Pour le Ghana, l’enjeu du nucléaire ne se résume pas au choix d’un fournisseur. Il s’agit de savoir si le pays peut financer, encadrer et raccorder une centrale à son réseau, tout en garantissant une électricité fiable pour les ménages et les activités industrielles.
Une nouvelle piste, parmi plusieurs partenaires
Le président John Dramani Mahama a annoncé le 29 octobre 2026 à Moscou que le Ghana avait engagé des discussions avec Rosatom, groupe public russe spécialisé dans le nucléaire. Il participait au troisième forum Russie-Afrique. L’annonce porte sur des échanges préliminaires, pas sur un contrat de construction attribué.
Cette piste s’ajoute à des coopérations déjà engagées. En avril 2024, Nuclear Power Ghana, l’organisme chargé du programme, a signé un accord-cadre avec la China National Nuclear Corporation pour étudier un réacteur Hualong One d’environ 1 200 mégawatts. En août de la même année, l’organisme a conclu un accord de deux ans avec l’entreprise américaine Regnum Technology Group autour de petits réacteurs modulaires NuScale.
En mars 2025, les autorités ont indiqué avoir retenu les options chinoise et américaine pour poursuivre le développement du programme. Ces choix et les discussions avec Rosatom ne signifient pas que les fournisseurs disposent déjà d’un marché définitif. Le pays reste dans une phase préparatoire, où les études, le financement et les décisions réglementaires doivent encore avancer.
Le nucléaire s’inscrit dans une ambition plus large : répondre aux besoins d’un pays qui veut développer la transformation locale de ses ressources et renforcer son industrie. Mahama a présenté l’accès à une énergie stable et abordable comme une condition de cette stratégie. Mais une centrale, à elle seule, ne résoudrait ni les difficultés du réseau ni les questions d’accès et de coût pour les usagers.
Le chantier décisif se joue avant la construction
Le Ghana vise environ 1 000 mégawatts de capacité nucléaire opérationnelle d’ici 2034. Nsuban, dans la région de l’Ouest, a été identifié comme site privilégié ; Obotan, dans la région Centrale, constitue une solution de repli. Ce calendrier dépend toutefois d’étapes techniques et financières encore déterminantes.
Le programme se trouve à la deuxième des trois phases définies par l’Agence internationale de l’énergie atomique. Cette étape comprend notamment les études de site, la préparation des institutions et de la réglementation, ainsi que la négociation avec les fournisseurs. La troisième phase correspond à la préparation puis à la construction de l’installation.
Le financement de ces travaux reste un point de blocage. En mars 2026, Nuclear Power Ghana signalait que les études détaillées du site et l’évaluation des incidences environnementales n’étaient pas financées. Ces analyses sont indispensables pour vérifier la faisabilité du projet et ses effets sur les habitants, les terres et les ressources locales.
Les préparatifs progressent néanmoins sur certains volets. En septembre 2026, la Ghana News Agency a rapporté que les autorités poursuivaient la caractérisation des sites, le renforcement réglementaire et la formation. Le gouvernement a aussi indiqué que des dispositifs de suivi météorologique et des vérifications géographiques étaient en cours. Ces avancées ne remplacent pas les études complètes ni une décision finale d’investissement.
Une centrale nucléaire mobilise des capitaux sur plusieurs décennies. Les accords entre États ou entreprises peuvent ouvrir la voie à une coopération, mais ils ne règlent pas automatiquement le partage des coûts, les garanties financières, la gestion des déchets, la sûreté ou la responsabilité en cas d’incident. Le Ghana devra aussi préciser comment l’électricité produite serait intégrée au réseau et à quel prix elle serait vendue.
Des retombées qui ne seront pas les mêmes pour tous
Pour les entreprises fortement consommatrices d’électricité, une production stable pourrait contribuer à sécuriser l’approvisionnement. Pour les ménages, l’effet dépendra plutôt du coût final, de la qualité du réseau et de la manière dont les investissements seront répercutés sur les tarifs. Les populations proches des sites devront, elles, être associées aux études foncières, environnementales et aux décisions de déplacement éventuel.
Le développement de compétences locales compte également. Le Ghana possède déjà une expérience du nucléaire de recherche et forme des spécialistes dans plusieurs domaines. La formation, les institutions de sûreté et la capacité à superviser un fournisseur étranger pèseront dans la durée autant que le choix de la technologie.
La concurrence entre partenaires donne à Accra plusieurs options de coopération, mais elle accroît aussi la nécessité de comparer les offres avec transparence. Les conditions de financement, le transfert de compétences, la participation des entreprises ghanéennes et la maîtrise nationale de l’exploitation devront être examinés avant tout engagement à long terme.
Un enjeu ghanéen qui dépasse les frontières
Le dossier intéresse aussi l’Afrique de l’Ouest. Le Ghana est membre de la CEDEAO, la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest, et participe au Système d’échanges d’énergie électrique ouest-africain, qui vise à relier les réseaux nationaux. La planification d’une grande centrale doit donc tenir compte des capacités de transport et des échanges régionaux, et pas seulement de la production sur le territoire ghanéen.
À l’échelle du continent, le projet illustre la diversité des stratégies énergétiques africaines : certains pays étudient le nucléaire, tandis que d’autres misent surtout sur les renouvelables, l’hydroélectricité, le gaz ou les interconnexions. Pour le Ghana, la prochaine échéance concrète n’est pas encore le démarrage d’un chantier, mais l’achèvement des études, la sécurisation de leur financement et la clarification des engagements avec les fournisseurs. C’est à ces étapes que l’ambition pourra être évaluée au-delà des annonces diplomatiques.
Sources consultées : annonce du Ghana News Agency sur les discussions avec Rosatom, recoupement de l’annonce par Anadolu, état du programme nucléaire ghanéen par la World Nuclear Association, sélection des pistes chinoise et américaine rapportée par le Ghana News Agency, informations sur le déficit de financement des études, état des préparatifs en septembre 2026 et mandat du Système d’échanges d’énergie électrique ouest-africain.