Un scrutin serré peut ouvrir une nouvelle période de stabilité, mais il ne suffit pas à réparer une fédération fragilisée par des tensions internes. En Guinée, le nouveau président de la Feguifoot devra transformer une majorité relative en capacité de rassembler clubs, ligues et acteurs du football.
Un vote disputé après une crise de gouvernance
La Fédération guinéenne de football sort d’une période agitée. En avril 2025, plusieurs membres de son comité exécutif ont engagé la révocation du président Aboubacar Sampil. L’assemblée générale du 8 mai l’a ensuite entérinée par 51 voix, tandis que Sorel Doumbouya assurait l’intérim. La procédure avait toutefois suscité des contestations parmi certains acteurs du football.
Cette histoire récente donne du poids au scrutin organisé à Conakry, mardi 27 octobre 2026. Mamady Doumbouya, candidat du mouvement Rénovons le Foot 224 (RF224), a obtenu 21 voix sur 52 suffrages exprimés. Mamadou Antonio Souaré en a recueilli 18, Ibrahima Kalil Kaba 13, et Mohamed Chérif Haïdara aucune, selon plusieurs comptes rendus guinéens indépendants. Le résultat montre une compétition réelle, mais aussi une fédération divisée en blocs importants.
Les comptes rendus consultés ne sont pas uniformes sur l’orthographe du prénom du vainqueur : certains écrivent « Mamady », d’autres « Mamadi ». Le nom complet doit donc être vérifié sur le procès-verbal officiel avant toute publication définitive. De même, l’âge de 34 ans et sa fonction de directeur général de l’Autorité de régulation des postes et télécommunications ne sont pas confirmés par les sources indépendantes consultées.
Une confusion est aussi à éviter avec Mamadi Doumbouya, président de la République de Guinée. Les éléments disponibles ne permettent pas d’établir un lien entre les deux hommes. Le nouveau dirigeant de la fédération est présenté par la presse guinéenne comme un responsable du club Union FC et du RF224.
La promesse du rassemblement à l’épreuve des actes
Au soir de son élection, le président élu a appelé ses concurrents à le rejoindre sur l’estrade. Le geste répond à un enjeu immédiat : gouverner une organisation où ses trois principaux adversaires ont réuni ensemble 31 voix. Cette arithmétique rend le dialogue indispensable pour éviter que la campagne ne se prolonge au sein des instances.
Le programme annoncé par RF224 met en avant la transparence, la responsabilité financière, le renforcement des clubs, la formation et le football féminin. Le nouveau président a également évoqué des objectifs mesurables dès les cent premiers jours. Ces engagements restent à préciser : les informations publiques disponibles ne détaillent pas encore les budgets, les échéances ni les indicateurs qui permettront d’en suivre l’application.
Le défi dépasse les résultats de l’équipe nationale. Les clubs ont besoin de compétitions régulières, d’une gestion prévisible et de ressources mieux structurées. La formation concerne les jeunes joueurs, les entraîneurs et les arbitres, y compris hors de Conakry. Le football féminin, lui, ne progressera durablement que si les compétitions, les installations et les moyens suivent les déclarations de principe.
La répartition des ressources sera un autre test. Les décisions de la fédération touchent les clubs professionnels, mais aussi les équipes locales et les acteurs qui vivent du football dans l’économie informelle. Des règles publiques d’attribution des aides et des comptes accessibles pourraient réduire les soupçons et rendre les soutiens plus équitables. À l’inverse, une concentration des moyens dans quelques structures risquerait de raviver les rivalités.
Une fédération sous le regard régional
La Feguifoot est affiliée à la Confédération africaine de football (CAF), instance continentale qui organise les compétitions africaines, et à la FIFA. La fédération doit donc concilier les exigences de ses membres guinéens avec les règles de ces organisations. En 2025, la crise interne avait notamment conduit le ministère des Sports à solliciter l’intervention de la FIFA, signe que les tensions locales pouvaient avoir une portée institutionnelle plus large.
La Guinée appartient également à la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), organisation de coopération régionale. Le scrutin fédéral ne constitue pas une décision de la CEDEAO, mais la stabilité des instances sportives compte dans un espace où les compétitions et les parcours des joueurs dépassent les frontières nationales.
La prochaine étape sera la composition du comité exécutif et la publication d’un calendrier précis pour les engagements annoncés. La nouvelle équipe devra aussi clarifier les règles de gouvernance et les mécanismes de contrôle financier. Le résultat de 21 voix lui confère un mandat, pas un blanc-seing : sa capacité à associer les camps adverses pèsera autant que ses promesses de performance.