Un paiement entre deux entreprises africaines peut encore emprunter un détour par des banques situées hors du continent. L’entrée de l’Éthiopie dans le réseau PAPSS élargit les possibilités de règlement direct, mais ne garantit pas, à elle seule, des transferts moins chers ou immédiatement accessibles à toutes les entreprises.

Une infrastructure continentale, des usages qui restent à déployer

Le PAPSS, ou Système panafricain de paiement et de règlement, relie des institutions financières pour faciliter les paiements transfrontaliers en monnaies africaines. Il a été développé sous l’égide d’Afreximbank, de l’Union africaine et du secrétariat de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), l’accord visant à réduire les obstacles au commerce entre pays du continent.

Le projet répond à une difficulté concrète. Pour payer un fournisseur d’un autre pays africain, une entreprise peut devoir convertir sa monnaie en dollars ou en euros, puis faire transiter les fonds par une banque correspondante à l’étranger. Ce circuit peut ajouter des frais et des délais. Le PAPSS vise à limiter ces étapes : l’acheteur paie dans sa monnaie et le bénéficiaire reçoit le montant dans la sienne, selon les règles de règlement applicables.

Cette ambition ne signifie pas que chaque transaction évitera automatiquement toute conversion, ni que toutes les banques africaines sont déjà connectées. Les établissements doivent rejoindre le dispositif et mettre en place les opérations nécessaires. Le coût final et la rapidité dépendront donc aussi des banques participantes, des monnaies concernées et des conditions de chaque paiement.

L’Éthiopie rejoint un réseau en expansion

La Banque nationale d’Éthiopie et la direction du PAPSS ont annoncé le 15 octobre 2026 l’adhésion du pays au réseau. La conférence de presse s’est tenue à Addis-Abeba. Le gouverneur de la banque centrale, Eyob Tekalign, et le directeur général du PAPSS, Mike Ogbalu III, ont présenté cette intégration, qui doit permettre aux institutions financières éthiopiennes de se connecter à l’infrastructure.

Il s’agit d’une adhésion du pays au réseau, et non de la preuve que chaque banque ou entreprise éthiopienne peut déjà l’utiliser. L’accès opérationnel dépendra de la participation des établissements financiers et du déploiement des services. Cette distinction compte pour les commerçants : une nouvelle connexion institutionnelle ouvre une possibilité, mais ne transforme pas instantanément les pratiques de paiement.

L’annonce intervient après l’entrée de la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC), qui dessert les six pays de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC). En juillet 2026, le PAPSS indiquait alors relier 28 pays, plus de 190 banques commerciales et fintechs, ainsi que 16 systèmes de paiement. Ces chiffres décrivent le réseau à cette étape, avant l’intégration éthiopienne ; ils ne doivent pas être présentés comme un décompte actualisé après l’annonce.

Un enjeu pour les entreprises et les banques éthiopiennes

Pour les entreprises qui commercent avec d’autres marchés africains, le principal intérêt potentiel est de simplifier certains règlements et de réduire leur dépendance aux circuits de correspondance internationaux. Cela pourrait concerner les grands importateurs et exportateurs, mais aussi, à terme, des entreprises de taille plus modeste si leurs banques proposent effectivement le service à des tarifs adaptés.

Les bénéfices ne seront pas identiques pour tous. Les grandes entreprises disposent souvent de services de trésorerie capables de gérer plusieurs monnaies. Les petites sociétés, les commerçants et les acteurs de l’économie informelle sont davantage exposés aux frais fixes et aux démarches bancaires. Pour eux, l’effet dépendra de l’accès à un compte, de la couverture des banques participantes et de la simplicité des procédures. L’adhésion au réseau ne règle pas, à elle seule, ces questions.

Pour les autorités monétaires, le PAPSS peut aussi offrir un moyen de régler une partie des échanges régionaux sans recourir systématiquement à des devises internationales. Mais l’ampleur de cet effet dépendra des volumes effectivement traités et des modalités de règlement entre institutions. Le dispositif ne supprime ni les besoins en devises liés aux importations hors d’Afrique, ni les contraintes propres à chaque monnaie nationale.

Cette intégration s’inscrit dans une période de transformation du secteur financier éthiopien. Les autorités cherchent à moderniser les paiements et à renforcer les liens économiques du pays avec le continent. Pour que l’annonce se traduise dans l’activité quotidienne, il faudra observer quelles banques rejoignent le système, quels corridors de paiement deviennent accessibles et quels frais les clients paient réellement.

Une portée régionale à mesurer dans la durée

L’Éthiopie est un acteur majeur de la Corne de l’Afrique et siège de l’Union africaine, dont Addis-Abeba accueille le siège. Son arrivée renforce la présence du PAPSS en Afrique de l’Est et rapproche les réseaux de paiement de régions aux structures monétaires différentes. La coopération avec l’Autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD), organisation régionale de la Corne de l’Afrique, relève toutefois d’un autre cadre : l’adhésion au PAPSS ne signifie pas que les mécanismes commerciaux régionaux sont déjà harmonisés.

À l’échelle continentale, le défi est de relier l’intégration financière aux échanges réels, plutôt que de mesurer les progrès au seul nombre de pays inscrits. Les prochains indicateurs utiles seront l’entrée effective des banques éthiopiennes, le nombre de paiements traités, leurs délais et leurs coûts. C’est à ces résultats que se jugera la contribution du PAPSS au commerce intra-africain, et non à la seule annonce d’une nouvelle adhésion.