Un accès au marché chinois peut ouvrir des débouchés aux producteurs togolais. Mais il ne garantit ni des ventes supplémentaires ni une meilleure rémunération des agriculteurs. La question centrale, après la signature de nouveaux accords entre Lomé et Pékin, sera donc leur traduction concrète dans les champs, les entreprises et les recettes publiques.

Un partenariat qui s’inscrit dans une relation commerciale déséquilibrée

Le Togo entretient des relations diplomatiques avec la Chine depuis 1972. Ces dernières années, Lomé et Pékin ont affiché leur volonté d’élargir leur coopération, notamment dans le commerce, les infrastructures et la formation. Le rapprochement s’inscrit aussi dans une compétition internationale pour les partenariats économiques en Afrique de l’Ouest.

Les échanges bilatéraux ont atteint 5,43 milliards de dollars en 2025, soit une hausse de 55 % sur un an, selon des chiffres attribués à l’ambassadrice chinoise au Togo et repris par plusieurs médias togolais. Ce volume ne signifie toutefois pas que les exportations togolaises vers la Chine atteignent ce montant. La Chine est un fournisseur majeur du pays, tandis que les ventes togolaises vers son marché demeurent bien plus modestes.

Pour les autorités togolaises, l’enjeu est donc de transformer une relation commerciale en débouchés pour les entreprises locales. Cet objectif rejoint les priorités de transformation économique du pays. Il se pose également dans un cadre régional où la libre circulation des marchandises et l’intégration des marchés restent des sujets importants pour la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO).

Treize accords, des secteurs variés

Du 9 au 16 octobre 2026, le président du Conseil Faure Essozimna Gnassingbé a effectué une visite officielle en Chine. Le 15 octobre, à Pékin, il s’est entretenu avec le Premier ministre chinois Li Qiang. Les deux gouvernements ont signé treize accords et protocoles couvrant notamment les finances, les douanes, l’agriculture, la formation, les médias et la sécurité, selon le portail officiel togolais.

Parmi ces engagements figure un protocole sur l’annulation partielle de la dette publique togolaise envers la Chine. Les informations publiées ne précisent ni le montant concerné ni les modalités d’application. Sans ces éléments, il est impossible d’évaluer l’effet immédiat de la mesure sur le budget ou les dépenses publiques.

Un autre accord associe l’Office togolais des recettes à l’administration douanière chinoise. Il prévoit une coopération autour du statut d’opérateur économique agréé, dispositif qui peut simplifier les formalités pour les entreprises répondant à des critères de conformité et de sécurité. Son efficacité dépendra notamment de la mise en œuvre, des procédures retenues et de l’accès des entreprises togolaises au dispositif.

Le soja, entre nouveau marché et transformation locale

L’accord phytosanitaire consacré au soja établit les exigences sanitaires applicables aux exportations togolaises vers la Chine. Il peut lever un obstacle réglementaire à l’accès au marché. Il ne constitue cependant ni une commande ferme ni une garantie de volume exporté : les producteurs et exportateurs devront satisfaire aux contrôles, aux normes de qualité et aux conditions commerciales demandées.

Le potentiel est notable. La campagne agricole 2024-2025 aurait produit plus de 260 000 tonnes de soja au Togo, alors que les données commerciales de 2023 indiquaient environ 293 tonnes exportées vers la Chine. Ces chiffres, rapportés par les médias togolais à partir de données agricoles et commerciales, soulignent l’écart entre la production nationale et les ventes vers ce débouché. Ils ne permettent pas, à eux seuls, de prévoir la progression future des exportations.

Une autre priorité pèse dans l’équation : la transformation sur place. Le Togo a instauré en janvier 2026 une taxe à l’exportation des graines de soja afin d’encourager leur traitement local, selon les informations disponibles sur la mesure. L’ouverture du marché chinois devra donc s’articuler avec cette orientation. Les producteurs peuvent bénéficier d’un acheteur supplémentaire, tandis que les unités de transformation cherchent à sécuriser leur approvisionnement et à créer davantage de valeur dans le pays.

Cette articulation n’est pas automatique. Si les exportations de graines brutes deviennent plus rémunératrices, elles pourraient concurrencer l’approvisionnement des transformateurs locaux. À l’inverse, des investissements dans la transformation, la logistique et le contrôle de qualité pourraient aider la filière à répondre à plusieurs marchés. Les conditions exactes du protocole et les mesures de soutien aux acteurs locaux seront déterminantes.

Des retombées à mesurer au-delà des annonces

Les accords évoquent également le commerce numérique, les chaînes d’approvisionnement et le développement vert. Des formations gratuites en robotique et en technologie 6G ont été annoncées pour des étudiants togolais. Leur portée dépendra du calendrier, du nombre de bénéficiaires, des établissements concernés et de la continuité des programmes. Une annonce de formation ne permet pas encore de mesurer les compétences acquises ni les emplois créés.

Les effets ne seront pas identiques pour tous. Les grandes entreprises capables de satisfaire aux exigences douanières et sanitaires pourront plus facilement tirer parti de nouveaux dispositifs. Les petites entreprises, les coopératives et les producteurs éloignés des infrastructures auront besoin d’un accès effectif à l’information, au financement, aux équipements et aux services de contrôle. À Lomé, les activités liées au port et au commerce peuvent bénéficier de flux accrus ; dans les zones de production, l’impact dépendra plutôt du transport, du stockage et des prix payés aux agriculteurs.

Il faudra aussi distinguer la hausse du commerce total de la création de valeur au Togo. Les statistiques publiées font état d’échanges en forte progression, mais elles ne détaillent pas ici la répartition complète entre importations et exportations. Le suivi des ventes togolaises, de leur contenu transformé localement et des recettes fiscales donnera une mesure plus précise des résultats.

La mise en œuvre, prochain test pour Lomé et Pékin

Pour le Togo, ces accords renforcent un partenariat bilatéral déjà en expansion. Leur portée régionale dépendra toutefois de leur capacité à soutenir la production nationale et les échanges avec les pays voisins, plutôt qu’à accroître uniquement les importations. La CEDEAO, qui regroupe les économies ouest-africaines, constitue un cadre pertinent pour observer les effets sur les chaînes d’approvisionnement et le commerce régional.

Les prochaines étapes sont concrètes : publication des modalités de l’allègement de dette, mise en œuvre des procédures douanières, application des règles phytosanitaires et organisation des formations annoncées. Les données sur les volumes de soja exportés, les prix versés aux producteurs et la part transformée dans le pays permettront ensuite de juger les retombées. Pour l’heure, les treize accords ouvrent des pistes ; leur valeur économique se mesurera à leurs effets vérifiables pour les Togolais et les entreprises installées au Togo.

Sources consultées : annonce officielle des accords Togo-Chine, éléments économiques sur les accords et la filière soja, compte rendu de la rencontre à Pékin, données et contexte des échanges commerciaux, analyse des flux commerciaux Togo-Chine.