Pour un pays dont les exportations dépendent fortement de l’or, mieux connaître le sous-sol est aussi une question de gouvernance. Le Mali veut réunir ses données géologiques et ses titres miniers dans des outils numériques. L’objectif affiché : mieux repérer les ressources et suivre les activités extractives.
Une coopération minière dans un contexte de diversification
Le Mali cherche à renforcer la maîtrise publique de ses ressources, alors que les mines occupent une place majeure dans son économie. Cette ambition s’inscrit dans une relation plus étroite avec la Russie, mais aussi dans une réflexion nationale sur les retombées de l’exploitation minière et la place des compétences maliennes.
À l’échelle régionale, le pays est membre de l’Alliance des États du Sahel avec le Burkina Faso et le Niger, et demeure membre de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), organisation d’intégration ouest-africaine. Dans ce contexte, le choix des partenaires et la gestion des ressources ont une portée qui dépasse les frontières maliennes.
Le secteur reste aussi confronté à un enjeu de diversification. L’or représente une part importante des recettes d’exportation, tandis que les activités minières industrielles ne résument ni l’ensemble de l’économie ni les moyens de subsistance des populations. L’exploitation artisanale, les emplois indirects, les revenus fiscaux et les effets sur les territoires doivent également être pris en compte.
Deux outils annoncés pour cartographier et gérer le sous-sol
Le 28 octobre 2026, à Moscou, le ministre malien des Mines, Amadou Keïta, et Zarubezhgeologiya ont signé deux accords en marge du sommet Russie-Afrique. Cette entreprise réalise les projets internationaux du groupe public russe Rosgeologia. L’annonce a été rapportée par des médias maliens et par l’entreprise russe.
Le premier accord prévoit une carte géologique numérique portant sur deux zones qui couvriraient ensemble plus de la moitié du territoire malien. Une carte géologique décrit notamment les roches et les structures du sous-sol. Elle peut aider à cibler les secteurs où des travaux de prospection seraient pertinents, mais ne constitue pas, à elle seule, la preuve qu’un gisement est exploitable.
Le second projet concerne un système d’information consacré à la gestion du sous-sol. Il doit rassembler des données géologiques, des informations sur les titres miniers et des éléments de suivi des activités. Un volet de formation de spécialistes maliens est également annoncé. Les détails publics disponibles ne précisent toutefois pas le calendrier de réalisation, le coût des projets ni les modalités de contrôle et de propriété des données.
Ces éléments comptent. La numérisation peut rendre les procédures plus lisibles et faciliter le suivi des autorisations. Mais son efficacité dépendra de la qualité des données, de leur mise à jour, de l’accès des services maliens aux outils et de la capacité à maintenir le système après sa mise en place.
Le cadastre numérique existe déjà : l’enjeu est la coordination
Les nouveaux accords arrivent alors que le Mali a déjà engagé la numérisation de son cadastre minier, le registre qui recense les titres et autorisations d’exploitation. Le ministère des Mines a présenté, le 17 avril 2026, un nouveau système qu’il disait pleinement fonctionnel et qui enregistrait alors 631 titres.
Il faudra donc préciser comment le futur système d’information géologique s’articulera avec ce cadastre. Les deux outils n’ont pas exactement la même fonction : l’un vise à organiser les connaissances sur le sous-sol, l’autre à gérer les droits miniers. Leur interconnexion pourrait faciliter les vérifications, mais les informations disponibles ne permettent pas encore de confirmer le niveau d’intégration prévu.
Le poids économique du secteur explique l’attention portée à ces dispositifs. Selon le rapport 2024 de l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives au Mali, relayé par l’Agence malienne de presse et de publicité, les industries extractives ont représenté environ 10 % du PIB et 79 % des exportations. Le rapport fait aussi état de 978 milliards de francs CFA encaissés par le Trésor public au titre des revenus extractifs en 2024. Ces chiffres décrivent des réalités différentes : contribution au PIB, part des exportations et recettes publiques ne sont pas interchangeables.
Une meilleure connaissance du sous-sol peut éclairer les choix d’exploration et rendre les titres plus faciles à suivre. Elle ne garantit cependant ni nouvelles découvertes, ni hausse automatique des recettes, ni retombées équitables. Pour les entreprises, des données fiables peuvent réduire l’incertitude. Pour l’État, elles peuvent soutenir le contrôle des permis. Pour les collectivités et les communautés concernées, l’enjeu est aussi de savoir quelles activités sont autorisées et quelles obligations s’appliquent aux opérateurs.
Les retombées dépendront des règles et des compétences locales
La formation annoncée sera déterminante si elle permet à des spécialistes maliens d’utiliser, d’actualiser et de contrôler les outils. Sans compétences locales suffisantes, une infrastructure numérique risque de rester dépendante de son prestataire. La transparence sur les contrats, les données accessibles et les responsabilités de chaque institution sera donc aussi importante que la technologie elle-même.
Les effets ne seront pas identiques pour tous. À Bamako, les administrations et les acteurs économiques peuvent bénéficier d’un accès plus centralisé aux informations. Dans les régions où se déroulent les activités minières, les questions portent davantage sur les autorisations, les emplois, les relations avec les exploitants et le respect des obligations sociales et environnementales. Le système d’information, à lui seul, ne répondra pas à ces enjeux.
Cette annonce prolonge une coopération déjà évoquée par les autorités russes et maliennes en 2025 autour de la cartographie du potentiel minéral. Elle marque aussi une nouvelle étape de la présence économique russe au Mali. Pour l’heure, les accords portent sur des outils de connaissance et de gestion, et non sur l’ouverture annoncée d’une mine ou la découverte confirmée d’un gisement.
La suite se mesurera à des éléments concrets : le périmètre exact des zones cartographiées, le calendrier des travaux, le financement, la formation effectivement dispensée et les liens avec le cadastre malien. À l’échelle ouest-africaine, cette démarche illustre une question partagée par les États riches en ressources : comment convertir les données géologiques en décisions publiques mieux contrôlées, sans confondre potentiel minier et bénéfice assuré pour la population.