À Mako, dans la région de Kédougou, la question n’est plus seulement de savoir combien d’or l’usine peut produire. Il faut aussi déterminer si deux gisements voisins peuvent prolonger l’activité sans laisser les communautés locales supporter seules le coût du changement.

La mine, exploitée par la filiale sénégalaise de l’australienne Resolute Mining, a cessé l’extraction à ciel ouvert en juin 2025. Depuis, l’usine traite les stocks déjà extraits. Le projet d’extension mise sur Tomboronkoto et Bantaco, à une vingtaine de kilomètres du site, mais son calendrier dépend encore de permis, d’études et d’accords avec les habitants.

Une transition entre les stocks et de nouveaux gisements

Le Sénégal inscrit le développement minier dans un débat plus large sur la souveraineté économique, la transformation locale et la répartition des retombées. Cette orientation figure dans la Vision Sénégal 2050 présentée par les autorités. Elle donne un relief particulier aux décisions qui concernent les sites de Kédougou, où l’activité aurifère contribue à l’économie régionale, mais transforme aussi les territoires concernés.

Le pays est membre de la CEDEAO, la communauté économique qui regroupe des États d’Afrique de l’Ouest. Dans cette région, l’or circule au sein de chaînes de valeur qui dépassent les frontières. Pourtant, les permis, la fiscalité et les conditions de réinstallation relèvent d’abord des autorités nationales et des communautés directement concernées.

Dans son rapport du troisième trimestre 2026, publié le 29 octobre, Resolute indique avoir engagé 2,1 millions de dollars dans le projet d’extension de Mako au cours du trimestre. Ces dépenses portent notamment sur les autorisations, les études environnementales et sociales, le forage à Bantaco et les études techniques. Le groupe maintient une enveloppe de 10 à 15 millions de dollars pour l’ensemble du projet en 2026.

Le calendrier a toutefois évolué et reste conditionnel. Resolute prévoit désormais de démarrer l’exploitation de Bantaco en juillet 2027, sous réserve d’une mise à jour du calendrier minier, puis de poursuivre jusqu’à la fin de 2028. Tomboronkoto pourrait prendre le relais à partir de janvier 2029. L’entreprise attend les transferts de permis d’exploration, annoncés pour le quatrième trimestre 2026, puis les permis d’exploitation des deux gisements, visés au premier semestre 2027.

Des volumes futurs, mais des étapes encore ouvertes

Les deux gisements satellites pourraient alimenter l’usine existante. Les ressources minérales annoncées dépassent ensemble 800 000 onces d’or, tandis que Tomboronkoto dispose d’une première estimation de réserves de 348 000 onces. Une ressource minérale correspond à une concentration estimée à partir de travaux géologiques ; une réserve désigne la part jugée exploitable selon des critères techniques et économiques.

Resolute estime que l’extension pourrait soutenir une production moyenne annuelle de 75 000 à 85 000 onces pendant environ sept ans. Cette projection reste une estimation de l’entreprise, et non une production garantie. À court terme, la société prévoit entre 55 000 et 65 000 onces à Mako en 2026, après 100 895 onces en 2025. La baisse attendue s’explique par le passage au traitement des stocks, sans extraction nouvelle à ciel ouvert.

Le coût de préproduction avancé dans les informations disponibles est de 125 à 150 millions de dollars. Une part importante des dépenses est attendue au second semestre 2027. Ces montants et prévisions dépendent de la poursuite des études, des autorisations et du financement. Le rapport trimestriel confirme les dépenses déjà engagées et les principales étapes réglementaires, mais ne transforme pas les objectifs de production en certitudes.

Le calendrier touche aussi directement Tomboronkoto. L’Agence de presse sénégalaise rapporte que le projet prévoit le déplacement du village pour permettre l’exploitation du gisement. Elle décrit des discussions sur les compensations, les logements et les équipements collectifs. Dans son rapport trimestriel, Resolute indique qu’un accord préliminaire a été trouvé avec le comité local sur les principes d’indemnisation ; les plans des habitations et des équipements publics sont encore en revue finale. Ces formulations ne suffisent pas à établir que toutes les personnes concernées ont donné leur accord définitif.

Emplois et retombées : les chiffres ne disent pas tout

Resolute recensait, à la fin de 2025, environ 250 salariés directs et 289 travailleurs contractuels liés à ses activités sénégalaises. L’entreprise déclarait que 96 % de son personnel direct à Mako était sénégalais. Ces données décrivent les effectifs de la société ; elles ne mesurent pas à elles seules les emplois indirects, la qualité des postes ni la part des contrats revenant aux entreprises locales.

Les enjeux diffèrent selon les acteurs. Pour l’État, l’activité peut générer recettes fiscales et exportations. Pour les salariés et les prestataires, elle soutient des revenus et des savoir-faire. Pour les villages voisins, elle peut ouvrir des possibilités économiques, mais aussi impliquer des déplacements, des changements d’accès aux terres et une pression sur les services locaux. Les effets concrets dépendront des mesures de compensation, de leur mise en œuvre et du suivi après réinstallation.

Les données de l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives du Sénégal aident à replacer la mine dans le secteur national. Son rapport 2024 chiffre à 369,68 milliards de francs CFA la contribution du secteur minier aux revenus extractifs recensés cette année-là. Ce total concerne l’ensemble du secteur minier : il ne peut être attribué à Mako ni utilisé comme mesure directe de ses retombées locales.

Le prochain test sera autant social que réglementaire

Pour que le calendrier annoncé tienne, plusieurs dossiers doivent avancer de concert : transferts de permis, autorisations environnementales et sociales, permis d’exploitation et accords de réinstallation. Le rapport trimestriel situe les permis d’exploitation au premier semestre 2027 ; il indique aussi que les travaux liés aux plans de réinstallation se poursuivent. Les appels d’offres pour les travaux miniers, le transport du minerai et une route d’accès complètent la préparation opérationnelle.

La question dépasse la durée de vie d’une seule mine. Elle renvoie à la manière dont le Sénégal encadre les projets aurifères dans une région où les activités minières industrielles coexistent avec d’autres usages de la terre et des ressources. L’étape à surveiller est donc double : la délivrance des autorisations attendues en 2027 et la conclusion d’accords de réinstallation acceptés et appliqués. La prolongation de Mako se mesurera autant aux tonnes d’or produites qu’à la façon dont ses coûts et ses bénéfices seront répartis.

Rapport trimestriel 2026 de Resolute Mining sur Mako · Enquête de l’APS sur la réinstallation à Tomboronkoto · Données de l’ITIE Sénégal sur les revenus extractifs · Vision sénégalaise du secteur minier et de la souveraineté économique · États membres de la CEDEAO