Quand un dépôt pétrolier est concentré sur le littoral, les régions éloignées et les pays enclavés dépendent davantage des corridors routiers. Pour la Côte d’Ivoire, mieux répartir les capacités de stockage est donc à la fois un enjeu de sécurité énergétique et d’équilibre territorial.

La Société de gestion des stocks pétroliers de Côte d’Ivoire (GESTOCI) veut renforcer son réseau intérieur et consolider les liaisons avec les marchés voisins. Son plan 2026-2030 prévoit notamment la réhabilitation de Bouaké et la création de dépôts à Odienné et San Pedro. Les montants et capacités annoncés par la direction restent des projections de l’entreprise, et non des réalisations déjà achevées.

Un réseau tourné vers l’intérieur et les pays voisins

La logistique pétrolière ivoirienne s’organise autour du terminal d’Abidjan-Vridi et du dépôt de Yamoussoukro, reliés, selon GESTOCI, par un pipeline de 250 kilomètres. Ce dispositif permet de réceptionner les produits sur la côte puis de les acheminer vers le centre du pays.

Le directeur général, Ibrahima Doumbia, estime que GESTOCI contribue à environ 67 % de l’approvisionnement national. Il avance également une capacité opérationnelle de stockage de 446 500 m³ et près de 4,5 millions de m³ de produits traités en 2025. Ces indicateurs, communiqués par l’entreprise, n’ont pas été retrouvés dans une seconde source indépendante suffisamment récente ; ils doivent donc être lus comme des données déclaratives.

Le rôle de la société dépasse le marché ivoirien. Doumbia affirme qu’elle participe à environ 85 % de l’approvisionnement du Mali. Là encore, faute de recoupement indépendant accessible pour ce chiffre, il convient de l’attribuer à la direction de GESTOCI. Pour Bamako, pays sans accès à la mer, la continuité des flux dépend notamment des infrastructures portuaires et des routes traversant les États côtiers.

Cette interdépendance donne un poids régional aux choix d’investissement ivoiriens. Elle ne signifie pas que les corridors suffisent à garantir l’approvisionnement : les volumes disponibles, les capacités de transport et les aléas logistiques comptent aussi. Mais des stocks mieux répartis peuvent réduire la dépendance à un seul point de réception et rapprocher les produits des zones de consommation.

Bouaké, Odienné et San Pedro au cœur des projets

Le programme annoncé associe trois opérations. GESTOCI prévoit de réhabiliter le dépôt de Bouaké, au centre du pays, et de construire de nouvelles installations à Odienné, dans le Nord-Ouest, ainsi qu’à San Pedro, sur la côte sud-ouest. La direction chiffre l’investissement global prévisionnel à environ 170 millions de dollars.

Les implantations répondent à des besoins différents. Bouaké pourrait renforcer la desserte du centre et du nord. Odienné est située près des frontières du Mali et de la Guinée. San Pedro, port majeur du sud-ouest ivoirien, offrirait un autre point d’appui pour les échanges côtiers et les liaisons vers le Liberia et la Guinée.

Des annonces publiques ivoiriennes confirment l’existence de projets de réhabilitation à Bouaké et de nouveaux dépôts à Odienné et San Pedro. Le ministère chargé de l’Énergie a notamment évoqué des capacités envisagées de 48 000 m³ à Bouaké et de 40 000 m³ dans chacun des deux nouveaux dépôts. Ces éléments confirment l’orientation du programme, mais ne prouvent ni son financement intégral ni son calendrier définitif.

Si les travaux aboutissent, leur intérêt se mesurera aussi aux effets sur les coûts et les délais de transport. Les territoires éloignés des grands dépôts pourraient bénéficier d’une meilleure proximité logistique. Les opérateurs et transporteurs, eux, devront composer avec de nouvelles installations, tandis que les collectivités locales pourraient voir apparaître des marchés pour les travaux et la maintenance.

Sécurité industrielle et retombées locales

Stocker des hydrocarbures implique de maîtriser les risques d’incendie, de pollution et d’accident du travail. GESTOCI indique s’appuyer sur les normes ISO 9001 pour la qualité, ISO 14001 pour le management environnemental et ISO 45001 pour la santé et la sécurité au travail. L’entreprise mentionne aussi une évaluation selon le référentiel du Joint Inspection Group, utilisé dans la chaîne d’approvisionnement des carburants aviation.

Ces référentiels encadrent des procédures, des contrôles et des pratiques de prévention ; ils ne remplacent pas la vérification régulière de leur application sur chaque site. À mesure que le réseau s’étend, la formation des équipes, l’entretien des équipements et la préparation aux incidents pèseront autant que les capacités nominales annoncées.

La direction présente les futurs chantiers comme une occasion de faire participer davantage les entreprises ivoiriennes et de former des techniciens locaux. Cette ambition s’inscrit dans le débat sur le contenu local : la valeur d’un investissement ne tient pas seulement à l’infrastructure construite, mais aussi aux compétences et aux emplois durables qu’il laisse dans le pays.

Le SIREXE, rendez-vous avant les décisions concrètes

La deuxième édition du Salon international des ressources extractives et de l’énergie (SIREXE) est annoncée à Abidjan du 18 au 22 novembre 2026. Le salon place les infrastructures au centre des échanges et doit réunir des acteurs publics et privés. GESTOCI en est présenté comme sponsor global officiel.

Pour l’entreprise, l’enjeu est de trouver des partenaires financiers, techniques et industriels. Mais la tenue d’un salon ne garantit pas la concrétisation des projets. Les étapes à suivre seront les décisions de financement, les marchés attribués, le démarrage des travaux et la mise en service effective des dépôts.

À l’échelle ouest-africaine, le dossier met en lumière une question pratique d’intégration régionale : comment coordonner les infrastructures et les flux entre pays côtiers et États de l’hinterland ? La réponse dépendra autant des investissements nationaux que de la fiabilité des corridors transfrontaliers. Pour les usagers, l’enjeu final reste concret : disposer de produits disponibles, acheminés de manière régulière et dans des conditions de sécurité vérifiables.

Les dates du SIREXE et l’orientation des projets sont corroborées par les informations officielles ivoiriennes. En revanche, plusieurs chiffres opérationnels et commerciaux cités par GESTOCI n’ont pas pu être indépendamment recoupés : ils sont donc attribués à la direction.