Extraire davantage de valeur des minerais suppose plus qu’une concession minière : il faut aussi de l’électricité, des routes et des débouchés industriels. Dans la province de Gaza, au sud du Mozambique, les autorités présentent le solaire comme une pièce de cette équation. Reste à transformer l’annonce en équipements opérationnels, puis en retombées visibles pour les Mozambicains.
À Gaza, l’électricité devient un enjeu industriel
Le gouverneur de Gaza, Alfeu Cuna, a annoncé le 19 octobre 2026 à Nacala-Porto un projet photovoltaïque évalué à 126 millions de dollars. Il serait développé avec l’entreprise Golden East Engineering. La capacité de la centrale, son calendrier et les modalités de financement n’ont pas été précisés dans les informations rendues publiques.
Le projet vise notamment les activités minières de Chibuto, où se trouvent des sables lourds, ainsi que de possibles unités de transformation du calcaire dans les districts de Mabalane et Mapai. Ces minerais peuvent alimenter des filières industrielles, dont la fabrication de matériaux de construction. Mais une ressource géologique ne devient pas automatiquement une activité locale : la disponibilité d’une énergie régulière et compétitive compte parmi les conditions nécessaires.
Selon le gouverneur, les entreprises de Chibuto, dont Dingxiang, pourraient bénéficier de l’électricité produite. Il a également cité les sous-stations de Lionde et de Xai-Xai et les lignes électriques existantes comme appuis potentiels. Ces équipements ne suffisent toutefois pas, à eux seuls, à garantir que la future centrale sera raccordée dans les délais ou que le courant répondra aux besoins des industriels.
Des annonces à concrétiser, de la centrale aux corridors
Le solaire annoncé s’insère dans un programme plus vaste. Les autorités provinciales évoquent la délimitation de zones minières, l’organisation de l’accès aux terrains et le développement de routes, du rail et de l’aéroport international. Un port en eau profonde et une zone économique spéciale figurent aussi parmi les projets envisagés près de l’aéroport et des sites miniers. À ce stade, il s’agit de perspectives annoncées, non d’infrastructures dont la réalisation serait acquise.
La distinction est importante pour mesurer la portée de l’investissement. Une centrale sans réseau adapté ne garantit pas une alimentation fiable. De même, une mine raccordée ne crée pas nécessairement des unités de transformation, des emplois durables ou des fournisseurs mozambicains. Il faudra connaître les contrats d’achat d’électricité, les besoins de stockage ou d’appoint, les études environnementales et sociales, ainsi que les conditions d’attribution des terres.
Gaza n’est pas dépourvue de projets solaires. Un autre développement à Chibuto, porté par SAL Energia avec Electricidade de Moçambique (EDM), prévoit une centrale de 95 mégawatts en courant alternatif, soit 112 mégawatts-crête, et des lignes de raccordement au réseau national. Les informations disponibles ne permettent pas d’établir que ce projet et l’annonce de 126 millions de dollars relèvent d’une même opération. Il faut donc les distinguer plutôt que d’additionner leurs capacités ou leurs financements.
À l’échelle du pays, l’enjeu rejoint la politique de transformation locale défendue lors de la Conférence sur l’ajout de valeur aux ressources minérales et énergétiques, la CAVAME-d, organisée à Nacala du 19 au 24 octobre. La conférence a été l’occasion d’annonces d’investissement. Le président Daniel Chapo a demandé que les engagements se traduisent en projets effectifs. Les montants annoncés et les mémorandums signés ne constituent cependant pas, en eux-mêmes, des investissements déjà décaissés ou des installations en service.
Qui bénéficiera de la nouvelle capacité ?
Pour les opérateurs miniers, une alimentation plus stable peut faciliter l’extraction et rendre envisageable le traitement local de certaines matières premières. Pour les habitants et les petites entreprises, l’effet dépendra de la façon dont la centrale sera raccordée et de la place accordée aux besoins autres que ceux des mines. Si l’électricité dessert principalement les grands consommateurs, les retombées sur les ménages, les services publics et l’économie informelle pourraient rester limitées.
La question foncière mérite également attention. La délimitation de zones destinées aux activités minières et économiques peut clarifier les projets, mais elle doit s’accompagner de procédures transparentes et d’échanges avec les communautés concernées. Les conditions d’accès à la terre, les compensations éventuelles et les possibilités d’emploi local pèseront sur la répartition des bénéfices. Les informations publiées jusqu’ici ne détaillent pas encore ces mécanismes.
Le défi dépasse Gaza. Le Mozambique, dont la capitale est Maputo, est membre de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC). Son Pool énergétique d’Afrique australe, ou SAPP, coordonne les échanges d’électricité entre plusieurs réseaux de la région. La SADC souligne aussi l’importance de renforcer les interconnexions, notamment entre le Mozambique et ses voisins. Une nouvelle production solaire peut donc soutenir l’approvisionnement national et, selon les raccordements et les règles commerciales, contribuer à la dynamique régionale.
Le prochain indicateur sera l’exécution
Dans le nord du pays, à Moatize, la compagnie Vulcan développe séparément un projet de centrale thermique de 300 mégawatts alimentée par des déchets de charbon. Cette initiative rappelle que les besoins des mines sont abordés par des choix énergétiques différents selon les provinces. À Gaza, le solaire annoncé met en avant une autre voie, mais sa contribution dépendra de sa puissance réelle, de sa disponibilité et de son intégration au réseau.
Le suivi devra porter sur des étapes concrètes : publication de la capacité et du calendrier, accords de financement, autorisations, travaux de raccordement, puis mise en service. Il faudra également vérifier si des unités de transformation s’installent effectivement à Chibuto, Mabalane ou Mapai, et si les activités créent des débouchés au-delà des entreprises extractives. La CAVAME-d doit revenir en 2027 ; d’ici là, l’avancement des projets annoncés permettra de distinguer les intentions des réalisations.
Pour Gaza, l’enjeu n’est donc pas seulement de produire du courant. Il est de relier énergie, transformation des ressources et logistique, sans confondre annonces et résultats. C’est à cette chaîne — et à la manière dont ses bénéfices seront partagés — que se mesurera la portée économique du projet.
Le compte rendu du Diário Económico sur le projet photovoltaïque ; le compte rendu de l’Agence d’information du Mozambique repris par AllAfrica ; la présentation officielle de la CAVAME-d ; les caractéristiques du projet solaire distinct de Chibuto ; les priorités énergétiques régionales de la SADC.