Un relais mobile qui s’éteint faute de carburant, c’est aussi un appel interrompu, un paiement mobile bloqué ou un service numérique inaccessible. Au Mali, la question de l’alimentation des antennes devient donc un enjeu de continuité des communications, autant que de coût et d’émissions.
Une alimentation plus fiable, au-delà du seul solaire
Le 17 octobre 2026, Jinko ESS a annoncé un accord portant sur la fourniture de 34 systèmes de stockage SunGiga G2 Plus, pour une capacité totale annoncée de 18 mégawattheures (MWh), à un projet de télécommunications au Mali. L’entreprise n’a pas rendu publics le nom de son partenaire, le montant du contrat ni les sites concernés. Ces éléments restent donc attribués à l’annonce de Jinko ESS, sans confirmation indépendante disponible à ce stade.
Une batterie ne produit pas d’électricité. Elle stocke l’énergie disponible, par exemple celle fournie par des panneaux solaires, puis la restitue lorsque la production baisse ou que le réseau électrique est indisponible. Pour une antenne isolée, cette réserve peut limiter le recours aux groupes électrogènes et réduire les risques de coupure liés aux retards d’approvisionnement en carburant.
La capacité annoncée ne permet toutefois pas, à elle seule, d’évaluer la durée d’autonomie des installations. Celle-ci dépend notamment de la consommation des équipements, de la puissance des batteries et de la présence éventuelle de panneaux solaires ou d’autres sources d’énergie. Jinko n’a pas précisé ces paramètres pour le projet malien.
Des financements déjà engagés dans les infrastructures maliennes
L’annonce s’inscrit dans une série d’investissements qui associent télécommunications et énergie au Mali. En mars 2025, le gestionnaire d’actifs CREI a conclu avec Norfund et la Facility for Energy Inclusion (FEI) des accords de financement de 40 millions de dollars. L’objectif : déployer des actifs énergétiques renouvelables pour alimenter des tours de téléphonie mobile dans le pays. Selon Norfund, le programme vise 2 876 tours et doit réduire la consommation de carburant grâce à des systèmes hybrides avec stockage.
En novembre 2025, la Société financière internationale (IFC), membre du Groupe de la Banque mondiale, a annoncé un prêt de 80 millions d’euros à Orange Mali, avec une participation de la Banque ouest-africaine de développement (BOAD). Le financement doit soutenir l’installation de 300 nouvelles antennes 4G et l’extension du réseau de fibre optique, avec une couverture visée d’environ 300 000 foyers et petites entreprises. La moitié des nouvelles antennes doit être implantée en zone rurale. Le projet prévoit aussi de remplacer des groupes électrogènes diesel par des systèmes solaires ; l’IFC estime que cette composante pourrait éviter plus de 8 000 tonnes d’émissions de CO₂ par an.
Ces programmes ne sont pas nécessairement liés au contrat annoncé par Jinko ESS. Le fabricant n’a pas identifié le client ni les lieux de livraison. Ils montrent néanmoins que plusieurs acteurs cherchent à renforcer, par des voies distinctes, l’alimentation des réseaux mobiles maliens.
Le diesel pèse sur les coûts et la continuité du réseau
La contrainte dépasse le Mali. Dans une analyse publiée en juillet 2025, l’entreprise CrossBoundary Energy estimait qu’environ 70 % des 500 000 tours télécoms d’Afrique dépendaient du diesel. Elle évaluait entre 30 % et 60 % la part des dépenses d’exploitation absorbée par le carburant dans certains sites isolés. Ces estimations continentales donnent un ordre de grandeur ; elles ne décrivent pas la situation précise de chaque antenne malienne.
Pour les opérateurs, le prix du carburant n’est qu’une partie du problème. Il faut aussi acheminer le diesel jusqu’aux sites, entretenir les générateurs et anticiper les ruptures d’approvisionnement. Dans les zones où le réseau électrique est fragile ou absent, une alimentation hybride peut donc soutenir la régularité du service. Les habitants et les entreprises éloignés des grands centres peuvent en bénéficier si les équipements améliorent effectivement la couverture et limitent les interruptions.
Les retombées ne sont toutefois pas automatiques. Un système de stockage doit être installé, entretenu et remplacé au terme de sa durée d’utilisation. Les informations disponibles sur l’accord de Jinko ne détaillent ni le calendrier de livraison, ni la maintenance, ni les modalités de gestion des batteries en fin de vie. Sans ces précisions, il est trop tôt pour mesurer les effets concrets sur les dépenses, la disponibilité du réseau ou les émissions.
Un enjeu national et régional à suivre
Au Mali, où Bamako concentre une part importante des activités économiques et administratives, la qualité du réseau compte aussi pour les services utilisés au quotidien : communications, paiements mobiles et accès aux informations. Les effets d’une alimentation plus fiable dépendront cependant de l’emplacement des sites. Le déploiement dans des zones rurales ou éloignées n’a pas les mêmes implications que la modernisation d’antennes déjà bien desservies.
Le dossier s’inscrit également dans un espace régional marqué par des besoins de financement et d’infrastructures qui dépassent les frontières nationales. La BOAD, institution commune de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), participe déjà au financement du réseau d’Orange Mali. En parallèle, le Mali est membre de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO). Les projets de télécommunications et d’énergie ont ainsi une portée transfrontalière : les réseaux numériques soutiennent les échanges, tandis que les solutions de stockage peuvent contribuer à rendre les infrastructures moins dépendantes des approvisionnements en carburant.
La prochaine étape sera de savoir qui recevra les 34 systèmes annoncés, où ils seront installés et selon quel calendrier. La publication de ces informations permettrait de distinguer la capacité contractualisée des équipements effectivement mis en service. Pour le Mali, l’enjeu ne se résume pas à stocker davantage d’électricité : il s’agit de maintenir des communications accessibles et régulières, notamment loin de Bamako, sans déplacer les coûts vers l’entretien ou la gestion des batteries.