Entre la Chine et l’Afrique, la plupart des voyageurs ne prennent pas un vol direct. Pour les relier, les compagnies comptent donc autant sur leurs réseaux et leurs correspondances que sur les nouvelles lignes. Un accord entre Ethiopian Airlines et China Southern Airlines mise sur cette complémentarité, avec Addis-Abeba au centre du dispositif.

Addis-Abeba, point de jonction entre deux réseaux

La capitale éthiopienne est à la fois le principal hub d’Ethiopian Airlines et le siège de l’Union africaine. Elle constitue aussi une porte d’entrée vers plusieurs destinations d’Afrique de l’Est et du continent. Cette position donne une portée régionale à un partenariat qui dépasse la seule liaison entre l’Éthiopie et la Chine.

L’Éthiopie évolue dans une région où la connectivité aérienne compte pour les échanges commerciaux, les déplacements professionnels et les mobilités étudiantes. L’IGAD, l’organisation régionale de développement de la Corne de l’Afrique, réunit notamment l’Éthiopie, le Kenya et Djibouti. Mais les liaisons et les conditions de voyage restent inégalement réparties entre capitales, villes secondaires et zones moins desservies.

Le rapprochement intervient après la signature, en juin 2025, d’un mémorandum entre les deux transporteurs, qui envisageait déjà le partage de codes, les correspondances et le fret. Le nouvel accord commercial concrétise une partie de cette coopération. Il s’inscrit aussi dans une concurrence où les transporteurs africains, chinois et ceux d’autres régions cherchent à capter les passagers entre les deux marchés.

Ce que l’accord change pour les passagers

Annoncé le 14 octobre 2026, l’accord de partage de codes permet à une compagnie de vendre, sous son propre numéro de vol, des sièges sur certains vols opérés par l’autre. Les voyageurs peuvent ainsi réserver des trajets combinant davantage de destinations sans que chaque transporteur exploite directement toutes les étapes.

Ethiopian Airlines et China Southern annoncent vouloir renforcer les liaisons directes entre la Chine et l’Éthiopie et élargir les possibilités de correspondance dans leurs réseaux respectifs. En pratique, l’accord peut faciliter la continuité du voyage, notamment pour les passagers qui poursuivent leur trajet au-delà d’Addis-Abeba ou de Guangzhou. Les destinations effectivement accessibles dépendront toutefois des vols inclus dans le partenariat et de leur mise en vente.

Le partage de codes ne garantit pas, à lui seul, un transfert sans attente ni une prise en charge uniforme des bagages. La coordination des horaires, les règles applicables aux correspondances et les tarifs proposés pèseront sur l’expérience réelle des voyageurs. L’intérêt commercial de l’accord se mesurera donc à la qualité des trajets disponibles, pas seulement au nombre de destinations affichées.

Une nouvelle liaison, dans un marché en croissance

Le 12 octobre, China Southern a inauguré une liaison passagers entre Guangzhou et Addis-Abeba, avec une escale à Changsha. Le service est programmé deux fois par semaine. La compagnie chinoise dessert également Nairobi, au Kenya. Cette nouvelle ligne lui donne un accès direct au marché éthiopien, où Ethiopian Airlines assurait déjà des vols sans escale entre Addis-Abeba et Guangzhou.

Les données de Sabre Market Intelligence citées par Aviation Week estiment à 2,93 millions le nombre de passagers aller-retour entre la Chine et l’Afrique en 2025, contre 2,15 millions en 2024, soit une hausse de 36 %. Environ 525 000 passagers auraient voyagé sans escale, soit 17,9 % du total. Ces chiffres décrivent des déplacements entre les deux régions, et non uniquement les passagers empruntant les nouvelles lignes des deux compagnies.

La majorité des voyageurs passe donc par une correspondance. Ce constat explique l’intérêt stratégique des réseaux de transit, mais ne garantit pas que chaque liaison supplémentaire trouvera une demande suffisante. Les voyageurs d’affaires, les commerçants, les étudiants et les touristes n’ont pas les mêmes destinations ni les mêmes contraintes de prix et d’horaires.

Pour l’été 2026, les données d’OAG Schedules Analyser citées par Aviation Week évaluent à environ 159 000 le nombre de sièges aller-retour proposés par China Southern entre la Chine et l’Afrique, contre 105 000 un an plus tôt. La hausse atteint 51,5 %. La compagnie se classe alors au troisième rang du marché par capacité, derrière Ethiopian Airlines et EgyptAir, selon ces estimations. Il s’agit de sièges programmés, pas d’un bilan de voyageurs effectivement transportés.

Une compétition qui se joue aussi sur le continent

Pour Ethiopian Airlines, le partenariat peut renforcer le rôle d’Addis-Abeba comme plateforme de transit entre l’Asie et différentes villes africaines. Pour China Southern, il ouvre des correspondances au-delà des villes qu’elle dessert elle-même. Cette complémentarité peut élargir les choix, tout en intensifiant la concurrence pour les passagers et les recettes liées aux liaisons entre l’Afrique et l’Asie.

Les bénéfices ne seront pas identiques pour tous. Les passagers reliant des capitales bien desservies pourraient obtenir plus d’options. En revanche, les habitants des villes secondaires dépendront encore des trajets de rabattement vers les hubs, de leur fréquence et de leur coût. Pour les entreprises, une meilleure desserte peut faciliter les déplacements de personnes et de marchandises, mais l’accord annoncé porte d’abord sur les vols passagers et les correspondances commerciales.

À l’échelle africaine, l’enjeu est de savoir si les partenariats entre compagnies peuvent mieux connecter les réseaux du continent aux marchés extérieurs, sans concentrer tous les gains dans quelques grands aéroports. La prochaine étape à surveiller sera la publication des vols réellement commercialisés en partage de codes, avec leurs destinations, leurs horaires et leurs conditions de transfert. C’est là que l’annonce se traduira — ou non — par des itinéraires plus simples et accessibles pour les voyageurs.