Un port ne gagne pas seulement des clients grâce à ses quais. Il lui faut aussi des liaisons fiables vers les marchés de l’intérieur. Au Ghana, la ligne ferroviaire entre Tema et Mpakadan peut jouer ce rôle, à condition de transporter les marchandises avec régularité et de relier efficacement le rail aux autres modes de transport.
Une ligne récente, encore à l’épreuve de l’exploitation
Longue d’environ 98 kilomètres, la ligne à écartement standard relie le port de Tema à Mpakadan, dans la région de l’Est. Elle a été officiellement inaugurée le 22 novembre 2024. Ce tronçon s’inscrit dans un projet plus vaste de connexion entre le port ghanéen et le Burkina Faso, avec un itinéraire multimodal qui prévoit notamment un passage par le lac Volta.
L’ouverture officielle n’a toutefois pas immédiatement entraîné un service commercial régulier. En septembre 2025, le ministre ghanéen des Transports annonçait une reprise des opérations à partir du 1er octobre, après une période d’interruption et des essais techniques. Il soulignait aussi que la viabilité de la ligne dépendait d’équipements ferroviaires et d’installations permettant le transfert des marchandises entre le train et le transport lacustre.
Le défi est donc moins de faire exister la voie que d’en organiser l’usage. Les trains doivent circuler à une fréquence suffisante, les marchandises être chargées et déchargées sans retards excessifs, et les opérateurs disposer de capacités adaptées. Sans cette chaîne complète, une infrastructure récente risque de rester sous-utilisée.
Un accord pour attirer des opérateurs privés
Dans ce contexte, la Ghana Railway Development Authority (GRDA), l’organisme chargé du développement ferroviaire, a signé en octobre 2026 un accord avec International Service Solution, une entreprise de logistique et de fret. Il s’agit, selon les informations communiquées par l’autorité, de son deuxième accord de ce type cette année. Le partenariat vise le transport de conteneurs et les services associés.
La GRDA espérait qu’un premier chargement pourrait partir de Tema vers Mpakadan le 16 octobre, sous réserve que les conditions opérationnelles soient réunies. Cette réserve compte : la signature d’un accord commercial ne garantit pas, à elle seule, le départ effectif des trains ni la continuité du service.
Le directeur général de la GRDA, Frederick Appoh, a indiqué qu’environ 2 500 à 3 000 conteneurs avaient été déplacés depuis le début des opérations de fret en septembre 2026. Ce chiffre, rapporté par le média ferroviaire spécialisé Railways Africa, ne précise pas la période exacte couverte ni la part du rail dans les flux de marchandises du Ghana. Il donne un premier repère d’activité, mais ne suffit pas à mesurer la performance commerciale de la ligne.
L’autorité prévoit également de recevoir trois locomotives et vingt wagons d’ici décembre 2026. Selon les modalités annoncées, une locomotive serait affectée aux opérations de la GRDA. Les deux autres et les wagons doivent soutenir les activités d’une entreprise privée. Un appel d’offres ghanéen publié en 2026 mentionne, pour sa part, l’acquisition de deux locomotives et de vingt wagons destinés au fret. Les modalités de livraison et de répartition du matériel devront donc être suivies de près.
Le signalement des limites d’exploitation reste à préciser
La matière à l’origine de cette information évoque une signalisation insuffisante qui limiterait les mouvements ferroviaires et la fréquence des trains. Le problème est plausible dans son principe, mais les sources publiques consultées ne permettent pas de confirmer indépendamment le détail de cette contrainte, ni le calendrier de travaux annoncé pour la moderniser. Il convient donc de ne pas présenter comme acquis le financement européen de 20 millions d’euros mentionné dans cette matière, faute de confirmation officielle consultable sur son attribution et son échéancier.
La prudence est d’autant plus nécessaire que la ligne a connu plusieurs étapes entre inauguration, essais et mise en exploitation. Les documents publics ghanéens confirment la mise en service officielle en novembre 2024 et décrivent le projet comme un élément d’un réseau multimodal. Ils ne suffisent pas, à eux seuls, à établir le niveau actuel de capacité quotidienne du fret.
Pour les entreprises, la différence se jouera dans la prévisibilité : délais de livraison, fréquence des rotations et coûts de manutention. Les importateurs et exportateurs de Tema pourraient bénéficier d’une solution complémentaire à la route si le rail devient fiable. Les opérateurs de transport, les travailleurs portuaires et les communautés situées le long du corridor seraient également concernés, mais les retombées dépendront du volume réel de marchandises et de la façon dont les services seront organisés.
Un corridor régional qui reste à construire
À plus long terme, Accra entend inscrire la ligne dans une liaison ferroviaire vers le Burkina Faso. Pour Ouagadougou, pays enclavé, un accès plus fluide au port de Tema pourrait diversifier les itinéraires d’approvisionnement. Mais cet objectif dépasse largement le tronçon déjà construit : il suppose de financer et de réaliser les prolongements, de coordonner les réseaux et de rendre efficaces les correspondances avec les routes et le lac Volta.
La dimension régionale est importante dans une Afrique de l’Ouest où plusieurs États cherchent à réduire les coûts et les délais du commerce transfrontalier. La CEDEAO, communauté économique des pays ouest-africains, promeut l’intégration des échanges, mais un corridor ne devient pas fonctionnel par sa seule inscription dans un plan. Il faut des infrastructures compatibles, des procédures douanières coordonnées et des opérateurs capables d’assurer le service de bout en bout.
Le prochain test pour le Ghana sera donc concret : vérifier le départ effectif des convois annoncés, suivre la livraison du matériel et clarifier le calendrier de modernisation de la signalisation. La capacité de Tema–Mpakadan à connecter durablement le port aux marchés du nord, puis au Burkina Faso, dépendra moins des annonces que de la régularité mesurable du fret.