À Dakar, un orchestre peut rester une affaire de famille sans se refermer sur le passé. Depuis plus de cinquante ans, Orchestra Baobab fait circuler les rythmes entre générations et frontières. Son nouvel album, attendu le 23 octobre 2026, pose une question simple : comment transmettre une identité musicale sans la figer ?
Un son dakarois nourri de plusieurs horizons
Orchestra Baobab naît en 1970, dans les clubs de Dakar. Dès ses débuts, le groupe assemble des langues et des influences musicales diverses. Les traditions sénégalaises et mandingues dialoguent avec le jazz, les rythmes afro-cubains et des sonorités venues d’autres scènes. Ce mélange n’est pas un décor ajouté après coup : il constitue la signature de l’orchestre.
Cette histoire s’inscrit dans une période où les musiciens sénégalais construisent des formes modernes à partir de répertoires locaux et d’échanges internationaux. Au Sénégal, la musique accompagne ainsi les transformations de la société et circule entre clubs, radios, cérémonies et scènes de concert. Orchestra Baobab a fait de cette circulation un langage reconnaissable, sans le réduire à une seule tradition.
Le groupe a connu une longue interruption avant de retrouver une audience internationale au début des années 2000. Son album Made in Dakar, paru en 2007, puis Tribute to Ndiouga Dieng, en 2017, jalonnent cette trajectoire. Plusieurs figures historiques ont disparu, dont les chanteurs Balla Sidibé et Rudy Gomis, ainsi que le saxophoniste Issa Cissokho. Mountaga « Taga » Koité reste, lui, le dernier membre fondateur encore en activité au sein de la formation.
Douze titres pour faire place à la relève
Le nouvel opus compte douze morceaux, dont six compositions inédites. Enregistré à Dakar, il doit paraître le 23 octobre 2026, près de dix ans après le précédent album. Ces éléments sont confirmés par l’Agence de presse sénégalaise et par les informations publiées par le groupe et son label.
La liste des musiciens associe des vétérans à de nouveaux membres, parmi lesquels la chanteuse Korka Dieng. Arrivée dans l’orchestre en 2023, elle en est la première femme. Sa présence marque un changement dans la composition du groupe, tout en s’inscrivant dans un travail de transmission plutôt que dans une rupture revendiquée. Elle constate également que des jeunes auditeurs découvrent aujourd’hui l’orchestre autrement que comme une formation « à l’ancienne ».
Parmi les nouveaux morceaux figure « Gorgoulou », écrit par Wilfried Zinsou. Le mot wolof désigne une personne qui travaille avec effort pour subvenir à ses besoins. « Wida », composé par le guitariste Bolero Lagratte, renvoie à Ouidah, au Bénin, ville dont l’histoire est liée à la traite transatlantique. Ces choix ouvrent l’album sur des réalités sociales et des mémoires qui dépassent le seul parcours du groupe.
Le disque fait aussi une place au répertoire ancien. Il reprend des chansons associées à l’histoire de l’orchestre et revisite des titres connus, avec de nouvelles voix et de nouveaux arrangements. Ce va-et-vient entre créations et héritage donne à la relève une marge pour affirmer sa personnalité. Il permet aussi au public de reconnaître un son familier sans attendre une reproduction à l’identique.
La transmission, au-delà de la scène
Pour les musiciens, l’enjeu n’est pas seulement de conserver une formule musicale. L’orchestre porte une image du Sénégal à l’étranger, mais cette représentation se construit à Dakar, au contact des artistes et des publics du pays. Lorsqu’il se produit sur des scènes internationales, son histoire rappelle aussi que les musiques africaines ne sont pas isolées : elles se sont développées par des échanges, des voyages et des réinterprétations.
Cette dimension compte dans une région où les artistes circulent entre pays et où les répertoires franchissent les frontières sans suivre nécessairement celles des États. Les influences ouest-africaines, afro-cubaines et congolaises qui traversent le son de Baobab racontent une histoire de connexions. Elles montrent aussi qu’une œuvre sénégalaise peut être fortement ancrée dans son territoire tout en étant comprise ailleurs.
La transmission concerne enfin les conditions concrètes de la vie musicale. Les anciens apportent leur expérience du répertoire et de la scène. Les plus jeunes y ajoutent d’autres sensibilités et peuvent attirer un public qui ne connaît pas encore les albums historiques. Cette dynamique ne garantit pas, à elle seule, la continuité du groupe : elle dépend aussi du temps accordé aux répétitions, des tournées et de la possibilité de faire vivre la musique au Sénégal, pas uniquement à l’étranger.
Un nouvel épisode, pas un point final
Avec Made in Senegal, Orchestra Baobab ne se contente donc pas de célébrer son ancienneté. La moitié des titres étant inédite, le disque met l’accent sur la création actuelle autant que sur la mémoire. Son titre revendique un ancrage national, tandis que son langage musical rappelle les échanges qui ont façonné l’orchestre depuis ses débuts.
La sortie du 23 octobre 2026 constituera un nouveau rendez-vous pour les auditeurs sénégalais et la diaspora. La suite se jouera dans la capacité du groupe à faire entendre ces compositions sur scène et à transmettre son répertoire à d’autres musiciens. Pour Orchestra Baobab, durer ne signifie pas rester immobile : c’est laisser de nouvelles voix entrer dans une histoire commencée à Dakar.