À Trabzon, un portrait peint sur un mur ne raconte pas seulement l’arrivée d’une vedette. Il montre comment un club régional mise sur la notoriété d’un international égyptien pour attirer les regards, les supporters et les visiteurs.
Un transfert qui dépasse le terrain
Trabzonspor a officialisé le 6 août 2026 la signature de Mohamed Salah pour deux ans. L’attaquant égyptien, âgé de 34 ans, a quitté Liverpool pour rejoindre le club de la ville de Trabzon, sur la côte turque de la mer Noire. Le club a confirmé la durée du contrat dans son annonce.
Le choix a rapidement pris une dimension locale. Une fresque de Salah en maillot bordeaux et bleu a été peinte sur un mur de 40 mètres dans le quartier d’Ortahisar. L’agence turque Anadolu rapporte que l’artiste Yıldıray Yıldırım a réalisé cette œuvre après une demande des habitants et du syndic de l’immeuble. Des passants s’y arrêtent pour prendre des photos.
Le phénomène ne se limite plus à la fresque. Depuis qu’il a publié une photo de lui assis sur un rocher dans les hauteurs de la province, des supporters s’y rendent pour reproduire la pose. Associated Press a compté 46 visiteurs en deux heures sur le site, avant un match disputé le 19 octobre.
Trabzon cherche un nouvel élan
Trabzonspor est le principal club de cette ville portuaire du nord-est turc. Son identité est étroitement liée à la fierté locale et à une rivalité historique avec les grands clubs d’Istanbul. L’arrivée d’un joueur connu dans le monde entier offre au club une visibilité qui dépasse le championnat turc.
Les premiers signes sont visibles dans les tribunes et en ligne. Selon des informations rapportées par la presse locale et reprises par AP, les comptes du club ont gagné un million d’abonnés après la signature. AP indique aussi que presque toutes les places du stade, qui peut accueillir plus de 41 000 personnes, étaient occupées lors du derby contre Beşiktaş, le 19 octobre.
Sur le terrain, Salah a marqué à la 71e minute de cette rencontre, remportée par Trabzonspor. AP le présente alors comme le meilleur buteur de la Süper Lig, le championnat de première division turc. Ces éléments témoignent d’un début réussi, mais ne suffisent pas à établir ce que sera le bilan sportif de la saison.
La ville espère aussi des retombées touristiques. Des agences locales proposent désormais des séjours associant match, visite du lieu surnommé le « rocher de Salah » et produits aux couleurs du club. AP rapporte également le lancement de vols directs entre Le Caire et Trabzon en août, dans un contexte d’intérêt accru pour la destination égyptienne. Ces offres montrent une stratégie commerciale en construction ; elles ne permettent pas encore de mesurer les revenus réellement générés.
Une star égyptienne dans une ville turque
Pour l’Égypte, Salah reste l’un des sportifs les plus reconnus à l’international. Son transfert donne une visibilité nouvelle à un joueur égyptien dans un championnat voisin, tandis que son nom sert de passerelle pour attirer des visiteurs arabes et égyptiens à Trabzon. L’artiste Yıldırım a expliqué à Anadolu que des touristes avaient participé par touches à une fresque antérieure, conçue comme un accueil aux visiteurs, sans que l’intérêt soit réservé à un seul public.
Cette circulation d’images et de supporters relie plusieurs espaces : l’Égypte, la Turquie et les diasporas qui suivent le football européen et africain. Mais la trajectoire de Salah ne saurait résumer à elle seule le football égyptien. Elle rappelle plutôt le poids croissant des joueurs africains dans les grands marchés sportifs et leur capacité à attirer des publics au-delà de leur pays d’origine.
La Süper Lig offre à Trabzonspor une compétition nationale exigeante, avec des clubs d’Istanbul disposant eux aussi d’une forte audience. Le défi du club est donc double : transformer l’enthousiasme autour de Salah en résultats durables et faire en sorte que l’affluence bénéficie aussi à l’économie locale, des commerces aux agences de voyage.
La popularité, un levier à confirmer
L’effet d’une vedette peut être rapide : ventes de maillots, fréquentation des matchs et exposition médiatique. Il est plus difficile de savoir s’il se prolongera après les premières semaines. Pour les commerçants et les professionnels du tourisme, l’enjeu est de convertir cette attention en activité régulière, sans dépendre uniquement des résultats de l’équipe ou de la présence d’un joueur.
Le club, lui, doit concilier cette effervescence avec ses objectifs sportifs. Un supporter, Sinan Mor, a déclaré espérer que Trabzonspor remporte le titre avec Salah. Ce souhait traduit l’ambition des fans, pas une prévision. Le championnat reste long et la concurrence demeure forte.
Pour les Égyptiens qui suivent leur capitaine, le parcours turc de Salah sera également observé à l’approche des prochaines échéances de la sélection. À Trabzon comme au Caire, la question est désormais de savoir si l’impact actuel — sportif, touristique et médiatique — peut s’inscrire dans la durée. La réponse dépendra autant des performances sur le terrain que de la capacité de la ville et du club à prolonger l’intérêt suscité par son arrivée.