Une ligne électrique sous la Méditerranée ne se résume pas à un câble. Pour l’Algérie, elle poserait une question concrète : comment produire davantage d’énergie renouvelable tout en répondant aux besoins nationaux et en ouvrant de nouveaux débouchés à l’exportation ?
Le projet Medlink, porté par la société Zhero et aussi présenté sous le nom Algeria-Italia Link (AI-Link), franchit une étape de concertation en Italie. Mais les annonces de capacité et de production restent des objectifs de projet, pas de l’électricité déjà disponible.
Une liaison envisagée entre le Sahara algérien et l’Italie
La concertation publique italienne s’est ouverte le 16 octobre 2026 par une réunion en ligne. Six rencontres en personne sont prévues du 19 au 23 octobre dans des communes de Ligurie, dont La Spezia. Habitants et collectivités peuvent examiner les premières options de tracé et de raccordement, puis formuler des observations.
Cette participation s’inscrit dans la procédure d’autorisation relevant du ministère italien de l’Environnement et de la Sécurité énergétique. Elle ne vaut ni autorisation définitive ni décision de construction. Les remarques recueillies pourront éclairer l’examen des installations terrestres envisagées en Italie.
Selon les caractéristiques présentées par Zhero et rapportées par le média italien Telenord, AI-Link prévoit au moins 5 gigawatts de production renouvelable dans le désert algérien. Un câble sous-marin à courant continu, long d’environ 900 kilomètres, pourrait transporter jusqu’à 2 gigawatts vers le réseau italien. Le promoteur estime que les échanges pourraient dépasser 10 térawattheures par an, soit, selon son équivalence, la consommation d’environ quatre millions de ménages.
Ces chiffres sont des estimations du promoteur. Ils décrivent une capacité envisagée et une production future, non un volume garanti. La mention d’un financement privé ne permet pas, à elle seule, de conclure que tous les fonds nécessaires sont déjà réunis.
Un projet inscrit dans une coopération déjà engagée
La perspective d’un câble électrique entre l’Algérie et l’Italie n’est pas nouvelle. En mai 2022, le président Abdelmadjid Tebboune avait évoqué cette idée à Rome. La même année, des échanges entre Sonelgaz et les autorités italiennes avaient porté sur une liaison sous-marine évaluée entre 1 000 et 2 000 mégawatts, avec la possibilité d’associer la Commission européenne au financement.
Le dossier a depuis pris une dimension régionale. Medlink ne désigne pas seulement le câble algéro-italien : l’initiative plus large associe l’Algérie et la Tunisie à des projets de production renouvelable et de transfert vers l’Europe. La Commission européenne présente un objectif d’environ 10 gigawatts de capacités solaires et éoliennes, accompagnées de batteries, pour produire 30 térawattheures par an destinés aux marchés locaux et à l’exportation.
La Commission mentionne également 4 gigawatts de capacité de transfert supplémentaire entre l’Afrique du Nord et l’Europe. Ces données couvrent le programme régional dans son ensemble. Elles ne doivent pas être confondues avec les 2 gigawatts annoncés pour le seul câble AI-Link.
En 2025, Medlink Renewable Generation a été inscrit sur la liste européenne des projets transfrontaliers d’énergies renouvelables. Ce statut rend le projet éligible à des demandes d’aide européenne pour des études ou des travaux, via le Mécanisme pour l’interconnexion en Europe. Il ne garantit pas l’octroi d’une subvention.
Les retombées dépendront aussi des choix en Algérie
Pour l’Algérie, l’enjeu ne se limite pas à vendre de l’électricité à l’étranger. Il faudra développer des installations solaires et éoliennes, les raccorder au réseau et organiser le stockage. Ces investissements pourraient soutenir des compétences et des activités industrielles locales. Leur ampleur dépendra toutefois des décisions de financement, des contrats et du calendrier de réalisation.
Une question centrale concerne l’équilibre entre exportations et demande nationale. Les capacités annoncées ne disent pas, à elles seules, quelle part de l’électricité produite alimenterait les ménages et les entreprises algériens. Les bénéfices pour les territoires dépendront aussi de l’emplacement des sites, des infrastructures associées et des retombées économiques effectivement négociées.
La dimension tunisienne compte également. Le projet régional prévoit des équipements et du stockage en Algérie et en Tunisie, tandis que les liaisons envisagées renforceraient les échanges avec l’Italie. La coordination entre les trois pays, notamment sur les réseaux et les règles de marché, sera donc déterminante.
Le projet s’inscrit dans une relation énergétique algéro-italienne déjà marquée par les échanges de gaz. Une interconnexion électrique ajouterait une autre forme de coopération, mais elle suppose des infrastructures nouvelles et des accords durables. Pour Alger comme pour Rome, la concertation locale et les autorisations constituent des étapes distinctes des engagements politiques.
Du calendrier administratif à la réalisation
La prochaine séquence à surveiller est d’abord réglementaire : les observations recueillies en Italie et les études environnementales et techniques devront nourrir l’examen du projet. Ensuite viendront les décisions sur le financement, le raccordement, les contrats d’électricité et le partage des coûts. Sans ces étapes, les objectifs de production et d’exportation resteront des projections.
À l’échelle nord-africaine, Medlink illustre la possibilité de relier production renouvelable, besoins locaux et commerce transfrontalier. Il rappelle aussi que l’intégration énergétique ne se décrète pas par la seule annonce d’une ligne : elle dépend des réseaux nationaux, de la coopération entre États et de la place accordée aux populations concernées.
Les étapes de la concertation publique sur AI-Link en Italie, la présentation de Medlink par la Commission européenne, les discussions algéro-italiennes sur le câble en 2022 et le statut européen et les objectifs régionaux de Medlink.