La confiance dans les élections se joue bien avant le jour du vote. En Côte d’Ivoire, elle dépend aussi de la manière dont sera conçu l’organisme chargé de les organiser. Après la dissolution de la Commission électorale indépendante (CEI), le désaccord porte désormais sur la méthode : concertation politique élargie ou examen du texte par les institutions.

Un chantier ouvert après la dissolution de la CEI

Le 6 mai 2026, le gouvernement a annoncé la dissolution de la CEI, créée en 2001 et chargée de l’organisation et de la supervision des élections nationales. Les autorités ont justifié cette décision par les critiques et réserves formulées contre l’institution après le dernier cycle électoral. Elles ont dit vouloir mettre en place un nouveau mécanisme électoral.

La réforme ne part toutefois pas d’une page blanche. La CEI a été au centre de débats récurrents sur sa composition, son indépendance et la confiance que lui accordaient les partis. Sa disparition ouvre donc une question institutionnelle, mais aussi politique : qui définira les règles du scrutin et selon quelle procédure ?

Depuis le début d’octobre, le ministère de l’Intérieur recueille les propositions des partis et groupements politiques sur la structure et les attributions du futur organisme. Plusieurs formations de l’opposition ont transmis des propositions communes le 5 octobre, tandis que le PDCI-RDA a également présenté ses propres pistes. Le PPA-CI a, pour sa part, appelé à un dialogue politique inclusif.

Le gouvernement privilégie la voie institutionnelle

Le 14 octobre, à l’issue du Conseil des ministres, le porte-parole du gouvernement, Amadou Coulibaly, a indiqué que les recommandations seraient analysées par l’exécutif. Les points de convergence seraient dégagés, puis une proposition gouvernementale serait transmise à l’Assemblée nationale. Il a aussi déclaré ne pas avoir été informé de la tenue d’un dialogue national.

Cette réponse intervient après que plusieurs partis d’opposition ont demandé l’ouverture d’un dialogue sur la réforme. Leur préoccupation est que les règles du futur organe électoral fassent l’objet d’un accord politique avant d’être arrêtées. Le PPA-CI a, de son côté, soutenu publiquement l’idée d’une concertation inclusive. Ces démarches ne signifient pas que toutes les formations partagent une proposition identique : les partis ont aussi engagé des discussions et dépôts de documents distincts.

Le gouvernement présente donc une séquence en deux temps : consultation des acteurs, puis arbitrage de l’exécutif et examen parlementaire. Les opposants qui réclament un dialogue national mettent plutôt l’accent sur la recherche préalable d’un accord politique. L’enjeu concret est de savoir si les contributions recueillies pèseront sur le projet final, et comment les désaccords seront traités avant son arrivée à l’Assemblée.

Le Parlement au centre des arbitrages

Le passage à l’Assemblée nationale donne au processus un cadre légal et public. Les députés pourront examiner le texte selon la procédure parlementaire. Mais cette étape ne répond pas, à elle seule, à la question de la représentativité politique du compromis. La majorité présidentielle, le RHDP, y dispose d’un poids important, tandis que l’opposition y est moins représentée, selon les éléments rapportés dans le débat politique actuel.

Cette configuration nourrit les inquiétudes de formations qui souhaitent que les choix essentiels soient discutés avec le gouvernement avant le vote des députés. À l’inverse, l’exécutif insiste sur le fonctionnement des institutions et sur la responsabilité du Parlement dans l’examen du texte. Il reste à préciser publiquement le calendrier, les modalités de consultation et la marge laissée aux élus pour modifier le projet.

Pour les Ivoiriens, la réforme aura des effets qui dépassent les états-majors politiques. La composition de l’organe, ses moyens et ses responsabilités détermineront notamment qui prépare les scrutins, tient les listes et publie les résultats provisoires. Les électeurs des grandes villes comme ceux des zones rurales ont intérêt à des procédures compréhensibles et appliquées de manière cohérente sur l’ensemble du territoire. Pour les candidats et les partis, la lisibilité des recours et la confiance dans le traitement des résultats sont également décisives.

Un enjeu ivoirien suivi dans la région

La Côte d’Ivoire est membre de la CEDEAO, la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest, qui rassemble des pays voisins autour de coopérations régionales. La réforme de son système électoral demeure une décision nationale, mais la stabilité des règles et la confiance dans les scrutins comptent aussi pour ses partenaires ouest-africains. Le contexte régional rend d’autant plus importante une procédure claire, sans pour autant justifier de confondre les trajectoires politiques de pays différents.

La prochaine étape annoncée est la finalisation par le gouvernement d’une proposition, puis sa transmission à l’Assemblée nationale. À surveiller : le contenu du texte, la place accordée aux recommandations des partis et le calendrier de son examen. La crédibilité du nouvel organe dépendra autant de ses dispositions légales que de la façon dont elles auront été élaborées et acceptées.