À Madagascar, la prochaine Constitution pourrait être soumise au vote avant même que les consultations censées l’éclairer aient livré leurs conclusions. Ce décalage met à l’épreuve la promesse d’une refondation construite avec les citoyens, et pose une question concrète : comment leurs propositions pèseront-elles réellement sur le texte final ?

Un calendrier qui se resserre

Depuis Antananarivo jusqu’aux villages, la concertation doit faire remonter les attentes de la population vers les responsables chargés de préparer les réformes. Le Conseil œcuménique des Églises chrétiennes de Madagascar (FFKM) pilote cette démarche. Elle s’inscrit dans la période de transition politique ouverte en 2025 et dans le programme de refondation présenté aux partenaires régionaux.

La Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC), organisation régionale qui accompagne les processus politiques de ses États membres, suit cette transition. Le calendrier malgache prévoit une échéance électorale entre mai et juillet 2027, sous la forme d’un référendum constitutionnel ou d’une élection constituante. Une présidentielle est annoncée avant la fin de 2027. Ces dates rendent le déroulement des consultations déterminant.

Le plan du FFKM prévoit une démarche en plusieurs étapes : recueillir les avis dans les fokontany, les plus petites unités administratives, puis transmettre les propositions aux communes, aux districts et aux régions. Une synthèse nationale doit ensuite alimenter les travaux sur les institutions et la Constitution. Le dispositif prévoit aussi des échanges autour de thèmes comme le développement durable, les valeurs malgaches, la justice et l’État de droit.

La préparation avance, mais le lancement reste incertain

Or, les consultations de proximité n’ont pas commencé au rythme annoncé. Le FFKM indique qu’il achève la formation des personnes appelées à encadrer les échanges et à consigner les propositions. Le calendrier diffusé par l’organisation prévoyait pourtant des étapes successives dès septembre et octobre 2026. À la date du 26 octobre, aucune date ferme de démarrage généralisé n’a été confirmée.

Les informations publiées à Madagascar montrent que la préparation est encore en cours. Début octobre, le média malgache Newsmada rapportait que des formations pilotes étaient prévues dans six districts, avant un déploiement plus large. Le FFKM évoquait notamment le recrutement et la formation de facilitateurs, de secrétaires de séance et de responsables du matériel. Il s’agit donc d’une phase de mise en place, et non de consultations déjà achevées dans les communes.

Les chiffres avancés varient selon les informations disponibles. Le contenu initial du dispositif évoque 15 600 facilitateurs et environ 19 500 fokontany. Un compte rendu publié début octobre par Newsmada mentionne toutefois 19 400 fokontany ainsi que des besoins logistiques encore en cours de couverture. Ces nombres décrivent l’ampleur prévue du chantier ; ils ne permettent pas, à eux seuls, de mesurer combien de consultations ont effectivement eu lieu.

Le FFKM présente les rencontres comme un espace de dialogue et de réconciliation. Selon le dispositif annoncé, les séances doivent commencer par un culte chrétien. Dans un pays où les appartenances religieuses et les traditions sont diverses, la place accordée à cette ouverture et les modalités permettant à toutes les composantes de la population de participer seront importantes pour apprécier le caractère inclusif du processus.

La confiance dépendra des règles du jeu

Le retard n’est pas le seul point de vigilance. Le Comité national d’observation des élections et d’éducation civique, KMF-CNOE, estime que les étapes et la manière dont les contributions seront prises en compte manquent de clarté pour une partie de la population. Dans une prise de position relayée le 24 octobre par L’Express de Madagascar, l’organisation interroge notamment la sélection des participants, le poids des avis recueillis à la base et la suite donnée aux propositions.

Ces questions touchent au cœur de la démarche. Recueillir des doléances ne garantit pas qu’elles influeront sur le projet constitutionnel. Il faudra savoir qui fera la synthèse, selon quels critères les propositions seront retenues ou écartées, et comment les citoyens pourront suivre cette transformation. Les autorités de transition n’ont pas encore précisé qui rédigera le ou les projets de Constitution.

Les effets d’un calendrier serré ne seront pas identiques pour tous. Dans les centres urbains, les organisations civiques et les médias peuvent plus facilement suivre les annonces et interpeller les responsables. Dans les zones rurales, l’accès aux réunions, à l’information et aux outils de collecte peut peser davantage sur la participation. Les acteurs de l’économie informelle, souvent moins présents dans les espaces institutionnels, auront eux aussi besoin de modalités accessibles pour faire entendre leurs préoccupations.

La question est également institutionnelle : un processus organisé par le FFKM doit conserver une marge de confiance et d’autonomie, tandis que ses conclusions doivent être articulées avec le calendrier et les décisions de l’État. Plus les règles resteront floues, plus il sera difficile de distinguer une consultation qui oriente les choix d’une démarche simplement destinée à les accompagner.

Une échéance nationale sous regard régional

La SADC a demandé à Madagascar de présenter une feuille de route et de rendre compte de l’avancement du processus politique. Son sommet extraordinaire de décembre 2025 a également prévu un appui au dialogue dans le pays. La concertation dépasse ainsi le seul débat constitutionnel : elle engage la crédibilité de la transition auprès des Malgaches et de ses partenaires régionaux.

Le point de tension est désormais celui de l’enchaînement des étapes. Si les contributions nationales sont finalisées tardivement, le temps disponible pour rédiger, examiner et expliquer un nouveau texte avant le scrutin de 2027 pourrait se réduire. Si les échéances sont maintenues, la transparence sur la méthode et la publication des résultats deviendront d’autant plus importantes.

Pour les citoyens, l’enjeu n’est pas seulement de participer à des réunions. Il est de pouvoir vérifier que les propositions recueillies remontent jusqu’aux décisions, y compris lorsqu’elles concernent les pouvoirs de l’État, les droits ou l’organisation des institutions. Le prochain indicateur sera le déploiement effectif des équipes dans les fokontany, accompagné d’un calendrier public et de règles claires pour rendre compte des contributions.