Une croissance régionale proche de 5,7 % en 2027 et 2028 signalerait une activité toujours soutenue dans l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA). Mais ce chiffre ne dit pas, à lui seul, si les ménages verront leurs revenus progresser, si les États pourront financer leurs services publics ou si les économies créeront assez d’emplois.
La prévision invite donc à regarder deux réalités en même temps : la capacité de plusieurs pays à maintenir une expansion rapide et les contraintes communes qui pèsent sur les budgets, les échanges et la stabilité régionale.
Une union monétaire, des trajectoires nationales différentes
L’UEMOA rassemble huit pays d’Afrique de l’Ouest : le Bénin, le Burkina Faso, la Côte d’Ivoire, la Guinée-Bissau, le Mali, le Niger, le Sénégal et le Togo. Ils partagent le franc CFA de l’UEMOA et une banque centrale, la BCEAO, mais leurs économies et leurs situations politiques ne sont pas identiques. L’Union organise une partie de leurs règles économiques communes ; elle ne supprime pas les écarts de production, d’emploi ou de recettes publiques.
Cette distinction compte aussi dans le paysage régional. L’UEMOA est une union économique et monétaire, tandis que la CEDEAO est une organisation plus large de coopération entre pays ouest-africains. Les tensions politiques et sécuritaires dans le Sahel, comme les relations entre institutions régionales, peuvent donc influer sur la coopération et les échanges au-delà du seul cadre monétaire.
En 2025, le FMI relevait déjà une croissance supérieure à 6 % pour l’UEMOA en 2024, tout en soulignant des disparités entre États. Il signalait aussi que les déficits et les besoins de financement avaient creusé les ratios d’endettement, avec un recours accru aux marchés régionaux. La croissance agrégée masque ainsi des situations nationales parfois éloignées. Les consultations du FMI sur les politiques communes de l’UEMOA décrivent ces différences et les enjeux de financement.
Une progression prévue, après un léger repli
La Banque mondiale prévoit que la croissance de l’Union passera de 6,3 % en 2025 à 5,6 % en 2026, puis se maintiendra autour de 5,7 % en 2027 et en 2028. Il s’agit d’une prévision, non d’un résultat acquis. Elle repose notamment sur l’expansion attendue au Bénin, en Côte d’Ivoire et au Niger, que l’institution identifie comme des moteurs de l’activité régionale.
À la date de publication de ses dernières données, la BCEAO dressait un tableau de court terme plus dynamique pour 2026. Son communiqué du 9 septembre estime la croissance à 6 % sur un an au deuxième trimestre, après 6,1 % au premier, et anticipe 6,1 % pour l’ensemble de l’année. Les chiffres ne doivent pas être confondus : la projection de la Banque mondiale pour l’année 2026 est de 5,6 %, tandis que celle de la BCEAO est de 6,1 %. Les deux institutions présentent des estimations distinctes, fondées sur leurs propres cadres et hypothèses.
La BCEAO rapporte également une inflation de 0,4 % au deuxième trimestre, après une baisse des prix de 0,2 % au trimestre précédent. La hausse du transport, liée notamment aux prix des produits pétroliers dans plusieurs États, a contribué à ce retournement. En parallèle, la position extérieure de l’Union s’est renforcée, portée par la valeur des exportations d’or, de coton, de cacao et de produits pétroliers. Ces évolutions peuvent soutenir les recettes et l’approvisionnement en devises, mais elles rendent aussi les résultats sensibles aux prix mondiaux et aux conditions de production. Le communiqué de politique monétaire de la BCEAO détaille ces indicateurs.
Le défi : transformer l’activité en ressources et en emplois
Une croissance nationale élevée ne se traduit pas mécaniquement par une amélioration identique pour tous. Les entreprises exportatrices, les secteurs liés aux infrastructures et les centres urbains peuvent bénéficier de nouveaux investissements. Les petits producteurs, les travailleurs de l’économie informelle et les ménages éloignés des grands marchés peuvent en ressentir moins directement les effets. La répartition des gains dépend notamment des emplois créés, des revenus versés localement et de la capacité des services publics à accompagner l’activité.
Les finances publiques constituent un autre point de tension. Dans ses consultations publiées en 2025, le FMI avertissait que les besoins de financement et les émissions de titres publics renforçaient la dépendance aux marchés régionaux, dont la capacité d’absorption n’est pas illimitée. Lorsque le coût des emprunts augmente, les gouvernements doivent arbitrer entre remboursement de la dette, investissements, éducation, santé et soutien aux populations. L’ampleur de ces arbitrages varie selon les pays et leurs recettes.
Le cadre budgétaire commun est lui-même un enjeu. Le FMI indiquait qu’une proposition de réintroduction du pacte de convergence de l’UEMOA devait être soumise aux dirigeants de l’Union. Ce pacte prévoit notamment des plafonds de déficit et de dette rapportés au produit intérieur brut. Sa mise en œuvre suppose toutefois de tenir compte des chocs propres à chaque économie et de préserver les dépenses prioritaires. Une règle commune ne produit pas les mêmes effets dans un pays exportateur, un pays enclavé ou un État confronté à une forte pression sécuritaire.
Enfin, l’environnement régional pèse sur les perspectives. L’insécurité dans certaines zones du Sahel peut perturber les déplacements, le commerce et l’activité locale, sans affecter tous les pays de la même manière. Les tensions extérieures et les variations du pétrole peuvent aussi modifier les coûts de transport et les prix. La prévision de croissance reste donc exposée à des risques que le chiffre régional ne détaille pas à lui seul.
Ce que les prochaines années permettront de vérifier
La Banque mondiale décrit une trajectoire de croissance relativement stable, mais la BCEAO souligne déjà que les conditions monétaires, l’inflation et la situation extérieure nécessitent une attention continue. Les perspectives dépendront aussi de la coordination entre les gouvernements, la banque centrale et les institutions de l’Union, ainsi que de l’accès au financement pour les entreprises et les États.
Le point décisif sera moins le seul taux moyen que sa traduction concrète : recettes publiques suffisantes, investissements soutenables et emplois accessibles dans les différentes régions. Les performances attendues du Bénin, de la Côte d’Ivoire et du Niger peuvent tirer l’ensemble vers le haut ; elles ne dispensent pas de suivre les écarts entre membres. Pour les habitants comme pour les décideurs, la question demeure celle d’une croissance durable, capable de résister aux chocs et de bénéficier au-delà des secteurs les plus dynamiques.