Pour l’Angola, la question n’est plus seulement de produire du pétrole. Il s’agit aussi de transformer une plus grande part de son brut sur place et de sécuriser l’approvisionnement en carburants de l’Afrique australe. À Lobito, cette ambition industrielle dépend désormais autant de partenaires et de financements que de la construction elle-même.

Un projet industriel au cœur des échanges régionaux

La raffinerie est prévue dans la province de Benguela, sur la côte atlantique angolaise. Sa capacité de conception atteint 200 000 barils de brut par jour. Sonangol, la compagnie pétrolière publique, présente le projet comme un moyen de réduire les importations de produits raffinés et de développer une activité industrielle autour du site. La présentation officielle du projet de raffinerie de Lobito souligne également son potentiel pour créer un pôle pétrochimique.

Cette ambition concerne un pays qui exporte du pétrole brut, mais dépend encore de l’étranger pour une partie importante de l’essence, du diesel et d’autres carburants. Raffiner davantage sur place pourrait donc limiter cette dépendance. Cela ne garantit toutefois ni une baisse des prix à la pompe, ni un accès équitable aux produits : ces résultats dépendront des coûts de production, des circuits de distribution et des décisions de l’État.

Le projet s’inscrit aussi dans les relations entre l’Angola et la Namibie. Les deux pays ont établi un cadre de coopération dans les hydrocarbures et les ressources minérales. En 2023, ils avaient lancé un groupe technique chargé de donner suite à leur mémorandum d’entente. Le ministère angolais du Pétrole avait alors annoncé ce mécanisme de coopération.

Luanda renouvelle son invitation

Le 20 octobre 2026, la présidente namibienne Netumbo Nandi-Ndaitwah a visité la raffinerie de Luanda, pendant son déplacement en Angola. Le ministre angolais des Ressources minérales, du Pétrole et du Gaz, Diamantino Azevedo, a renouvelé l’invitation de João Lourenço à la Namibie : rejoindre le projet de Lobito comme partenaire. L’annonce a été faite au cours de la visite, selon le ministère angolais compétent.

La rencontre s’inscrivait dans la première session de la commission bilatérale Angola-Namibie. Le président angolais avait également formulé l’invitation lors de la visite d’État, le 19 octobre. Il s’agit donc d’une proposition politique renouvelée, pas de la confirmation d’un accord d’investissement. À ce stade, aucune décision namibienne d’entrer au capital n’est annoncée dans les informations officielles consultées.

Cette réserve a un précédent. En septembre 2023, un média namibien rapportait que Windhoek examinait deux options : investir dans la raffinerie angolaise ou étudier la construction de sa propre installation. Un responsable du ministère namibien des Mines et de l’Énergie décrivait alors cette réflexion comme exploratoire. La presse namibienne avait documenté cette hésitation. Depuis, la perspective de développer une industrie pétrolière nationale donne à la Namibie un intérêt propre à évaluer les conditions d’un partenariat.

Le financement et le calendrier restent déterminants

Les données disponibles sur l’avancement et le coût doivent être lues avec prudence, car les chiffres varient selon les annonces et les périmètres retenus. En août 2026, le ministère angolais indiquait que l’exécution globale atteignait 25 %, pour un investissement total annoncé de 3,8 milliards de dollars. Il présentait aussi différentes étapes techniques, dont certaines restaient à engager. Ce bilan officiel récent de l’avancement des projets de raffinage ne permet pas, à lui seul, de confirmer les estimations antérieures de 6,2 milliards de dollars de coût total ou de 4,8 milliards encore à mobiliser.

Les calendriers ont eux aussi évolué. La communication officielle du ministère situe désormais l’achèvement de Lobito en 2029. Cette échéance est plus tardive que les projections précédemment avancées dans les informations fournies sur le projet. Elle rappelle qu’un chantier de cette taille dépend de la mobilisation des capitaux, de l’exécution des travaux et de la coordination entre les entreprises et les autorités.

Pour l’Angola, l’enjeu dépasse la seule recherche d’un investisseur. Il faut attirer des partenaires sans perdre la maîtrise nationale d’une infrastructure stratégique, et rendre le projet économiquement viable. Pour les habitants et les entreprises, les effets dépendront notamment de la capacité de la raffinerie à alimenter le marché intérieur à des conditions accessibles. Pour les opérateurs régionaux, l’intérêt sera lié à la régularité des volumes disponibles, aux prix et aux infrastructures de transport.

Une offre régionale encore à construire

La Namibie n’est pas le seul pays approché par Luanda. La Zambie a déjà exprimé un intérêt pour une participation au projet, tandis que le Botswana a évoqué cette possibilité. Mais une invitation ou une déclaration d’intérêt ne vaut pas engagement financier. Chaque partenaire devra comparer les conditions de participation aux bénéfices attendus, aux risques de chantier et à ses propres priorités énergétiques.

À l’échelle de l’Afrique australe, une raffinerie opérationnelle à Lobito pourrait diversifier les sources d’approvisionnement et renforcer les échanges entre pays voisins. L’Angola, membre de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC), se trouve ainsi au croisement d’une ambition nationale et d’un marché régional. Toutefois, la capacité annoncée ne suffira pas à faire de Lobito un fournisseur fiable : il faudra achever les travaux, organiser les ventes et assurer le transport des produits vers les pays clients.

Les prochaines étapes à surveiller sont donc concrètes : une réponse officielle de la Namibie, les modalités financières proposées aux partenaires et la progression réelle du chantier vers l’échéance de 2029. Tant que ces éléments ne sont pas précisés, Lobito reste une promesse industrielle majeure pour l’Angola, mais pas encore une nouvelle source régionale de carburants.