Apprendre à se protéger en ligne ne passe pas seulement par des consignes ou des mises en garde. Pour les adolescents, discuter de situations concrètes, tester des réactions et coopérer peut rendre ces réflexes plus accessibles. C’est l’approche qu’Orange Tunisie dit avoir mise en avant lors d’une journée organisée à Tunis le 17 octobre 2026.
Le numérique, un enjeu de protection en Tunisie
Les usages numériques ouvrent aux jeunes des espaces d’apprentissage, de communication et de création. Ils comportent aussi des risques : cyberharcèlement, sollicitations inappropriées, contenus violents ou haineux et difficultés à réguler le temps passé connecté. En Tunisie, la protection des mineurs en ligne mobilise donc les familles, les établissements scolaires, les services publics, les associations et les entreprises du numérique.
L’UNICEF Tunisie souligne que les réseaux sociaux peuvent être à la fois des lieux d’expression et des espaces où surviennent des violences. L’organisation défend une approche qui protège les enfants sans les priver de leurs droits et des possibilités offertes par le numérique. Elle insiste également sur le rôle des adultes qui les accompagnent et sur le renforcement des compétences numériques.
Le cadre de protection reste un chantier. Un diagnostic institutionnel conduit avec l’appui de l’UNICEF a relevé la nécessité de mieux coordonner les mécanismes de prévention et de réponse, de former les professionnels et de sensibiliser les jeunes et leurs parents. Cette réalité donne un relief particulier aux initiatives éducatives, sans pour autant remplacer les obligations des institutions, des plateformes ou des fournisseurs de services.
Une journée mêlant sport, jeu et échanges
Selon les informations communiquées par Orange Tunisie, la deuxième édition de #ForGoodConnections Day s’est tenue le samedi 17 octobre à Tunis, avec la Fédération Tunisienne des Sports Scolaires et Universitaires (FTSSU). La rencontre aurait rassemblé 120 adolescents âgés de 11 à 15 ans, dont des enfants de salariés de l’opérateur. Ces détails n’ont pas été retrouvés dans un compte rendu indépendant ; ils sont donc attribués à l’entreprise.
Le programme annoncé associait matchs de football, olympiades, défis collectifs et jeux participatifs. Un atelier avec un jeu de cartes proposait aux adolescents de réagir à des situations rencontrées en ligne, puis d’échanger sur les comportements à adopter. Des encadrants de la FTSSU et des salariés bénévoles d’Orange Tunisie auraient accompagné les activités.
Le sport sert ici de support à un apprentissage collectif. Respecter les règles, coopérer avec une équipe et faire face à un désaccord sont des expériences transposables aux interactions numériques. Mais un atelier ponctuel ne permet pas, à lui seul, de mesurer si les jeunes ont durablement acquis des réflexes ou si leur environnement en ligne est devenu plus sûr. Pour évaluer l’effet de ce type d’action, il faudrait notamment connaître les suites données aux ateliers et les outils proposés aux familles et aux éducateurs.
Cette démarche prolonge un programme déjà documenté par l’opérateur. En juillet 2025, Orange Tunisie décrivait des ateliers organisés en juin de la même année avec SOS Villages d’Enfants Tunisie et Auzy Mental Health, ainsi que des activités visant les enfants, les parents et les professionnels. Cela confirme l’existence d’actions antérieures sous le nom #ForGoodConnections. En revanche, le chiffre avancé pour cette nouvelle journée et celui des « près de 10 000 bénéficiaires » sensibilisés depuis juin 2025 restent, en l’absence de vérification indépendante, des données déclarées par Orange Tunisie.
Au-delà d’un événement, la question du suivi
La portée d’une action de sensibilisation dépend de ce qui se passe après la journée. Un adolescent qui subit du harcèlement doit savoir à qui en parler et comment obtenir de l’aide. Les parents et les équipes éducatives ont besoin de repères pour écouter, orienter et éviter de faire porter à l’enfant la responsabilité de la violence subie. Les plateformes, de leur côté, ont un rôle dans la prévention et le traitement des contenus et comportements dommageables.
L’enjeu concerne aussi les différences entre les publics. Les jeunes n’ont pas tous le même accès aux équipements, aux adultes référents ou à des espaces d’accompagnement. Une rencontre organisée dans la capitale peut créer un temps d’apprentissage utile, mais elle ne renseigne pas, à elle seule, sur la couverture des régions ni sur l’accès des adolescents qui ne sont pas liés à une entreprise ou à une structure partenaire.
Le partenariat entre une entreprise de télécommunications et une fédération sportive peut ainsi contribuer à faire circuler des messages de prévention dans un cadre familier aux jeunes. Il ne dispense pas d’une stratégie plus large, qui associe école, familles, acteurs de la protection de l’enfance et pouvoirs publics. C’est aussi le sens des recommandations de l’UNICEF en Tunisie : renforcer les compétences des enfants et des adultes, mais également améliorer la coordination et les réponses institutionnelles.
À l’échelle de l’Afrique du Nord et du continent, le sujet dépasse les frontières tunisiennes. Les jeunes utilisent des services numériques qui circulent largement entre pays, tandis que les dispositifs de signalement, d’accompagnement et de protection restent organisés à l’échelle nationale. L’Union africaine et les institutions régionales peuvent favoriser la coopération, mais l’efficacité dépend aussi des mécanismes concrets accessibles aux enfants et aux familles.
Pour #ForGoodConnections, les prochaines questions portent donc moins sur le nombre de jeux organisés que sur la continuité : les ateliers seront-ils étendus à d’autres publics et régions ? Les familles et les professionnels disposeront-ils de ressources pour agir face à un incident ? Et l’opérateur publiera-t-il des éléments permettant de distinguer le nombre de participants des effets réels de la sensibilisation ? Les réponses aideront à apprécier la contribution de cette initiative à une protection numérique qui reste une responsabilité partagée.
Pour situer cette action dans le travail engagé en Tunisie, l’analyse de l’UNICEF Tunisie sur la protection des enfants en ligne rappelle à la fois les risques et les droits des jeunes dans l’environnement numérique. Orange Tunisie avait également présenté en 2025 des actions de sensibilisation menées avec des partenaires tunisiens.