Sur le terrain, les Makis Ladies travaillent les passes, les plaquages et les choix rapides. À Antananarivo, leur défi dépasse la préparation d’un tournoi : les jeunes joueuses malgaches porteront les couleurs d’un rugby féminin qui cherche à gagner en visibilité et en moyens.
Une équipe construite autour de profils différents
La sélection compte douze joueuses. Certaines pratiquent depuis l’enfance dans des écoles de rugby ; d’autres ont rejoint ce sport plus récemment. La sélection a pris en compte leur vitesse, leur technique et leur aptitude à lire le jeu, selon la coach Dina Razafindratsara.
Le rugby à 7 se joue sur un grand terrain avec sept joueuses par équipe. Les espaces sont plus ouverts qu’à quinze, et les rencontres sont courtes : la vitesse, l’endurance et la décision sous pression comptent autant que la puissance.
À 17 ans, Sarika Raveloarisoa apprécie précisément ces espaces pour accélérer et se démarquer. Elle dit se projeter mentalement dans la compétition de Dakar, tout en poursuivant les séances d’entraînement dans la capitale malgache.
La préparation a aussi pris une dimension internationale. Du 12 au 19 octobre, les joueuses ont participé à un stage en Tunisie avec des équipes africaines. Le rassemblement, organisé dans le cadre de la Solidarité olympique, visait à renforcer leurs automatismes et leur expérience. À son terme, Madagascar a terminé deuxième du tournoi U18 de rugby à 7, selon le quotidien malgache Newsmada.
Un sport ancré dans la vie malgache
À Antananarivo, le rugby dispose d’un public fidèle. Le stade Makis, à Andohatapenaka, accueille des rencontres suivies par de nombreux spectateurs. World Rugby relevait déjà en 2023 que les matchs locaux pouvaient attirer des foules importantes. Cette popularité offre aux joueuses une base de soutien, même si elle ne garantit pas des conditions de préparation équivalentes à celles des équipes mieux dotées.
Le rugby féminin malgache a franchi plusieurs étapes ces dernières années. Les Makis avaient participé à la Coupe du monde de rugby à 7 en 2022, puis au Challenger mondial en 2023. Ces compétitions ont contribué à faire connaître l’équipe au-delà de l’île, rappelle World Rugby. La relève U18 s’inscrit dans cette continuité, mais elle ne doit pas être confondue avec l’équipe senior : les besoins de formation et d’accompagnement sont différents.
Les limites matérielles restent présentes. Dans le reportage consacré à l’équipe, la kinésithérapeute Zo Andrianantenaina évoque l’absence de suivi nutritionnel spécialisé et les difficultés financières de certaines joueuses. Elle s’inquiète notamment de leurs apports alimentaires. Ces propos décrivent les préoccupations du staff, sans établir un diagnostic médical individuel.
Cette inégalité de ressources pèse sur la récupération et la préparation quotidienne. Les joueuses ne disposent pas toutes du même environnement familial ou des mêmes moyens pour suivre un programme sportif. Le travail du staff doit donc conjuguer entraînement, prévention des blessures et conseils adaptés aux réalités du groupe.
Dakar, une première scène olympique africaine
Les Jeux olympiques de la jeunesse se tiendront au Sénégal du 31 octobre au 13 novembre 2026. Ils seront le premier événement olympique organisé sur le continent. Le tournoi de rugby à 7 se jouera à Dakar, au complexe Iba Mar Diop. Pour Madagascar, cette participation offre à une équipe féminine de jeunes une exposition internationale rare.
Les Makis Ladies sont dans la poule B avec la République tchèque, l’Espagne et les États-Unis. World Rugby a confirmé cette composition et indique que les rencontres de rugby débuteront le 1er novembre, avec les médailles attribuées les 2 et 3 novembre. Le groupe place Madagascar face à des adversaires aux parcours et aux moyens différents ; le classement dépendra autant de la capacité à défendre collectivement que de l’efficacité dans les espaces.
Pour les joueuses, l’objectif immédiat est de transformer les acquis du stage tunisien en automatismes : se replacer vite, plaquer sans se désorganiser et exploiter chaque ballon. Pour la fédération malgache, l’enjeu est plus durable. Une présence aux JOJ peut donner de la visibilité au rugby féminin et nourrir les filières de formation, à condition que l’accompagnement ne s’arrête pas au tournoi.
Dakar 2026 réunira des délégations venues d’Afrique et d’autres régions du monde. La performance des Makis sera suivie sur le terrain, mais aussi à Antananarivo, où le rugby rassemble déjà un public conséquent. Leur parcours rappellera que la place d’un pays dans le sport international se construit aussi par l’accès des jeunes filles à l’entraînement, aux soins et à des compétitions régulières.