Pour un ménage burundais encore éloigné du réseau, l’enjeu n’est pas seulement de produire davantage d’électricité. Il faut aussi amener les lignes jusqu’aux quartiers et villages, puis garantir un branchement utilisable. C’est cette dernière étape que vise un accord de longue durée conclu à Bujumbura.

Un partage des réseaux entre opérateur public et privé

Le 16 octobre 2026, le gouvernement burundais et Weza Power ont signé un partenariat public-privé d’une durée de 25 ans. Weza Power est une entreprise créée par Anzana Electric Group, dont Gridworks est un investisseur. Gridworks appartient à British International Investment, l’institution britannique de financement du développement. Les annonces des entreprises présentent le partenariat comme un investissement de 1,4 milliard de dollars.

Le dispositif répartit la distribution d’électricité entre deux opérateurs. Weza Power doit étendre et exploiter le réseau sur environ la moitié du territoire. La société publique REGIDESO conservera l’autre moitié ainsi que le réseau national de transport, qui achemine l’électricité entre les centrales et les réseaux locaux.

Les objectifs annoncés sont importants : 52 000 kilomètres de lignes nouvelles ou rénovées et plus de 1,2 million de raccordements de ménages et d’entreprises. Les promoteurs estiment que jusqu’à huit millions de personnes pourraient obtenir un accès nouveau ou amélioré d’ici 2030. Il s’agit de cibles du programme, pas de résultats déjà obtenus. Le montage financier associerait capitaux privés et financements concessionnels, c’est-à-dire des prêts ou aides accordés à des conditions plus favorables que celles du marché.

La signature donne une forme concrète à une coopération déjà engagée. Le pacte énergétique national du Burundi, préparé dans le cadre de Mission 300, évoquait un accord avec Weza Power et le recours à des opérateurs privés pour développer la distribution. Mission 300 est une initiative de la Banque mondiale et de la Banque africaine de développement visant à élargir l’accès à l’électricité en Afrique.

Un accès faible, des chiffres à manier avec prudence

Les estimations du taux d’accès à l’électricité au Burundi varient selon les sources, les années et la méthode de calcul. Gridworks et Anzana avancent environ 15 % actuellement, tandis que le texte fourni dans les annonces publiques du pacte énergétique faisait état d’objectifs et de niveaux de référence différents. Les comparaisons doivent donc préciser si elles portent sur la population totale, les ménages, les villes ou les zones rurales.

Le pacte national fixe une ambition plus large : atteindre 70 % d’accès en 2030. Le chiffre de plus de 50 % associé au projet Weza ne représente donc pas nécessairement l’objectif national final. Il correspond à la cible que les partenaires attribuent à leur programme. La différence souligne l’ampleur du travail restant et la nécessité de coordonner les investissements privés avec ceux de l’État et des partenaires de développement.

Le document national repère également des obstacles : accès limité aux devises, financement difficile, cadre réglementaire à consolider et capacité de la REGIDESO à acheter l’électricité produite. Ces contraintes concernent l’ensemble du secteur. Un réseau de distribution peut rapprocher les lignes des usagers, mais il ne suffit pas si la production est insuffisante, si les raccordements restent trop coûteux ou si l’électricité n’est pas disponible de façon régulière.

Des bénéfices possibles, mais aussi des questions de mise en œuvre

Pour les ménages des zones rurales et périurbaines, l’effet concret dépendra de l’emplacement des nouvelles lignes, du prix des branchements et de la continuité du service. Pour les petits commerces et les entreprises, une alimentation plus fiable peut réduire le recours aux solutions autonomes et faciliter l’activité. Mais le nombre de kilomètres construits ne dira pas, à lui seul, combien de clients auront effectivement accès à une électricité abordable.

Le partage des responsabilités entre Weza Power et REGIDESO pose aussi des questions pratiques : coordination des réseaux, entretien, qualité du service et traitement des réclamations. Les informations publiées lors de la signature décrivent les objectifs généraux, mais ne donnent pas le détail de toutes les obligations opérationnelles ni les mécanismes de suivi des résultats. Ces éléments seront déterminants pour évaluer le contrat au-delà de son montant annoncé.

Le Burundi n’aborde pas cette transformation uniquement par la distribution. Songa Energy, filiale d’Anzana, exploite depuis 2025 une petite centrale hydroélectrique de 1,65 mégawatt sur la rivière Upper Ruvyironza. Une autre installation de 9 mégawatts sur l’Upper Mulembwe est annoncée en construction, avec une mise en service prévue en 2027. Ces capacités restent modestes à l’échelle des besoins nationaux, mais elles illustrent le lien entre production locale et extension du réseau.

Un test pour les partenariats énergétiques régionaux

La portée de l’accord dépasse le Burundi sans en faire un modèle automatiquement transposable. Dans la région des Grands Lacs, les pays cherchent à augmenter la production, renforcer les interconnexions et élargir l’accès intérieur. Le cas burundais met l’accent sur un maillon souvent moins visible que les grands barrages ou les lignes transfrontalières : la distribution jusqu’aux clients.

La réussite se mesurera aux raccordements réellement activés, à la qualité du service et à la capacité des opérateurs à financer l’entretien sur la durée. Il faudra aussi suivre la mobilisation effective des financements annoncés et la répartition des responsabilités entre l’État, REGIDESO et Weza Power. Pour les autorités burundaises, l’enjeu est de faire contribuer un partenaire privé à un objectif national sans perdre la cohérence du service public. Pour les habitants, la promesse ne prendra corps que lorsque la ligne arrivera chez eux et que le coût de l’électricité restera supportable.

Le pacte énergétique du Burundi relie cette ambition nationale à Mission 300 et à des objectifs continentaux d’accès à l’énergie. Le calendrier de 2030 est désormais le principal repère. Les prochaines étapes — financement, déploiement des premiers tronçons et publication de résultats vérifiables — permettront de distinguer les engagements annoncés des progrès mesurés.

Pour approfondir, consulter le communiqué de Gridworks sur le partenariat burundais, l’annonce d’Anzana et de Weza Power, le pacte énergétique national du Burundi et la présentation de Songa Energy sur ses centrales hydroélectriques.