Qui contrôle le financement, le stockage et la distribution des carburants compte autant que l’endroit où ils sont raffinés. Le rachat d’Oryx Energies par ses dirigeants met cette question de propriété au premier plan, sans garantir à lui seul une énergie moins chère ni un approvisionnement plus régulier.
Une entreprise présente sur plusieurs marchés africains
Oryx Energies intervient dans le négoce et l’approvisionnement en produits pétroliers, le gaz de pétrole liquéfié (GPL), les lubrifiants, le stockage et la distribution. Son réseau relie des infrastructures et des équipes implantées dans plusieurs pays d’Afrique subsaharienne. L’entreprise indique vendre 9,44 millions de tonnes de produits par an, disposer d’une capacité de stockage de 947 276 m³ et exploiter plus de 410 stations-service. Ces chiffres sont ceux publiés par le groupe sur son site institutionnel.
Ce maillage donne au groupe une place dans une chaîne essentielle pour les transports, les ménages et les entreprises. Le contrôle d’une société de négoce et de distribution ne signifie toutefois pas que les pays concernés contrôlent leur production de pétrole ou fixent seuls les prix à la pompe. Ceux-ci dépendent aussi des marchés internationaux, des taux de change, des taxes et des coûts logistiques nationaux.
Un financement qui change la propriété, pas encore les prix
Le 28 octobre 2026, Afreximbank a annoncé avoir décaissé 975 millions de dollars pour financer en partie le rachat d’Oryx Energies SA par son équipe dirigeante. L’opération, appelée « management buy-out » (MBO), consiste à faire acquérir une entreprise par ses cadres. Oryx Energies SA est la société holding qui détient Addax Energy SA. Afreximbank a agi comme prêteur unique et assuré plusieurs fonctions liées au crédit et aux garanties.
La banque présente l’opération comme un passage sous contrôle majoritairement africain. Une reprise publiée au Togo confirme la date et le montant annoncés. Il s’agit néanmoins d’un financement partiel : les informations rendues publiques ne détaillent pas l’ensemble du montage, les autres éventuels apporteurs de capitaux, ni les conditions du prêt. Le terme « africain » décrit ici le contrôle majoritaire annoncé, mais ne renseigne pas à lui seul sur la répartition précise des parts entre dirigeants ou investisseurs.
Moussa Diao, directeur général d’Oryx Energies, a qualifié le rachat d’étape importante pour le groupe et évoqué la poursuite du développement de ses activités de négoce et de ses infrastructures. La transaction s’inscrit donc dans la continuité d’une entreprise déjà active sur les marchés du continent, avec une nouvelle structure de propriété annoncée.
La sécurité énergétique se joue aussi dans la logistique
Dans plusieurs pays africains, l’approvisionnement en carburants repose sur des importations de produits raffinés, même lorsque du pétrole brut est extrait localement. Les capacités de raffinage, les terminaux portuaires, les dépôts et les réseaux de transport déterminent la capacité à acheminer les produits jusqu’aux stations, aux industries et aux ménages. Une entreprise disposant d’actifs dans le stockage et la distribution peut donc peser sur la fiabilité des flux, mais son changement d’actionnariat ne suffit pas à résoudre les contraintes d’infrastructure ni la dépendance aux marchés extérieurs.
Afreximbank accompagne également des initiatives destinées à développer le commerce intra-africain des produits raffinés. En avril 2025, la banque a lancé un programme renouvelable de 3 milliards de dollars pour financer l’achat de pétrole raffiné auprès de fournisseurs africains. Elle indique aussi soutenir des projets qui pourraient contribuer à plus de 1,3 million de barils par jour de capacités de raffinage, notamment au Nigeria, en Angola et en Côte d’Ivoire. Ces objectifs sont ceux de l’institution et ne signifient pas que toutes les capacités annoncées sont déjà opérationnelles.
Le rapprochement entre ce programme et le rachat d’Oryx dessine une stratégie plus large : financer des entreprises de négoce et des installations susceptibles de relier production, raffinage et distribution. Mais les retombées pour les consommateurs dépendront de facteurs concrets : volumes disponibles, concurrence entre fournisseurs, coûts de transport, fiscalité et capacité des autorités nationales à surveiller les marchés.
Des retombées qui varieront selon les pays
Les effets ne seront pas identiques d’un marché à l’autre. Dans les capitales et les grands centres urbains, l’enjeu porte notamment sur la continuité des livraisons aux stations, aux transports collectifs et aux entreprises. Dans les zones éloignées des ports ou des dépôts, le coût du dernier kilomètre peut rester déterminant. Les distributeurs formels dépendent d’infrastructures visibles, tandis que les petits commerces et les activités informelles ressentent rapidement les ruptures et les variations de prix.
Pour les gouvernements, une propriété plus largement africaine peut renforcer la présence de capitaux et de dirigeants du continent dans un secteur stratégique. Elle ne remplace toutefois ni les obligations de transparence, ni la régulation de la concurrence, ni les politiques publiques visant à assurer l’accès à l’énergie. Le point à suivre sera donc la manière dont le groupe investira dans ses opérations, ainsi que la publication d’informations plus détaillées sur la transaction et ses engagements.
À l’échelle panafricaine, l’opération illustre la volonté d’institutions financières du continent de soutenir des actifs stratégiques, en complément des projets de raffinage et des mécanismes de commerce régional. Elle ne prouve pas, à elle seule, une transformation de l’ensemble du secteur. La question centrale reste celle du passage d’un changement de propriété à des résultats mesurables : davantage d’infrastructures, des approvisionnements plus fiables et une création de valeur qui profite aussi aux économies et aux populations des marchés desservis.