Dans le Haut-Katanga et le Lualaba, l’extraction minière nourrit les économies locales et les recettes publiques. Mais une question dépasse désormais les frontières de la République démocratique du Congo : qui contrôle les revenus tirés de ces ressources, et où circulent-ils ensuite ?

Une enquête ouverte après une plainte congolaise

Le mercredi 14 octobre 2026, la police fédérale belge a mené des perquisitions à plusieurs adresses de Bruxelles et des provinces du Brabant flamand et du Brabant wallon. Le parquet fédéral a confirmé les opérations dans le cadre d’une instruction pour blanchiment d’argent, ouverte après une plainte déposée en 2025 par des organisations non gouvernementales.

Le parquet n’a pas précisé l’identité des personnes visées. Des avocats représentant les plaignants affirment que des proches et associés du président Félix Tshisekedi figurent parmi les personnes concernées. Le chef de l’État n’est pas présenté comme visé par les perquisitions. Son porte-parole a refusé de commenter, selon les informations disponibles.

La plainte, déposée en Belgique le 8 juillet 2025, émane d’organisations de la région du Katanga et de quatre anciens dirigeants de la Gécamines, l’entreprise minière publique congolaise. Les plaignants dénoncent un détournement présumé de ressources minières et le blanchiment de fonds. Ils soutiennent que des revenus issus de l’exploitation auraient été captés au détriment des communautés locales et de l’État congolais.

Ces accusations restent à établir. Une perquisition est un acte d’enquête, pas une inculpation ni une condamnation. Le parquet belge n’a confirmé ni les identités ni les liens éventuels entre les personnes perquisitionnées et la présidence. Les éléments avancés par les plaignants doivent donc être distingués des faits établis par la justice.

Du Katanga à Bruxelles, le parcours présumé des fonds

La procédure belge s’explique notamment par la présence, parmi les personnes mises en cause dans la plainte, de ressortissants belges résidant en Belgique. Les autorités belges enquêtent sur des faits présumés de blanchiment relevant de leur compétence. Les déclarations des avocats ne préjugent pas des conclusions de l’instruction.

Les ONG à l’origine de la démarche sont regroupées au sein de DESC/RDC, une plateforme congolaise de défense des droits économiques, sociaux et culturels. Elles s’intéressent à la gestion des ressources minières du sud-est du pays, notamment aux résidus miniers : des matériaux restant après l’extraction initiale et pouvant encore contenir des métaux de valeur.

Ce dossier touche ainsi à une chaîne économique plus vaste. L’extraction se déroule dans les provinces minières congolaises; les contrats, sociétés et flux financiers peuvent, eux, mobiliser plusieurs pays. L’enquête devra déterminer si des opérations ont été effectuées, qui les a organisées et si elles contrevenaient à la loi. À ce stade, la justice belge n’a pas rendu de conclusions publiques sur ces points.

Un secteur stratégique, des retombées inégalement réparties

Le cuivre et le cobalt placent la RDC au cœur des chaînes d’approvisionnement mondiales, notamment celles liées aux infrastructures électriques et aux batteries. L’activité formelle côtoie toutefois l’exploitation artisanale, qui fait vivre de nombreux ménages. Le rapport de pays des Nations unies décrit un secteur à plusieurs niveaux, où grands opérateurs, exploitants artisanaux et économies locales sont étroitement liés.

Cette diversité compte pour comprendre l’enjeu. Les recettes versées à l’État ne racontent pas à elles seules ce que perçoivent les provinces productrices, les travailleurs, les sous-traitants ou les communautés riveraines. À Lubumbashi, Kolwezi et dans les zones rurales minières, l’accès aux emplois, aux services et aux compensations peut varier fortement selon les sites et les acteurs concernés.

L’Initiative pour la transparence dans les industries extractives (ITIE), mécanisme qui publie et confronte des données sur les paiements et recettes du secteur, fait état de 5,61 milliards de dollars de revenus miniers pour 2023 en RDC. Ce chiffre donne la mesure des sommes en jeu; il ne constitue pas une preuve concernant les faits allégués dans la plainte. Le contrôle des contrats, des bénéficiaires effectifs et des obligations sociales reste donc déterminant.

Pour Kinshasa, l’affaire peut aussi peser sur la crédibilité de la gouvernance minière et sur la confiance des investisseurs. Pour les communautés du Haut-Katanga et du Lualaba, l’enjeu immédiat est différent : savoir si les ressources extraites de leur territoire contribuent réellement aux recettes publiques et aux retombées locales. Transparence et sécurité juridique concernent à la fois l’État, les entreprises et les habitants.

Une portée régionale et continentale

La RDC appartient à la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC), cadre de coopération économique et politique de l’Afrique australe, et à la Communauté économique des États de l’Afrique centrale (CEEAC). Les chaînes minières ne s’arrêtent toutefois pas aux frontières de ces organisations : elles relient sites de production, corridors d’exportation, places financières et acheteurs internationaux.

Le dossier rappelle ainsi que la gouvernance des ressources est aussi un enjeu panafricain. Les pays producteurs cherchent à accroître la transformation locale et les bénéfices tirés de leurs minerais; leurs efforts dépendent aussi de règles lisibles et d’une traçabilité crédible. La coopération judiciaire entre États peut contribuer à examiner les flux transfrontaliers, sans remplacer les contrôles congolais ni trancher à l’avance les accusations.

La prochaine étape sera celle de l’instruction : identifier les opérations, recueillir les pièces et déterminer si des charges peuvent être retenues. Pour la RDC, l’enjeu dépasse le cercle politique cité par les plaignants. Il porte sur la capacité des institutions à faire la lumière sur les revenus miniers, tout en protégeant la présomption d’innocence et les droits de toutes les personnes concernées.