Pour un commerçant de Kano, quelques heures de route en plus peuvent peser sur le prix d’une livraison et sur la fraîcheur des produits. La remise en état de l’axe reliant la ville à Zaria, Kaduna et Abuja concerne donc bien davantage que le confort des automobilistes : elle touche aux échanges entre les marchés du nord et le reste du Nigeria.
Un corridor au cœur des échanges du Nord
Kano est l’un des principaux pôles commerciaux du Nigeria. La ville relie des circuits de production, de transformation et de vente dans le nord du pays. L’autoroute Abuja–Kaduna–Zaria–Kano dessert aussi plusieurs centres urbains importants et assure une liaison entre la capitale fédérale, Abuja, et le Nord-Ouest.
Le Nigeria, pays le plus peuplé d’Afrique, dépend fortement de la route pour transporter personnes et marchandises à l’intérieur de ses frontières. Lorsque la chaussée se dégrade, les transporteurs peuvent perdre du temps, subir davantage de dommages sur leurs véhicules et répercuter une partie des coûts sur les clients. Les effets varient toutefois selon les usagers : une entreprise formelle peut parfois absorber un retard, tandis qu’un petit commerçant ou un transporteur indépendant dispose de moins de marge.
Ce corridor s’inscrit également dans un espace régional où les échanges terrestres comptent. Le Nigeria appartient à la CEDEAO, la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest, qui vise notamment à faciliter les échanges entre ses États membres. Une route nationale ne suffit pas à garantir cette circulation : les postes-frontières, les règles douanières et la qualité des liaisons vers les pays voisins jouent aussi un rôle.
Une section inaugurée, mais un itinéraire encore incomplet
Le 21 octobre 2026, le président Bola Tinubu a inauguré la section III de l’axe, entre Zaria et Kano, lors d’une cérémonie tenue à Kano. Le gouverneur de l’État de Kano, Abba Yusuf, représentait le chef de l’État, selon des médias nigérians. La cérémonie porte sur une partie de l’itinéraire : elle ne signifie pas que l’ensemble de la liaison entre Abuja et Kano est achevé.
Le projet de reconstruction couvre environ 375 kilomètres et a été attribué en décembre 2017. Les travaux ont commencé en 2018. Il a été organisé en trois tronçons : Abuja–Kaduna, long d’environ 165 kilomètres ; Kaduna–Zaria, d’environ 73 kilomètres ; et Zaria–Kano. Les documents publics ne présentent pas toujours les mêmes mesures pour le dernier tronçon : le ministère fédéral des Travaux indique environ 122 kilomètres dans un document de projet, tandis que d’autres comptes rendus donnent des estimations différentes.
La situation des autres sections invite à distinguer inauguration et achèvement complet. Le tronçon Kaduna–Zaria a été annoncé comme achevé et remis, tandis que la section Abuja–Kaduna a connu des retards et des changements de contrat. En 2024, les autorités fédérales ont fait état d’une reprise du périmètre et de nouvelles modalités pour cette portion. Le ministère des Travaux indiquait encore récemment que le chantier Abuja–Kaduna avançait par lots, avec un objectif d’achèvement annoncé pour décembre 2026. La continuité de l’itinéraire reste donc un enjeu concret.
Les informations sur la cérémonie et l’ouverture de la section Zaria–Kano ont été rapportées par Channels Television et par le média nigérian Galaxy TV. Les dates et les caractéristiques générales du projet figurent aussi dans les documents du ministère fédéral nigérian des Travaux.
Les gains dépendront de l’usage et de l’entretien
Une chaussée en meilleur état peut réduire certains risques liés aux surfaces endommagées et rendre les trajets plus réguliers. Les autorités et les responsables locaux présentent aussi l’amélioration de l’accès à Kano comme un soutien aux échanges commerciaux. Ces bénéfices restent des objectifs attendus : les informations disponibles ne permettent pas encore de mesurer une baisse effective des tarifs de transport ou des délais après l’inauguration.
Les retombées dépendront notamment de l’entretien, de la signalisation et de la sécurité tout au long du parcours. Les routes secondaires comptent tout autant. Si elles relient mal les zones agricoles, les ateliers et les marchés aux grands axes, les producteurs et vendeurs éloignés risquent de profiter moins directement des travaux. À l’inverse, des connexions fiables peuvent faciliter l’acheminement des récoltes et des marchandises vers les centres urbains.
La sécurité routière ne se résume pas à la qualité du revêtement. Elle suppose aussi des aménagements adaptés, des contrôles et des comportements prudents. Pour les transporteurs, le temps gagné n’est durable que si les coûts d’exploitation, les risques d’accident et les interruptions de circulation diminuent réellement. Pour les habitants riverains, l’amélioration de la circulation doit aussi s’accompagner d’accès praticables aux localités et aux services situés le long de l’axe.
Un test de continuité pour les infrastructures nigérianes
Le chantier illustre un défi récurrent des grands investissements publics : mener les travaux à terme, maîtriser les changements de coûts et de contrats, puis maintenir les infrastructures en état. Le gouvernement fédéral pilote les routes nationales, tandis que les États concernés et les collectivités sont directement confrontés aux effets locaux de la circulation. La coordination entre ces niveaux pèsera sur la qualité des accès et sur l’entretien à long terme.
Pour les échanges régionaux, la liaison peut renforcer les déplacements entre le centre fédéral et les marchés du Nord-Ouest. Mais l’effet sur le commerce transfrontalier dépendra aussi des connexions au-delà du Nigeria et des mesures prises dans le cadre de la CEDEAO. L’inauguration marque une étape visible ; elle ne règle ni les retards de la section Abuja–Kaduna ni les difficultés d’accès aux routes secondaires.
Les prochains éléments à surveiller sont donc l’état d’avancement du tronçon Abuja–Kaduna, la mise en service effective de la section inaugurée et les moyens consacrés à son entretien. C’est à ces conditions que l’amélioration d’un axe stratégique pourra se traduire, au-delà de la cérémonie, par des trajets plus fiables pour les voyageurs, les producteurs et les commerçants.