À Goma, une nouvelle coalition mêlant responsables politiques et groupes armés brouille davantage la frontière entre opposition et insurrection. Pour les habitants de l’est de la République démocratique du Congo, l’enjeu immédiat reste celui de la sécurité et de la continuité des négociations, tandis que le conflit redessine les rapports de force à Kinshasa.
Une alliance armée s’ajoute à une diplomatie fragile
La guerre dans l’est congolais se joue sur plusieurs fronts : les combats, les rivalités politiques nationales et les négociations internationales. L’Alliance Fleuve Congo (AFC), coalition politico-militaire associée au M23, participe au processus de Doha avec le gouvernement congolais. Le Rwanda est également partie aux discussions distinctes engagées à Washington sur les tensions entre les deux pays.
Ces cadres n’ont pas mis fin aux hostilités. En août 2026, des représentants de Kinshasa et de l’AFC/M23 se sont réunis en Suisse avec le Qatar, les États-Unis, le Togo, l’Union africaine et la Suisse pour évaluer les engagements de Doha. Ils ont notamment évoqué la vérification du cessez-le-feu et une feuille de route pour la suite des négociations.
Le rôle du Togo comme médiateur de l’Union africaine rappelle que la recherche d’une issue ne dépend pas uniquement de capitales étrangères. Mais la multiplication des médiations n’a pas encore produit de règlement durable. Les civils des provinces de l’Est restent exposés aux combats, aux déplacements et à la rupture de services essentiels.
Le FRN place Kabila au premier plan
Le 12 octobre, à Goma, Joseph Kabila a pris la tête du Front pour la refondation de la nation (FRN). Cette coalition rassemble des groupes jusque-là réunis au sein de l’AFC, dont le M23. Son conseiller Claude Ibalanky a déclaré que le mouvement entendait agir « par tous les moyens nécessaires, y compris le recours à la force ». La création du FRN a été rapportée par plusieurs médias, dont l’Associated Press ; l’Agence congolaise de presse a relayé les réactions suscitées dans le pays.
Le choix de Goma n’est pas anodin. La ville du Nord-Kivu est sous le contrôle du M23 depuis son offensive de janvier 2025. En annonçant la coalition dans cette ville, ses fondateurs affichent une présence politique dans un territoire où les institutions de Kinshasa ne contrôlent plus la situation comme auparavant.
Joseph Kabila a dirigé la RDC de 2001 à 2019. La Haute Cour militaire l’a condamné à mort par contumace le 30 septembre 2025 pour plusieurs chefs d’accusation liés notamment à la trahison et à l’insurrection. Il conteste les accusations, que son camp présente comme politiquement motivées. Le verdict, rapporté par l’Agence congolaise de presse et des médias internationaux, rend plus aiguë la confrontation entre l’ancien président et les autorités actuelles.
La réaction belge s’inscrit dans ce contexte. Le 21 octobre, le ministre des Affaires étrangères Maxime Prévot a jugé « déplorable, incompréhensible et inacceptable » qu’un ancien chef d’État dirige un mouvement politico-militaire visant le pouvoir par les armes. Il a appelé les parties à préserver les processus de Doha et de Washington, à respecter le cessez-le-feu et à protéger les civils.
Une condamnation qui ne règle pas la question politique
La déclaration de Bruxelles condamne explicitement le recours aux armes comme voie d’accès au pouvoir. Elle rappelle aussi une contradiction centrale : une coalition qui revendique une refondation politique inclut un groupe engagé dans une guerre contre l’État congolais. Cette opposition entre projet politique affiché et moyens militaires pèsera sur la crédibilité du FRN auprès des acteurs congolais et des médiateurs.
La réaction belge n’est toutefois pas l’unique lecture exprimée en RDC. Le 18 octobre, l’Alliance pour une Génération Citoyenne, un parti congolais, a dénoncé la création du front et appelé l’Union africaine, la SADC et la Communauté d’Afrique de l’Est à s’impliquer davantage. Cette prise de position reflète une partie du débat politique ; elle ne représente pas à elle seule l’ensemble des opinions congolaises.
Pour Kinshasa, la coalition constitue un défi politique et militaire supplémentaire. Pour les populations des provinces touchées, les conséquences se mesurent moins aux déclarations diplomatiques qu’à la possibilité de circuler, de fréquenter l’école et de retrouver des conditions de vie moins exposées aux combats. Les autorités nationales doivent aussi maintenir le fonctionnement des institutions dans les territoires où leur contrôle est contesté.
Le dossier met également à l’épreuve les mécanismes régionaux. La RDC est membre de la SADC et de la Communauté d’Afrique de l’Est, deux organisations appelées à coordonner leurs positions avec l’Union africaine. Les tensions entre Kigali et Kinshasa donnent au conflit une dimension régionale, sans réduire les acteurs congolais à de simples relais de pays voisins.
Le prochain test sera celui des négociations
La priorité diplomatique est de déterminer si le FRN entend participer aux engagements déjà pris dans le cadre de Doha ou s’il cherche à imposer un nouveau rapport de force. En août, les représentants de l’AFC/M23 et du gouvernement congolais avaient réaffirmé leur volonté de poursuivre les discussions et convenu d’un mécanisme de suivi. La recomposition annoncée à Goma pourrait compliquer ce travail, mais ses effets concrets restent à établir.
La séquence engage aussi la responsabilité des médiateurs africains et régionaux. Ils devront maintenir des canaux de négociation sans confondre dialogue politique et légitimation automatique de la violence. Pour les habitants de l’Est, le critère le plus immédiat restera la mise en œuvre vérifiable du cessez-le-feu et la protection des civils.