À Kariba, un même réservoir doit répondre à deux exigences : produire de l’électricité aujourd’hui et conserver assez d’eau pour les mois à venir. Pour le Zimbabwe et la Zambie, le défi de 2027 sera de maintenir l’approvisionnement alors que les prévisions hydrologiques annoncent une enveloppe plus limitée.

Une ressource partagée, une contrainte régionale

Le barrage de Kariba se trouve sur le Zambèze, à la frontière entre le Zimbabwe et la Zambie. La Zambezi River Authority (ZRA), organisme commun aux deux pays, coordonne la gestion de l’eau du lac pour la production hydroélectrique. Les décisions prises à ce niveau influencent donc les deux réseaux électriques, et pas seulement celui du Zimbabwe.

Le lac affichait un niveau supérieur à celui de l’année précédente à la mi-octobre 2026 : le 14 octobre, son stockage utilisable était estimé à 36,68 %, contre 12,75 % à la même date en 2025, selon les relevés de la ZRA. Cette amélioration ne garantit pas une saison favorable. L’autorité a fondé ses prévisions pour 2027 sur les perspectives climatiques régionales et les estimations d’apports en eau.

Le risque de variabilité hydroclimatique concerne aussi les pays voisins. Au sein de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC), les ministres de l’Énergie et de l’Eau ont mis l’accent sur la sécurité énergétique, la gestion de l’eau et les interconnexions régionales. Ces réseaux peuvent faciliter les échanges entre pays, mais ils ne font pas disparaître une baisse simultanée de la production dans plusieurs systèmes dépendants de l’hydroélectricité.

Une allocation d’eau réduite pour 2027

Le 14 octobre, la ZRA a annoncé une allocation totale de 23 milliards de mètres cubes d’eau pour la production d’électricité à Kariba en 2027, contre 36 milliards en 2026. La baisse atteint environ 36 %. Selon les informations publiées sur cette décision, les deux compagnies nationales, ZESCO en Zambie et Zimbabwe Power Company (ZPC), recevraient chacune 11,5 milliards de mètres cubes.

Cette enveloppe fixe une limite d’utilisation de l’eau pour les turbines ; elle ne signifie pas que les centrales s’arrêteront. La quantité d’électricité effectivement produite dépend aussi des apports dans le lac, des équipements, des besoins du réseau et de la manière dont l’eau est répartie dans le temps. La ZRA prévoit toutefois un stockage utilisable d’environ 9 % à la fin de 2027 si les hypothèses retenues se vérifient.

La mesure intervient alors que Kariba South, au Zimbabwe, reste une composante importante de l’offre électrique nationale. Le 14 octobre, sa production était rapportée à 415 mégawatts. Le gouvernement a également annoncé des progrès sur un projet solaire de 600 MW développé par GreenGrid Energy, pour un investissement estimé à 650 millions de dollars. ZETDC, la compagnie nationale de transport et de distribution, doit acheter l’électricité produite.

Le solaire avance, mais le financement reste déterminant

Les jalons annoncés comprennent les études techniques et de raccordement, les procédures réglementaires ainsi que la signature d’accords commerciaux. Les travaux préparatoires auraient été achevés en juillet 2026. GreenGrid indique que la première phase privilégiera des panneaux installés sur des terrains proches de Kariba ; le projet pourrait ensuite intégrer des installations flottantes. Le calendrier de construction et la clôture du financement restent des étapes décisives.

Le solaire répond à un enjeu opérationnel précis. En journée, sa production pourrait couvrir une partie de la demande sans mobiliser autant d’eau dans les turbines. Le réservoir pourrait ainsi conserver davantage de ressources pour les heures de pointe, notamment le matin et le soir, lorsque les panneaux ne produisent plus. Cette complémentarité dépendra cependant de la capacité du réseau à intégrer la nouvelle production et de la réalisation effective du projet.

Pour les ménages et les petites entreprises, l’enjeu se mesure en continuité de service : les coupures perturbent l’activité, tandis que les solutions autonomes ont un coût que tous ne peuvent assumer. Les industries, de leur côté, ont besoin d’une alimentation prévisible pour planifier leur production. Le solaire peut élargir l’offre, mais son développement ne remplace ni la maintenance des centrales existantes ni les investissements dans le transport de l’électricité.

Un test pour l’équilibre électrique en Afrique australe

Le projet de Kariba s’inscrit dans une évolution plus large : la région cherche à diversifier ses sources de production et à renforcer les échanges transfrontaliers. La SADC soutient notamment les interconnexions électriques, dont le corridor Zimbabwe-Zambie-Botswana-Namibie. Ces infrastructures peuvent aider à partager les ressources disponibles, mais leur efficacité dépend aussi de la production excédentaire chez les partenaires et des capacités de transmission.

Pour Harare, la prochaine étape sera de transformer les autorisations et accords annoncés en financement mobilisé, puis en chantier doté d’un calendrier vérifiable. Pour la ZRA et les deux compagnies électriques, le suivi des pluies, des apports du Zambèze et de la consommation d’eau déterminera l’application de l’allocation. À Kariba, la transition énergétique se jouera donc autant dans la gestion commune du réservoir que dans la mise en service de nouveaux panneaux solaires.