À Malabo, la lutte contre le paludisme est déjà visible au pas des portes : des équipes sanitaires proposent de traiter les habitations contre les moustiques. Le défi est désormais de faire fonctionner cette stratégie au-delà de Bioko, sur un territoire continental plus vaste et relié à des pays où la maladie circule.

De Bioko à l’ensemble du territoire

La Guinée équatoriale vise l’élimination du paludisme d’ici à 2030. Le gouvernement veut étendre au continent et à l’île d’Annobón les méthodes développées depuis plus de vingt ans sur Bioko, l’île où se trouvent Malabo et une grande partie de la population nationale.

Bioko a enregistré une baisse importante des infections et des décès liés à la maladie. Selon les chiffres présentés par les autorités équato-guinéennes lors du lancement de la stratégie nationale, le 24 février 2026, la prévalence chez les enfants de 2 à 14 ans a diminué de 83 % par rapport au niveau antérieur et s’établissait à 7,2 % en 2025. Le gouvernement rapporte également une baisse de 78 % de la mortalité des moins de cinq ans. Ces résultats sont des données officielles nationales ; ils ne signifient pas que le paludisme a disparu de l’île. Le compte rendu officiel du lancement de la stratégie Vision 2030 les attribue au programme mené sur Bioko.

La campagne combine pulvérisation d’insecticide à l’intérieur des logements, moustiquaires, lutte contre les larves et suivi des cas. Son efficacité repose aussi sur le travail de proximité : les équipes doivent expliquer les interventions et obtenir l’accord des habitants. Dans une maison, la pulvérisation peut interrompre la transmission ; sans confiance ni accès régulier aux soins, la couverture reste incomplète.

Un changement d’échelle, pas une simple copie

Le continent équato-guinéen présente des contraintes différentes. Il est environ treize fois plus vaste que Bioko et partage des frontières avec le Cameroun au nord et le Gabon à l’est et au sud. Les déplacements de personnes, ainsi que la circulation du parasite, peuvent réintroduire des cas après une période de recul. Les interventions devront donc s’adapter aux saisons, aux lieux de transmission et à la disponibilité des services de santé.

La stratégie annoncée prévoit aussi le déploiement du vaccin R21 recommandé par l’Organisation mondiale de la santé pour les enfants. L’objectif présenté est de vacciner 300 000 enfants à l’échelle nationale. Les autorités envisagent en outre des drones pour repérer des zones de forte présence de moustiques et étudient des approches faisant appel à des moustiques génétiquement modifiés. Ces pistes ne remplacent pas les outils déjà utilisés : leur mise en œuvre dépendra de leur faisabilité, de leur évaluation sanitaire et de leur acceptabilité.

L’annonce d’un financement de 116 millions de dollars par le gouvernement et des entreprises doit soutenir l’extension du programme au continent et à Annobón. Le précédent de Bioko rappelle toutefois qu’un budget de lancement ne garantit pas la continuité : le contrôle des moustiques, la vaccination et la surveillance doivent être maintenus dans le temps. Sur l’île, le programme a notamment bénéficié de financements publics et d’entreprises pétrolières opérant dans le pays. La question centrale sera donc la stabilité des ressources et leur répartition entre les différentes provinces.

La santé publique au cœur des enjeux sociaux

Pour les familles, le paludisme entraîne des consultations, des dépenses et des journées de travail ou d’école perdues. Les enfants et les femmes enceintes sont particulièrement exposés aux formes graves. Une campagne nationale ne peut donc pas se mesurer seulement au nombre de pulvérisations ou de doses distribuées : elle dépend aussi de la rapidité du diagnostic, de l’accès aux traitements et de la capacité des centres de santé à suivre les patients, y compris hors des grandes villes.

Le ministre de la Santé et de la Protection sociale, Mitoha Ondo’o Ayekaba, présente l’élimination comme un élément du programme de développement à l’horizon 2035, notamment pour soutenir la diversification économique et le tourisme. Mais les bénéfices sanitaires ne seront durables que si les ménages des zones rurales et les travailleurs de l’économie informelle peuvent accéder aux mêmes dispositifs que les habitants de Malabo et de Bata.

Les spécialistes rappellent également qu’une baisse de la transmission peut fragiliser la protection acquise par la population si la prévention s’interrompt puis que la maladie revient. La surveillance doit ainsi repérer rapidement les foyers et orienter les moyens, tandis que les échanges avec les pays voisins comptent pour limiter les réintroductions. L’élimination est un objectif de santé publique ; elle ne peut être déclarée sur la seule base de progrès observés dans une île.

Un enjeu pour l’Afrique centrale

La Guinée équatoriale appartient à la CEMAC, la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale, qui réunit aussi le Cameroun et le Gabon. Cette proximité institutionnelle ne garantit pas une coordination sanitaire, mais elle souligne l’intérêt d’échanges régionaux sur la surveillance, les données et la continuité des soins aux frontières. La présentation officielle des six États membres de la CEMAC situe la Guinée équatoriale dans cet espace commun.

À l’échelle du continent, l’ambition reste exigeante. L’OMS certifie un pays exempt de paludisme après au moins trois années consécutives sans transmission locale, puis vérifie sa capacité à prévenir le retour de la maladie. Dans la région africaine de l’OMS, l’Algérie, Maurice et Cabo Verde figurent parmi les pays certifiés ; la liste officielle distingue ces certifications des situations où le paludisme n’a jamais existé ou a disparu sans mesures spécifiques. Le registre de l’OMS sur les pays certifiés exempts de paludisme précise ces critères.

La prochaine étape sera donc moins un slogan qu’un test d’exécution : transformer le financement annoncé en services réguliers, étendre la vaccination et maintenir des données fiables sur l’ensemble du territoire. Le recul observé sur Bioko offre une expérience utile. Sa transposition exigera toutefois des moyens durables et une coopération adaptée à la réalité des frontières d’Afrique centrale.