À Dussafu, la présence de la Gabon Oil Company donne à l’État une part directe dans le permis, sans pour autant effacer le poids technique et financier de l’opérateur.

Le projet s’inscrit également dans un cadre régional. Le Gabon est membre de la CEMAC, la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale, qui réunit six pays autour d’un marché commun et du franc CFA. Les décisions prises sur un actif pétrolier gabonais restent nationales, mais l’évolution de la production et des investissements intéresse aussi les équilibres économiques de l’Afrique centrale.

Les recherches et l’enquête restent prioritaires

Le 24 octobre 2026, la plateforme autoélévatrice Prospector 5 a sombré pendant des opérations préparatoires au forage, au large de Mayumba. Elle était exploitée par Borr Drilling pour les travaux de BW Energy. Ce type d’installation prend appui sur le fond marin pour permettre le forage en mer.

Le ministère gabonais du Pétrole et du Gaz a indiqué que 115 personnes se trouvaient à bord. Cent dix ont été secourues et cinq étaient portées disparues dans son premier bilan. Le 29 octobre, Borr Drilling a précisé que trois corps avaient été localisés dans l’épave et que deux personnes restaient recherchées. La compagnie disait alors poursuivre les opérations de récupération et de secours. Ces informations, attribuées aux autorités et à l’entreprise, ne constituent pas encore un bilan définitif ni une identification des personnes concernées.

Le ministère a annoncé l’ouverture d’une enquête technique sur les circonstances du naufrage. Les conclusions devront notamment établir ce qui s’est produit lors des opérations de préparation et déterminer les responsabilités éventuelles. La distinction est importante : l’accident s’est produit avant le démarrage du forage prévu, et ses causes ne sont pas établies publiquement à ce stade.

Les autorités gabonaises ont aussi annoncé une surveillance de la zone et indiqué qu’aucun rejet de substance nocive n’avait été constaté au moment de leur communication. Borr Drilling a signalé la présence d’environ 280 mètres cubes de gazole marin à bord et indiqué que des mesures de prévention étaient engagées avec les autorités et BW Energy. Le suivi environnemental devra donc rester un volet de l’enquête, au-delà des premières observations.

Des puits reportés, pas des ressources effacées

Avant l’accident, MaBoMo Phase 2 devait ajouter quatre puits producteurs à la plateforme. Une campagne d’évaluation avait également confirmé, selon BW Energy, du pétrole dans deux zones. L’entreprise estime les volumes récupérables associés à ces découvertes entre 8 et 9 millions de barils. Elle envisage d’y consacrer deux puits supplémentaires.

Le programme prévoyait aussi un puits lié à la découverte Hibiscus 10P2, dont BW Energy estime les ressources récupérables à environ 6 millions de barils. Le groupe visait un premier pétrole supplémentaire au premier trimestre 2027. Après le naufrage, il indique réorganiser les forages restants dans un programme plus large pour l’ensemble de Dussafu. Il n’a pas encore communiqué de nouvelle échéance.

BW Energy affirme que l’incident affecte le calendrier des volumes, plutôt que les ressources découvertes. Cette distinction est utile, mais le calendrier a des conséquences concrètes : un démarrage plus tardif repousserait les recettes attendues et pourrait modifier l’ordre des travaux. Le groupe a suspendu ses prévisions d’investissement pour 2026, précédemment fixées entre 600 et 650 millions de dollars, le temps de revoir son programme.

La compagnie maintient néanmoins son objectif de dépasser 100 000 barils par jour de production nette en 2028. Cette cible repose sur plusieurs actifs, au Gabon et au Brésil, ainsi que sur l’entrée annoncée du groupe en Angola. Elle ne dépend donc pas seulement de Dussafu. Mais le retard gabonais ajoute une incertitude à une trajectoire d’expansion qui mobilise plusieurs projets et capitaux.

Le prochain calendrier dira l’ampleur du retard

Pour les travailleurs et leurs proches, les prochaines étapes sont d’abord la poursuite des recherches, l’identification des victimes et la publication des résultats de l’enquête. Pour les communautés côtières, la surveillance maritime et environnementale autour de Mayumba est également déterminante. Le ministère a indiqué que les familles seraient informées en priorité des évolutions.

Pour l’État gabonais et ses partenaires, l’enjeu sera ensuite de concilier sécurité des opérations, continuité de la production et transparence sur les responsabilités. Les prochaines échéances à surveiller sont la mise à jour du calendrier de forage par BW Energy et les conclusions de l’enquête technique. Elles préciseront si MaBoMo Phase 2 peut être reprogrammée rapidement, et dans quelles conditions.

À l’échelle régionale, l’épisode rappelle que les projets pétroliers offshore reposent sur des chaînes d’opérateurs, de prestataires et d’infrastructures partagées. Les bénéfices attendus circulent entre entreprises et États, tandis que les risques humains et environnementaux se concentrent d’abord sur les personnes mobilisées en mer et les territoires côtiers. Au Gabon, le suivi de Dussafu se jouera désormais autant sur la sécurité et la transparence que sur les volumes promis.