Former davantage de jeunes, c’est une chose. Leur donner des compétences reconnues et recherchées par les entreprises en est une autre. Pour la Côte d’Ivoire, l’enjeu est désormais de transformer des engagements internationaux et des objectifs nationaux ambitieux en formations accessibles, utiles et débouchant sur un emploi.

Un cadre international, mais des choix à traduire localement

Du 15 au 17 octobre 2026, Tianjin, en Chine, a accueilli la Conférence mondiale sur le développement de l’enseignement et de la formation techniques et professionnels. Des représentants de plus de 100 pays y ont participé. Le rendez-vous portait notamment sur l’évolution des compétences, les liens entre formation et entreprises, ainsi que les technologies numériques. Le ministère de l’Éducation du Brunei a confirmé la tenue et les dates de la conférence.

Les autorités chinoises ont présenté l’Accord de Pékin comme un premier standard international pour l’enseignement professionnel. Le document vise à rapprocher les pratiques et les critères de qualité entre pays. Il ne remplace toutefois pas les politiques nationales : chaque État doit décider comment adapter ses formations, ses certifications et ses moyens de contrôle.

La Côte d’Ivoire a signé cet accord lors de la rencontre, selon des informations publiées après le retour de sa délégation. Le ministre délégué chargé de l’Enseignement technique, Jean-Louis Moulot, y a également présenté la politique nationale de l’enseignement et de la formation techniques et professionnels (EFTP) pour 2026-2035. L’EFTP désigne les parcours qui préparent à des métiers techniques et professionnels, par l’enseignement ou l’apprentissage.

Des objectifs nationaux mesurables

La stratégie ivoirienne est estimée à près de 2 940 milliards de francs CFA. Elle prévoit de renforcer le pilotage du secteur, d’élargir l’accès aux formations et d’en améliorer la qualité. Ce montant donne la mesure de l’ambition, mais ne précise pas à lui seul les dépenses effectivement engagées ni leur calendrier. Le financement et le suivi seront donc déterminants.

Le gouvernement vise une hausse de la part des élèves du secondaire inscrits dans l’enseignement technique et professionnel. Lors d’une intervention en juillet 2026, Jean-Louis Moulot a évoqué un passage d’environ 6 % à 10 % d’ici 2030, puis à 15 % en 2035. Il a aussi annoncé la construction de 100 établissements et la réhabilitation de 55 autres. Ces objectifs sont inscrits dans les priorités du Plan national de développement 2026-2030.

La participation des filles aux filières industrielles constitue un autre indicateur annoncé. Selon les objectifs présentés à Tianjin, leur part devrait progresser de 18 % en 2025 à 30 % en 2030. La révision des programmes selon l’approche par compétences doit, elle, mieux relier les apprentissages aux gestes et savoir-faire attendus dans les métiers.

L’insertion professionnelle reste le test le plus concret. Les autorités souhaitent faire passer le taux d’insertion des apprenants de l’EFTP de 46 % en 2025 à 70 % en 2030. Pour vérifier cette progression, il faudra connaître la méthode de calcul : la durée retenue après la formation, la prise en compte du travail indépendant et la qualité des emplois obtenus comptent autant que le chiffre affiché.

Relier les établissements aux besoins des territoires

Les bénéfices attendus ne sont pas les mêmes pour tous. Les entreprises recherchent des compétences adaptées à leurs activités, tandis que les jeunes ont besoin de formations accessibles et de débouchés crédibles. Les établissements situés hors des grands centres doivent aussi pouvoir proposer des équipements et des filières correspondant aux économies locales. Sinon, l’augmentation des places risque de ne pas réduire les écarts entre Abidjan et les autres régions.

La coopération avec les employeurs sera donc centrale. En avril 2026, le gouvernement a annoncé un partenariat avec des entreprises pour rapprocher l’enseignement technique des besoins du secteur productif. L’alternance, l’accueil de stagiaires et la participation des professionnels à la définition des programmes peuvent faciliter cette mise en relation. Ils ne garantissent cependant pas, à eux seuls, un emploi stable à la sortie.

L’objectif d’accroître la présence des filles dans les filières industrielles implique également des conditions concrètes : orientation scolaire, accès aux équipements, accompagnement pendant la formation et lutte contre les obstacles à l’embauche. La cible annoncée permettra de suivre les inscriptions, mais il faudra aussi examiner la réussite, l’obtention des certifications et l’insertion après le diplôme.

Une portée ouest-africaine à éprouver

La Côte d’Ivoire appartient à la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), qui facilite la coopération entre pays de la région. Des compétences comparables et des certifications mieux reconnues pourraient aider les travailleurs et les entreprises à circuler entre marchés voisins. Mais l’Accord de Pékin ne produit pas automatiquement cette reconnaissance : elle dépendra des règles retenues par les États et de leur mise en œuvre.

Pour la Côte d’Ivoire, l’étape décisive sera donc nationale : préciser comment les orientations internationales entreront dans les programmes, les certifications et les partenariats avec les employeurs. Les prochaines données sur les inscriptions, l’accès des filles aux filières industrielles et l’insertion permettront de mesurer les progrès. L’enjeu n’est pas seulement de former davantage, mais de faire correspondre les compétences acquises aux possibilités de travail, dans la capitale économique comme dans les régions.