Quand une distribution alimentaire s’interrompt, les familles déplacées doivent arbitrer entre manger aujourd’hui et préserver leur santé demain. À Al-Karama 3, dans l’État soudanais du Nil Bleu, des habitants disent vivre depuis plusieurs mois avec une ration réduite au maïs, alors que les soins et l’eau potable restent difficiles d’accès.

À Ed-Damazin, l’aide ne suit plus les besoins

Des résidents et le responsable du camp rapportent qu’aucune aide alimentaire n’a été distribuée à Al-Karama 3 depuis quatre mois. Ce délai est avancé par les personnes interrogées sur place ; les données disponibles ne permettent pas de le vérifier indépendamment pour ce camp précis.

Adam Ahmed, un déplacé, explique ne manger que du maïs, malgré un besoin d’alimentation adaptée. Babiker Othman Ibrahim, responsable du camp, signale des cas de paludisme, de schistosomiase et d’allergies. Ces témoignages décrivent les difficultés locales, sans constituer un bilan médical établi.

Al-Karama 3 accueille environ 24 000 personnes déplacées, selon un reportage consacré au camp. Des familles ont fui les combats qui se poursuivent au Soudan depuis avril 2023 entre les Forces armées soudanaises et les Forces de soutien rapide. D’autres informations récentes venant de la région d’Ed-Damazin évoquent aussi des pénuries alimentaires, d’eau, d’abris et de soins. Ces éléments concordent sur les besoins, mais ne confirment pas le détail des distributions dans le camp.

Une crise nationale, des situations très différentes

Le Nil Bleu se trouve dans le sud-est du Soudan, près de la frontière éthiopienne. Ed-Damazin, capitale de l’État, accueille des personnes déplacées tandis que les combats et les déplacements perturbent les moyens de subsistance ailleurs dans le pays. La capitale nationale reste Khartoum. La guerre a aussi fragmenté les circuits d’approvisionnement et compliqué l’accès des organisations humanitaires.

Les chiffres nationaux doivent être datés avec soin. L’analyse de l’IPC, le dispositif de classification de l’insécurité alimentaire auquel contribuent des agences humanitaires, estime que 21,2 millions de personnes faisaient face à une insécurité alimentaire aiguë de phase 3 ou plus en septembre 2025. Elle projetait 19,2 millions pour octobre 2025 à janvier 2026, puis 19,1 millions de février à mai 2026. Cette baisse apparente ne signifie pas nécessairement une amélioration partout : l’IPC précise que certaines zones très préoccupantes n’ont pas pu être classées faute de données.

Ces estimations ne confirment donc pas automatiquement le chiffre de 19,5 millions mentionné dans des informations diffusées autour du 24 octobre. Les périodes et méthodes doivent être distinguées. Les analyses de l’IPC et le rapport d’UNICEF pour octobre 2025 confirment toutefois une insécurité alimentaire étendue, avec des écarts marqués entre régions.

Le constat national ne résume pas chaque localité. Dans certaines zones, l’accès humanitaire et la situation alimentaire ont connu des évolutions différentes. En revanche, au Darfour et au Kordofan, l’IPC a documenté une aggravation liée aux combats et aux restrictions d’accès, avec des situations de famine à El-Fasher et Kadugli à l’automne 2025. Ce contraste rappelle pourquoi les alertes du camp doivent être évaluées à l’échelle locale, et non déduites d’une moyenne nationale.

Nourriture, santé et accès : des besoins liés

Une alimentation monotone fragilise particulièrement les enfants, les femmes enceintes, les personnes âgées et les malades. Quand les distributions s’arrêtent, les ménages déplacés disposent souvent de peu de revenus pour acheter des aliments variés. Les habitants des zones urbaines peuvent parfois trouver des produits sur les marchés, mais les prix et le manque de liquidités limitent cet accès. Dans les camps, la dépendance à l’aide est plus directe.

La santé ne peut pas être séparée de la nourriture et de l’assainissement. Le paludisme est transmis par les moustiques ; la schistosomiase, aussi appelée bilharziose, est liée à des parasites présents dans certaines eaux contaminées. Le rapport d’UNICEF sur octobre 2025 relève une forte pression sanitaire nationale et indique que l’organisation soutenait des services de santé dans l’État du Nil Bleu. Cela ne démontre pas que des soins sont accessibles à tous les habitants d’Al-Karama 3, mais souligne l’importance de relier aide alimentaire, eau, prévention et suivi médical.

Le Programme alimentaire mondial indique avoir fourni une assistance alimentaire ou nutritionnelle à des millions de personnes au Soudan, malgré l’insécurité et les difficultés d’accès. Ces opérations nationales ne garantissent pas une présence régulière dans chaque camp. Leur continuité dépend notamment des financements, des routes praticables et des conditions de sécurité.

Une réponse qui engage aussi la région

Le conflit soudanais pèse sur les pays voisins, qui accueillent des personnes ayant franchi les frontières, tandis que les déplacements internes accroissent la pression sur les villes et les communautés d’accueil. L’IGAD, l’Autorité intergouvernementale pour le développement, rassemble plusieurs États de la Corne de l’Afrique et de la région. La crise appelle donc une coordination régionale, en complément du travail des autorités soudanaises et des agences humanitaires.

À Al-Karama 3, le prochain indicateur concret sera la reprise — ou non — de distributions suivies, accompagnées de soins et d’un accès à l’eau. Les témoignages disponibles lancent une alerte sérieuse, mais ne suffisent pas à établir l’ampleur exacte des besoins de chaque ménage. La priorité est de vérifier ces besoins sur place et de garantir un accès humanitaire régulier, sans confondre annonces nationales et réalité vécue dans le camp.

Pour situer les données, consulter l’analyse IPC sur l’insécurité alimentaire au Soudan, le rapport humanitaire d’UNICEF d’octobre 2025 et les informations du Programme alimentaire mondial au Soudan.