Au Zimbabwe, une affaire pénale qui a duré près de sept ans s’achève sans procès sur le fond. La décision concernant Marry Mubaiwa soulève une question concrète : combien de temps une personne peut-elle rester en détention provisoire quand la justice ne parvient pas à faire avancer son dossier ?

Une procédure longue, interrompue à Harare

Le 27 octobre 2026, le magistrat régional Musaiona Shortgame a mis fin aux poursuites pour tentative de meurtre visant Mubaiwa, ancienne épouse du vice-président Constantino Chiwenga. La décision est intervenue à Harare, capitale du Zimbabwe, après une nouvelle demande du parquet pour reporter l’audience au 25 novembre afin de retrouver ou de faire comparaître des témoins. Plusieurs médias zimbabwéens, dont The Herald, DailyNews et Nehanda Radio, rapportent que le magistrat a estimé que la durée de la procédure avait causé à l’accusée des préjudices psychologiques, physiques et financiers.

Les comptes rendus emploient parfois des termes différents pour décrire l’issue : acquittement, retrait de l’accusation ou fin de la détention provisoire. Le point commun est que Mubaiwa a été libérée de cette procédure pour tentative de meurtre. Cela ne signifie pas nécessairement que toutes les autres accusations portées contre elle ont été tranchées.

L’affaire remontait à 2019. Le parquet accusait alors Mubaiwa d’avoir tenté de tuer Chiwenga lors de son hospitalisation en Afrique du Sud, en débranchant des dispositifs médicaux. Ces éléments relèvent des accusations présentées par l’État ; ils ne constituent pas, à eux seuls, une preuve de culpabilité. La procédure avait également inclus des accusations distinctes de fraude, de blanchiment d’argent et de transfert illégal de devises, rapportées lors de son arrestation par ZimLive.

Le temps judiciaire au cœur de la décision

La demande de report du parquet a donné au magistrat l’occasion de se prononcer sur les retards accumulés. Le dossier avait connu un nouvel obstacle lorsque la magistrate qui le suivait a été élevée à la Haute Cour. D’après New Zimbabwe, ce changement imposait de reprendre la procédure devant un autre magistrat, alors que le procès avait déjà avancé et que des témoins avaient commencé à déposer.

Cette reprise aurait prolongé une affaire déjà engagée depuis 2019. Le magistrat a finalement refusé que l’accusée reste encore sur la liste des personnes renvoyées devant la justice sans avancée suffisante. La décision sanctionne donc la durée de la procédure ; elle ne doit pas être présentée comme un jugement établissant si les faits allégués ont eu lieu ou non.

La nuance compte. La détention provisoire n’est pas une peine : elle précède un jugement et ne vaut pas condamnation. Mais lorsqu’elle s’étire pendant des années, ses effets touchent la santé, les ressources financières, la vie familiale et la capacité à préparer sa défense. Le tribunal a retenu ces préjudices dans son appréciation, selon les comptes rendus publiés à Harare.

Une affaire personnelle devenue enjeu public

Le dossier attire une attention particulière parce qu’il met en cause l’ancienne épouse d’un haut responsable de l’État. Constantino Chiwenga, ancien chef militaire, a pris une place centrale dans la vie politique zimbabwéenne après l’intervention militaire de novembre 2017 qui a conduit au départ de Robert Mugabe. Depuis, il occupe la fonction de vice-président auprès d’Emmerson Mnangagwa.

Cette proximité avec le pouvoir ne permet pas, à elle seule, de conclure que la procédure était motivée politiquement. Elle rend toutefois essentielle une information précise : les accusations doivent être attribuées au parquet, les décisions aux magistrats, et les faits contestés ne doivent pas être présentés comme établis sans jugement. La couverture de l’affaire doit aussi éviter de réduire Mubaiwa à son ancienne relation conjugale ou à la fonction de son ex-époux.

Au-delà des protagonistes, l’enjeu concerne le fonctionnement quotidien de la justice zimbabwéenne. Les retards, les changements de magistrat et la disponibilité des témoins pèsent sur les personnes poursuivies comme sur l’organisation des tribunaux. Pour les citoyens sans accès aux ressources d’une personnalité publique, plusieurs années d’attente peuvent également signifier des frais juridiques, des déplacements répétés et une incertitude durable.

Un signal suivi de près en Afrique australe

Le Zimbabwe appartient à la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC), qui rassemble les pays de la région autour de coopérations politiques et économiques. La décision ne règle pas les difficultés judiciaires de l’ensemble de ses membres. Elle rappelle néanmoins que les garanties de procédure — notamment le droit à une audience dans un délai raisonnable — sont des enjeux régionaux, et pas seulement des principes inscrits dans les textes.

La portée immédiate reste nationale : il faudra distinguer la fin de la procédure pour tentative de meurtre de l’éventuel devenir des autres accusations. Les comptes rendus consultés ne permettent pas d’établir que celles-ci ont été abandonnées ou jugées. Les prochaines informations du parquet et des tribunaux devront préciser ce point, ainsi que les suites possibles de la décision.

Pour Harare, l’affaire laisse une question institutionnelle sans réponse simple : comment éviter qu’un dossier pénal reste en suspens pendant des années, jusqu’à ce que le délai lui-même devienne un motif de libération ? La décision de Musaiona Shortgame clôt une étape importante pour Mubaiwa. Elle rappelle aussi que la rapidité de la justice compte autant que l’issue d’un procès.