En République démocratique du Congo (RDC), le débat sur un dialogue national se joue désormais sur deux fronts : qui peut s’y asseoir, et quelle place donner à la lutte politique face à la guerre dans l’est. La création d’une nouvelle coalition autour de Joseph Kabila complique les calculs de l’opposition, tandis que Kinshasa défend ses intérêts sur le fleuve Congo et que l’Assemblée nationale est saisie d’accusations liées à des fonds agricoles.
Une opposition face à un choix difficile
Depuis plusieurs mois, la Coalition 64 (C64), qui rassemble notamment Martin Fayulu, Moïse Katumbi, Delly Sesanga, Jean-Marc Kabund et Augustin Matata Ponyo, réclame un dialogue national inclusif. La plateforme conditionne sa participation au rejet du projet de réforme constitutionnelle qu’elle attribue au pouvoir. Le dialogue reste un processus à préciser, sans cadre accepté par tous.
La donne a changé le 12 octobre 2026. À Goma, Joseph Kabila a pris la tête du Front pour la refondation de la nation (FRN), une coalition politico-militaire qui rassemble des groupes auparavant associés à l’Alliance Fleuve Congo et au M23. Cette annonce, rapportée par plusieurs médias, lie plus étroitement l’ancien président à un regroupement comprenant des acteurs armés. Elle rend plus délicate toute discussion sur sa participation à un dialogue civil. Le compte rendu d’Actualite.cd sur la création du FRN et celui de l’agence Anadolu en rapportent la date et le lieu.
Ce rapprochement ne tranche pas, à lui seul, la question de l’inclusion. Inviter une personnalité à des pourparlers ne signifie pas approuver son choix politique ; mais la C64 devra expliquer comment elle distingue la participation de Joseph Kabila de son rôle dans une coalition politico-militaire. Au moment où la matière source a été publiée, les cinq responsables étaient annoncés à Rome pour un conclave. Une information publiée le 23 octobre situe la rencontre au 26 octobre, plutôt qu’au 25 : l’échéance doit donc être lue avec cette correction.
Le contexte compte. Goma est sous contrôle de l’AFC-M23 depuis janvier 2025, selon les informations disponibles sur le conflit. Dans l’est du pays, la crise armée pèse directement sur la sécurité des habitants et sur l’autorité de l’État. À Kinshasa, le débat politique porte aussi sur les institutions et les conditions du dialogue. Confondre ces deux réalités risquerait de réduire les voix civiles à un simple prolongement des acteurs armés.
Le fleuve, ressource nationale et enjeu de coopération
Le 22 octobre, à la quatrième Biennale de Luanda, Félix Tshisekedi a posé les conditions de Kinshasa concernant un éventuel transfert d’eau du bassin du Congo vers d’autres bassins africains. Le président a demandé le respect des lois congolaises, une consultation des citoyens par référendum et des garanties scientifiques pour protéger les intérêts nationaux et l’équilibre écologique. La présidence congolaise et l’agence de presse ACP ont rapporté ces conditions.
Cette position associe souveraineté et coopération régionale. Le fleuve Congo est une ressource partagée à l’échelle du bassin, mais tout projet de transfert aurait des conséquences à évaluer pour les populations, les écosystèmes et les activités dépendantes de l’eau. Le principe d’une consultation ne règle pas les questions techniques : il faudra aussi établir les volumes concernés, les effets en amont et en aval, ainsi que les mécanismes de suivi. À ce stade, les annonces citées portent sur la position de la RDC, pas sur un accord conclu ni sur un chantier engagé.
La déclaration intervient dans un forum continental consacré à la gouvernance de l’eau comme outil de prévention et de résolution des conflits. Elle met en lumière une tension concrète : les États peuvent rechercher des réponses communes aux pressions hydriques, tout en exigeant que les décisions respectent leurs institutions et leurs populations. Pour Kinshasa, la prochaine étape serait de traduire ces conditions en études et en procédures transparentes, si un projet précis venait à être présenté.
Les fonds agricoles sous contrôle parlementaire
À l’Assemblée nationale, la députée Hermione Bolumbe a déposé le 23 octobre une motion de défiance visant le ministre d’État à l’Agriculture et à la Sécurité alimentaire, Muhindo Nzangi. Elle demande des éclaircissements sur 57 millions de dollars associés au Projet d’entrepreneuriat des jeunes dans l’agriculture et l’agro-business (PEJAB), financé par la Banque africaine de développement (BAD). La BAD confirme l’existence et le financement du projet ; les accusations de mauvaise gestion, elles, restent celles de la députée et ne constituent pas une conclusion d’enquête.
La démarche fait suite à une question orale avec débat. Selon des comptes rendus de médias congolais, Bolumbe estime que les réponses du ministre n’ont pas dissipé ses interrogations. Le dépôt d’une motion ouvre une séquence de contrôle politique ; il ne prouve pas un détournement. Il revient aux institutions compétentes d’examiner les pièces, les décaissements et les résultats du programme, notamment ses effets pour les jeunes entrepreneurs agricoles.
L’enjeu dépasse le bras de fer entre une députée et un ministre. Lorsque des fonds destinés à l’agriculture sont contestés, les premiers concernés sont les bénéficiaires qui attendent un accès au financement, à la formation ou à l’accompagnement. La transparence sur l’utilisation des ressources et sur les résultats permettrait de distinguer les retards de mise en œuvre d’éventuelles irrégularités.
Trois dossiers, une question de confiance publique
Le dialogue politique, la gouvernance de l’eau et le contrôle des financements agricoles ne relèvent pas du même dossier. Ils posent néanmoins une question commune : comment les décisions sont-elles prises, et devant qui les responsables en rendent-ils compte ? Pour la RDC, pays d’Afrique centrale, la réponse engage aussi ses relations avec ses voisins et les organisations régionales, notamment la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC), dont elle est membre.
Dans les prochains jours, la position de la C64 après sa rencontre annoncée à Rome sera un indicateur de sa capacité à préserver une ligne politique commune. Sur l’eau, il faudra distinguer les déclarations de principe des propositions techniques concrètes. À l’Assemblée, le suivi de la motion dira si le contrôle parlementaire permet d’obtenir des réponses documentées. Ces trois séquences pèseront sur la confiance des citoyens, à Kinshasa comme dans les provinces, sans que leurs issues soient encore établies.