Pour les entreprises togolaises, l’enjeu du rapprochement avec Moscou ne se mesure pas au nombre d’accords signés, mais aux projets qui verront le jour à Lomé et dans les régions. Agriculture, formation, santé et échanges commerciaux figurent désormais parmi les pistes avancées par les deux gouvernements. Reste à transformer ces intentions en investissements, en services et en débouchés accessibles aux acteurs locaux.
Des engagements signés à Moscou, des projets à préciser
Le 27 octobre 2026, en marge du troisième Sommet Russie-Afrique à Moscou, le président du Conseil togolais, Faure Essozimna Gnassingbé, a présidé la signature de deux accords et d’un mémorandum d’entente entre des institutions des deux pays. Le sommet s’ouvre le 28 octobre, selon les annonces officielles togolaises. Ces textes prolongent la première session de la Commission mixte intergouvernementale Togo-Russie, réunie à Lomé du 29 septembre au 1er octobre.
Le premier accord lie le Togo à Eurasia, une organisation russe à but non lucratif. Il couvre l’action humanitaire, l’éducation, la recherche, la culture et le développement social. Il prévoit notamment des possibilités de financement de projets et d’infrastructures dans les domaines de la santé et de l’éducation. Il ouvre aussi la voie à des centres agricoles et à des formations pratiques, avec l’objectif affiché de renforcer les compétences et la sécurité alimentaire.
Un second accord, signé avec Rossotroudnitchestvo — l’agence fédérale russe chargée de la coopération humanitaire internationale — concerne les échanges culturels, éducatifs, scientifiques et humanitaires. Il prévoit notamment des bourses pour des étudiants togolais souhaitant poursuivre leurs études en Russie. Les textes annoncent des domaines de coopération, mais ne détaillent pas encore, dans les éléments publiés, les montants engagés ni le calendrier des projets.
Enfin, la Commission nationale des droits de l’homme du Togo et le Médiateur des droits de l’homme de la Fédération de Russie ont conclu un mémorandum. Les deux institutions entendent coopérer à la promotion et à la protection des droits et libertés fondamentaux. La portée pratique de ce partenariat dépendra des activités communes et des mécanismes de suivi qui seront mis en place.
Lomé veut donner une suite économique au dialogue
La rencontre de Moscou s’inscrit dans un effort de structuration engagé à Lomé. Lors de la commission mixte de septembre et octobre, les délégations ont retenu plusieurs domaines à approfondir : commerce, douanes, investissements, agriculture, énergie, sciences et innovation, technologies de l’information, éducation et transports. Le ministère togolais du Commerce a également évoqué des pistes industrielles et logistiques, dont un itinéraire de transport entre la Russie et l’Afrique de l’Ouest.
La commission sert de cadre au suivi des accords et à la préparation de projets. Elle doit donc permettre de passer des annonces diplomatiques à des discussions plus opérationnelles : entreprises concernées, financement, conditions d’accès, formation de travailleurs et retombées pour les fournisseurs togolais. La Chambre de commerce et d’industrie du Togo a, de son côté, plaidé pour des mécanismes rapprochant durablement les entreprises des deux pays, au-delà de rencontres ponctuelles.
Les échanges actuels restent marqués par les importations togolaises. Les données 2024 de l’Organisation mondiale du commerce, fondées sur les statistiques de l’ONU, évaluent les importations du Togo en provenance de Russie à 97,1 millions de dollars. Elles représentent 3,3 % des importations togolaises cette année-là. Ce chiffre décrit les achats du Togo auprès de la Russie ; il ne correspond pas à lui seul au commerce bilatéral total, qui inclut aussi les exportations togolaises vers le marché russe.
Cette asymétrie donne un repère concret pour mesurer les suites du partenariat. Pour les producteurs agricoles, des centres de formation pourraient améliorer les pratiques et les compétences, à condition que les équipements, les intrants et les débouchés soient adaptés aux besoins locaux. Pour les étudiants, les bourses élargiraient les possibilités de formation ; leur effet dépendra aussi des filières proposées et des perspectives de retour ou d’insertion professionnelle au Togo.
Un partenariat à l’épreuve des résultats
Le Togo cherche à diversifier ses partenaires tout en consolidant son rôle d’économie ouverte en Afrique de l’Ouest. Son port de Lomé et ses infrastructures logistiques peuvent servir de points d’appui aux échanges régionaux. Mais un accord bilatéral ne garantit pas, à lui seul, que les investissements bénéficieront aux entreprises togolaises ou que les échanges seront plus équilibrés. Les conditions de financement, de transfert de compétences et de participation des opérateurs locaux seront déterminantes.
Le contexte régional compte également. Le Togo est membre de la CEDEAO, la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest, dont les États coordonnent une partie de leurs politiques économiques et commerciales. Toute nouvelle liaison logistique ou hausse des échanges avec la Russie pourrait donc concerner des marchés voisins, pas seulement le marché togolais. Les effets dépendront toutefois des règles douanières, des infrastructures disponibles et de la capacité des entreprises à exporter.
La portée de ces accords se jouera lors des prochaines étapes : projets financés, bourses effectivement attribuées, centres agricoles créés et accords commerciaux traduits en contrats. Les institutions togolaises devront aussi rendre compte de leur mise en œuvre, notamment pour le volet consacré aux droits humains. À l’échelle africaine, ce rapprochement illustre la recherche de partenariats diversifiés ; son intérêt se jugera moins aux cérémonies qu’aux résultats vérifiables pour les populations et l’économie togolaises.
Sources de contexte : annonce officielle des accords Togo-Russie, ministère togolais du Commerce sur la commission mixte, Togo First sur les propositions de la Chambre de commerce et profil commercial du Togo à l’Organisation mondiale du commerce.