Un permis minier peut attirer des capitaux, mais aussi déclencher un conflit s’il empiète sur un autre titre ou si son statut reste flou. Pour les administrations, le cadastre numérique n’est donc pas seulement une carte en ligne : il organise l’accès aux ressources et rend les décisions plus traçables.

Au Mali, cette question prend une dimension particulière. Bamako cherche à moderniser la gestion de ses ressources tout en renforçant la maîtrise nationale de ses outils. Or, les partenariats extérieurs se multiplient sur le continent, tandis que les États choisissent des solutions différentes — commerciales, publiques ou conçues localement.

Un registre numérique au cœur de la gouvernance minière

Un cadastre minier rassemble les informations sur les titres accordés, les demandes en cours, leurs détenteurs, leurs périmètres et leur durée de validité. Lorsqu’il est régulièrement mis à jour, il aide les services publics à repérer les chevauchements et permet aux entreprises de vérifier si une zone est déjà attribuée.

Le Code minier malien prévoit la tenue d’un système d’information sur les titres et d’une carte cadastrale actualisée. Cette exigence est importante dans un pays où l’or occupe une place majeure dans l’activité minière formelle, tandis que l’extraction artisanale reste également présente. La qualité des données conditionne donc autant le travail de l’administration que la prévisibilité des investissements.

Mais un logiciel ne garantit pas, à lui seul, la transparence. Il faut aussi vérifier les anciens dossiers, publier des informations cohérentes et préciser qui peut modifier les données. L’Initiative pour la transparence dans les industries extractives a relevé des questions sur l’actualité et l’exhaustivité des informations disponibles dans le cadastre malien. La numérisation répond ainsi à un besoin concret, sans remplacer le contrôle administratif ni la publication des décisions.

Au Mali, deux voies se croisent

Le 17 avril 2026, les autorités maliennes ont présenté un cadastre numérique conçu par des experts nationaux. À cette occasion, 631 titres étaient annoncés comme intégrés au système. L’Initiative pour la transparence dans les industries extractives au Mali décrit désormais le SICAM — le Système intégré de gestion du cadastre minier — comme l’outil de référence pour consulter des données, déposer des demandes et suivre leur instruction.

Cette orientation locale n’exclut pas la coopération internationale. Le 28 octobre 2026, en marge du sommet Russie-Afrique à Moscou, le groupe russe Rosgeo a signé avec le Mali un accord portant notamment sur un système d’information géographique pour les données géologiques et la gestion des licences. Les annonces disponibles évoquent aussi la formation de spécialistes maliens. Elles ne précisent toutefois pas comment ce nouvel outil s’articulera avec le SICAM, ni qui assurera sa maintenance à long terme.

Cette articulation sera déterminante. Deux systèmes qui ne partagent pas leurs données peuvent compliquer le suivi des titres au lieu de le simplifier. À l’inverse, une coopération clairement encadrée peut apporter des compétences et des moyens, tout en laissant à l’administration nationale la maîtrise des règles et des données. Le point décisif n’est donc pas seulement l’origine du logiciel, mais la capacité des équipes maliennes à le faire évoluer et à en garantir la continuité.

Un marché pluriel, des choix adaptés aux administrations

Le marché africain ne se limite pas à un seul fournisseur. La société sud-africaine Spatial Dimension, fondée au Cap en 1999, a déployé sa solution Landfolio dans plusieurs pays. La Côte d’Ivoire a lancé son portail e-cadastre le 22 septembre 2025 avec cette plateforme. Le portail permet notamment de numériser des démarches liées aux titres et autorisations miniers.

D’autres administrations ont retenu des solutions différentes. Le Burkina Faso utilise eMC+, développé par le groupe allemand GAF, et a lancé en septembre 2025 une nouvelle étape de modernisation de l’outil. Au Nigeria, l’administration minière présente également eMC+ comme son système électronique de gestion des titres. Ces exemples montrent que les choix techniques varient selon les besoins, les marchés publics et les capacités disponibles.

Il existe aussi des modèles où les administrations n’acquittent pas de frais de licence, mais où l’installation dépend de financements et de partenariats. La Revenue Development Foundation a ainsi accompagné des projets de cadastre au Ghana, au Liberia et en Sierra Leone. Chaque formule comporte des enjeux de financement, de maintenance et de transfert de compétences. Le coût initial ne suffit pas à mesurer le coût réel d’un système sur plusieurs années.

L’Afrique du Sud rappelle que le déploiement compte autant que le choix

Le pays d’origine de Spatial Dimension illustre les difficultés d’une réforme de grande ampleur. L’Afrique du Sud a choisi en 2024 un consortium mené par Pacific GeoTech Systems pour remplacer SAMRAD, son ancien système de gestion des demandes minières. Le déploiement a commencé dans la province du Cap-Occidental. En juin 2026, le directeur général du ministère des Ressources minérales et pétrolières a indiqué que la couverture nationale était visée pour le 31 mars 2027.

Le transfert des dossiers anciens ralentit le calendrier. Les données doivent être vérifiées avant d’être versées dans la nouvelle plateforme, afin de limiter les erreurs susceptibles d’alimenter des litiges. Ce travail concerne directement les entreprises qui attendent une décision, mais aussi les communautés et les autorités locales qui ont besoin de savoir quels droits s’appliquent sur un territoire donné.

La comparaison entre le Mali et l’Afrique du Sud n’efface pas leurs différences institutionnelles. Elle met néanmoins en évidence un défi partagé : un cadastre n’est fiable que si les informations qu’il contient sont exactes, accessibles selon des règles claires et mises à jour par des équipes capables de le faire vivre.

La prochaine étape : mesurer la maîtrise et les résultats

Pour les États, ces outils touchent à la souveraineté administrative autant qu’à l’attractivité économique. Les grands opérateurs peuvent mobiliser des équipes juridiques pour suivre des procédures complexes. Les entreprises locales, les petites sociétés d’exploration et les demandeurs disposant de moins de moyens dépendent davantage d’informations lisibles et de démarches prévisibles.

À l’échelle régionale, la diversité des solutions ouvre des possibilités de coopération technique, mais ne crée pas automatiquement des systèmes compatibles. Les administrations devront préciser les responsabilités de leurs prestataires, les conditions d’accès aux données et les modalités de formation. Au Mali, la question immédiate sera de savoir comment le projet annoncé avec Rosgeo s’insère dans le SICAM déjà présenté comme opérationnel. En Afrique du Sud, l’échéance du 31 mars 2027 permettra de juger de l’avancement du déploiement national.

Dans les deux cas, l’indicateur le plus utile ne sera pas le nombre de fonctionnalités annoncées. Ce sera la capacité des usagers à vérifier un titre, déposer un dossier et obtenir une réponse sur la base d’informations fiables — sans dépendance technique impossible à résoudre localement.