À Lomé, la progression d’une banque se mesure aussi à sa capacité à financer les entreprises et à élargir l’accès aux services financiers. Coris Bank International Togo change de dirigeant alors que son bilan et sa clientèle ont augmenté en 2025. La succession ouvre une nouvelle étape, mais la nomination annoncée appelle encore une confirmation institutionnelle publique.
Un marché togolais disputé, au cœur de l’UEMOA
Le secteur bancaire togolais évolue dans l’Union monétaire ouest-africaine (UMOA), qui partage une monnaie et un cadre de supervision bancaire. Le Togo appartient également à l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), espace d’intégration économique réunissant huit pays de la région.
Cette appartenance place les banques togolaises dans un marché régional concurrentiel. Les établissements cherchent à attirer les dépôts, à prêter aux entreprises et aux ménages, et à développer les paiements numériques. À fin 2025, Coris Bank International Togo figurait parmi les trois premières banques du pays par la taille de son bilan, derrière Orabank Togo et Ecobank Togo, selon les données rapportées par Togo First.
La BCEAO, banque centrale commune aux pays de l’UMOA, supervise le secteur avec la Commission bancaire de l’Union. Ce cadre régional compte pour les établissements : leurs choix commerciaux doivent s’accorder avec les règles prudentielles, notamment celles qui encadrent les fonds propres et les risques de crédit.
Une succession annoncée, à confirmer officiellement
Le 23 octobre 2026, le média togolais Actu Togo a annoncé la nomination du Togolais Michel Kodzo Gafan à la direction générale de Coris Bank International Togo. Il succéderait à Alassane Kaboré, appelé à prendre la tête de la filiale ivoirienne du groupe. D’autres publications financières rapportent le départ de Kaboré vers Abidjan.
Toutefois, les éléments publics consultés ne permettent pas de confirmer indépendamment la prise de fonction de Gafan. La page d’Ecobank Togo consultée le mentionne encore comme directeur par intérim de la Banque des particuliers et commerciale. Ce décalage ne suffit pas à invalider l’annonce : il souligne plutôt l’absence, dans les sources retrouvées, d’une communication officielle accessible de Coris ou d’Ecobank. La nomination est donc rapportée comme telle, et non présentée comme confirmée par les deux banques.
Selon les informations publiées à son sujet, Gafan compte plus de 25 ans d’expérience dans la banque et la finance. Son parcours comprend des responsabilités commerciales et régionales au sein d’Ecobank, dans l’espace UEMOA. Il est également présenté comme titulaire d’un Executive MBA de HEC Paris. Coris aurait nommé Jean-Marie Kompaoré, auparavant directeur général adjoint de sa filiale béninoise, au poste de directeur général adjoint au Togo ; ce volet n’a pas non plus été confirmé par une annonce officielle retrouvée.
Une croissance qui pose la question du financement
Les chiffres de l’exercice 2025 donnent la mesure des enjeux. Coris Bank International Togo a déclaré un total de bilan de 615,5 milliards de francs CFA, en hausse de 10 % sur un an. Les dépôts de la clientèle ont atteint 366,1 milliards, tandis que les crédits se sont établis à 244,6 milliards. Le bénéfice net annoncé s’élève à environ 7,1 milliards de francs CFA, soit une progression de 23,1 %.
Ces données, publiées par des médias économiques togolais, indiquent une activité en expansion. Elles ne disent pas à elles seules comment les prêts sont répartis entre grandes entreprises, petites et moyennes entreprises et particuliers. Elles ne permettent pas non plus de mesurer les conditions d’accès au crédit, qui varient selon la taille des emprunteurs, leurs garanties et leur localisation.
La banque aurait vu sa clientèle passer de 79 419 personnes en 2024 à 90 983 en 2025. Elle a aussi développé des services numériques et la finance islamique. Ces offres peuvent diversifier les moyens de paiement et d’épargne. Leur portée dépend toutefois de leur accessibilité, de leur coût et de leur présence au-delà de Lomé, notamment dans les villes secondaires et les zones moins bien desservies.
Pour le nouveau dirigeant, si la nomination se confirme, l’enjeu sera donc double : maintenir la croissance tout en orientant le financement vers une économie plus large que les seuls grands comptes. Une progression des dépôts ne se traduit pas automatiquement par davantage de prêts aux petites entreprises. La gestion du risque de crédit restera centrale, car elle conditionne à la fois la solidité de la banque et sa capacité à soutenir l’activité.
Une direction inscrite dans une stratégie régionale
La mobilité des cadres entre filiales togolaise, béninoise et ivoirienne illustre l’organisation régionale des groupes bancaires de l’UEMOA. Les nominations peuvent accompagner le transfert de compétences et la circulation des pratiques commerciales. Elles s’inscrivent aussi dans une concurrence où les banques panafricaines et les groupes présents dans plusieurs pays cherchent à consolider leurs positions.
Au Togo, la suite dépendra d’abord de la confirmation officielle de la nouvelle équipe. Il faudra ensuite observer l’évolution des crédits, des dépôts, du réseau et des services numériques, ainsi que leur répartition entre Lomé et le reste du pays. À l’échelle de l’UEMOA, ces indicateurs diront si l’expansion des groupes régionaux se traduit par un financement plus accessible aux entreprises et aux ménages, au-delà de la croissance de leurs bilans.