Dans une mine, une décision de forage ou de traitement dépend aussi d’un résultat de laboratoire. Plus les projets aurifères avancent en Côte d’Ivoire, plus la capacité à analyser les roches sur place devient un enjeu économique, technique et de souveraineté industrielle.

Le pays a produit 59,124 tonnes d’or en 2024, contre 23,54 tonnes en 2015, selon les données du ministère des Mines reprises par le portail économique ivoirien. Cette progression accompagne l’ouverture de nouvelles mines et la multiplication des campagnes d’exploration. Elle crée une demande régulière pour des services moins visibles que l’extraction, mais essentiels à chaque étape du cycle minier.

Des échantillons aux décisions de mine

Le 15 octobre, Capital Limited a annoncé le démarrage des activités de sa filiale MSALABS sur le projet aurifère Koné. L’entreprise doit y construire et exploiter un laboratoire dans le cadre d’un contrat de cinq ans conclu avec Montage Gold. Une installation est également annoncée à Korhogo, avec une réception d’échantillons attendue avant la fin de l’année. Ces détails reposent sur l’annonce communiquée par l’entreprise et n’ont pas tous pu être recoupés indépendamment.

Le principe est simple : les équipes prélèvent des échantillons à différents endroits et profondeurs, puis en mesurent la teneur en or. Les résultats aident les géologues à préciser la forme du gisement et à choisir où poursuivre les forages. Ils orientent aussi les décisions concernant le minerai envoyé à l’usine. La présence d’or ne suffit pas à justifier une exploitation : sa concentration, sa répartition et les coûts de récupération comptent également.

Koné illustre l’ampleur des travaux en cours. Montage Gold y développe un projet dont la première coulée d’or a été annoncée pour le dernier trimestre 2026. En juin, la compagnie a aussi signalé une hausse des ressources mesurées sur des gisements satellites, c’est-à-dire des zones minéralisées proches du gisement principal. Ces estimations et échéances sont celles de la société, et restent liées à l’avancement du chantier.

Pour les laboratoires, la proximité réduit les délais de transport et facilite le suivi des campagnes. Elle ne garantit toutefois ni des commandes suffisantes ni la rentabilité des équipements. En 2025, MSALABS a réalisé 73,5 millions de dollars de chiffre d’affaires à l’échelle mondiale, en hausse de 68,2 % sur un an, selon le rapport annuel de Capital Limited. Ce chiffre concerne l’ensemble de ses activités, et non le seul marché ivoirien.

Une concurrence déjà installée, un enjeu de contenu local

Le marché ne part pas de zéro. SGS a ouvert un laboratoire commercial à Yamoussoukro en 2022, consacré notamment à la préparation et à l’analyse d’échantillons aurifères. L’entreprise affirme qu’il peut accompagner des projets d’exploration dans le pays. À Abidjan, Bureau Veritas fournit également des services d’analyse minière. Une même campagne peut faire appel à plusieurs prestataires, notamment pour vérifier certains résultats dans un laboratoire indépendant.

Cette vérification, souvent appelée contre-analyse, contribue au contrôle de la qualité des données. Dans une mise à jour technique publiée en mars 2026, Montage Gold indique que des échantillons sélectionnés sont envoyés à des laboratoires externes, dont MSALABS et Bureau Veritas. Pour les sociétés minières, la fiabilité des résultats a des conséquences directes sur les estimations de ressources et les choix d’investissement. Pour les laboratoires, ces contrôles constituent aussi un débouché.

La Société pour le développement minier de la Côte d’Ivoire (SODEMI), entreprise publique, cherche elle aussi à prendre sa place. Son laboratoire a obtenu en mai 2023 une accréditation ISO/IEC 17025 délivrée par le Système ouest-africain d’accréditation (SOAC). Cette norme reconnaît la compétence technique d’un laboratoire pour un périmètre d’essais défini ; elle ne signifie pas que toutes ses activités sont automatiquement couvertes. Le gouvernement a encouragé les compagnies minières à recourir à cette expertise nationale.

Le défi est donc moins d’ouvrir des installations que de leur assurer un flux régulier d’échantillons. Les opérateurs privés cherchent des contrats auprès des sociétés d’exploration et des mines. La SODEMI, elle, doit transformer son accréditation en commandes et en activité durable. Les artisans miniers peuvent aussi bénéficier d’analyses plus accessibles pour mieux connaître leurs minerais et structurer leurs opérations, à condition que les coûts et les délais soient adaptés.

Garder davantage de valeur dans la région

Les échantillons ne restent pas toujours dans le pays où ils sont prélevés. En 2025, la société Awalé Resources a décrit un circuit passant par Yamoussoukro pour la préparation, puis par le Ghana pour l’analyse de l’or et l’Irlande pour d’autres éléments. Cette organisation montre que les compétences et les capacités sont réparties entre plusieurs pays. Elle rappelle aussi que la concurrence des laboratoires se joue à l’échelle régionale et internationale, pas uniquement entre acteurs ivoiriens.

Pour la Côte d’Ivoire, développer ces prestations localement peut garder une part supplémentaire de l’activité technique dans l’économie nationale. Cela ne remplace ni l’expertise étrangère ni les contrôles croisés. Mais cela peut renforcer les compétences locales, raccourcir certains circuits et accroître la capacité des institutions ivoiriennes à suivre les données produites sur leur sous-sol.

Cette évolution s’inscrit dans une région où l’exploration minière et les nouvelles mines se développent au-delà des frontières nationales. La CEDEAO, communauté économique de l’Afrique de l’Ouest, constitue un espace pertinent pour la circulation des compétences et la comparaison des services. La prochaine étape sera de voir si les investissements annoncés se traduisent par des commandes régulières, des délais compétitifs et une reconnaissance durable des résultats. C’est à cette condition que l’essor de l’or pourra aussi consolider une chaîne de services scientifiques en Côte d’Ivoire.

Sources de contexte : données ivoiriennes sur la production d’or, informations de SGS sur son laboratoire de Yamoussoukro, attestation d’accréditation de la SODEMI, actualités de Montage Gold sur le projet Koné et rapport annuel 2025 de Capital Limited.