Une alerte météo reçue à temps ne suffit pas toujours à protéger une famille. Encore faut-il pouvoir la comprendre, disposer d’un moyen de partir ou de mettre ses biens à l’abri. C’est dans cet écart entre information et capacité d’agir que se joue une part essentielle de la résilience face aux catastrophes.
En Afrique, les indicateurs de préparation des ménages progressent rapidement. Mais ces avancées ne gomment ni les différences entre pays et sous-régions, ni les obstacles concrets qui empêchent une partie de la population de réagir lorsqu’un danger survient.
Des progrès mesurés dans les cinq sous-régions
Le World Risk Poll 2026, réalisé par Gallup pour la Lloyd’s Register Foundation, s’appuie sur plus de 143 000 entretiens menés en 2025 dans 140 pays et territoires. Son indice de résilience évalue, sur 100, la capacité des personnes et des sociétés à absorber un choc et à s’en relever. Il combine quatre dimensions : individuelle, familiale, communautaire et sociétale.
La comparaison des résultats entre 2023 et 2025 montre des hausses dans les cinq sous-régions africaines. L’Afrique du Nord gagne cinq points, à 54. L’Afrique australe progresse de quatre points, à 51. L’Afrique de l’Ouest, l’Afrique centrale et l’Afrique de l’Est avancent chacune de trois points. Ces résultats décrivent une amélioration rapide, pas un niveau de résilience devenu élevé à l’échelle mondiale.
Le constat général est corroboré par l’analyse du Bureau des Nations unies pour la réduction des risques de catastrophe, qui reprend les données du sondage et souligne le rôle des ménages. Les résultats africains restent toutefois en retrait des régions les mieux classées. À l’échelle mondiale, l’indice moyen reste stable par rapport à 2023, à 57 points; l’Amérique du Nord et l’Asie du Sud-Est atteignent chacune 65 points.
La progression africaine s’observe aussi dans plusieurs pays. Entre 2021 et 2025, la résilience des ménages augmente de 13 points en Algérie, de neuf au Nigeria, de huit au Kenya, de sept en Égypte et de six en Ouganda. Ces chiffres nationaux illustrent des trajectoires diverses; ils ne signifient pas que tous les foyers de ces pays disposent des mêmes ressources ou des mêmes protections.
Internet aide, mais ne remplace pas les moyens d’agir
Le rapport associe une partie des gains à l’extension de l’accès à Internet et à l’amélioration des réserves financières des ménages. Depuis 2019, la part des adultes déclarant avoir accès à Internet a augmenté de 17 points de pourcentage en Afrique du Nord et de 12 points dans chacune des autres sous-régions. La connexion peut faciliter l’accès aux alertes, aux consignes et aux informations sur les dangers locaux.
Mais un message ne protège pas, à lui seul, une personne qui ne peut quitter son domicile, interrompre son travail ou financer un déplacement. C’est pourquoi la préparation familiale compte autant que la diffusion de l’alerte. Le sondage montre, au niveau mondial, que quatre personnes sur cinq touchées par une catastrophe disent avoir reçu au moins un avertissement. Pourtant, seules 64 % des personnes averties déclarent avoir pu agir en conséquence.
L’écart est aussi économique. Dans les pays à faible revenu, moins de la moitié des personnes averties disent avoir pu prendre des mesures de protection, contre environ trois quarts dans les pays à revenu élevé ou intermédiaire supérieur. La capacité à se mettre à l’abri dépend donc aussi du logement, de l’épargne, des transports, de l’accès aux soins et de la possibilité de suspendre une activité rémunérée.
Les alertes restent inégalement accessibles
À l’échelle mondiale, environ 1,1 milliard d’adultes disent avoir subi une catastrophe au cours des cinq années précédant l’enquête. Près de 220 millions n’auraient reçu aucune alerte préalable. Dans les pays à faible revenu, les personnes étaient presque deux fois plus susceptibles d’avoir vécu une catastrophe que dans les pays riches. Parmi les adultes touchés, 64 % avaient été avertis dans les pays à faible revenu, contre 84 % dans les pays à revenu élevé.
Les écarts sont nets au sein même du continent. En Afrique centrale et en Afrique de l’Ouest, 47 % seulement des adultes touchés par une catastrophe déclarent avoir reçu une alerte. Cela laisse une majorité sans avertissement, ou sans alerte dont ils se souviennent. L’étude porte sur les expériences et les perceptions des répondants : elle ne remplace donc pas un inventaire administratif des catastrophes ou des systèmes nationaux d’alerte.
L’accès au téléphone mobile ouvre une piste, sans résoudre le problème à lui seul. Parmi les personnes qui n’ont reçu aucune alerte dans l’enquête mondiale, 77 % possédaient un téléphone. Le défi est donc aussi celui de l’organisation : qualité des données, couverture réseau, langues utilisées, confiance dans les messages et coordination entre services publics et relais locaux. Les personnes vivant loin des centres urbains ou travaillant dans l’économie informelle peuvent rencontrer des contraintes particulières, même lorsqu’elles sont connectées.
Le passage de l’alerte à l’action, enjeu régional
Pour les gouvernements, les services météorologiques et les autorités locales, le résultat ne se mesure pas seulement au nombre de messages envoyés. Il faut aussi vérifier qu’ils arrivent à temps, qu’ils indiquent clairement les gestes à suivre et que les habitants ont les moyens de les appliquer. L’ONU insiste sur ce passage de l’avertissement à l’action et sur la nécessité de renforcer les plans de préparation des ménages.
À l’échelle continentale, ces résultats donnent un repère aux politiques de réduction des risques et aux coopérations transfrontalières. Les catastrophes ne s’arrêtent pas aux frontières : les bassins fluviaux, les systèmes météorologiques et les réseaux de communication relient plusieurs pays. Les progrès de l’indice montrent que des capacités se renforcent; les lacunes d’alerte rappellent que les gains doivent aussi atteindre les communautés les moins couvertes.
La prochaine étape sera de voir si l’amélioration des ressources et de la préparation des ménages se traduit par des alertes plus accessibles et par une capacité accrue à agir. La mesure décisive n’est pas seulement qu’un message soit diffusé, mais que les personnes exposées puissent s’en servir pour se protéger.